« Quelle belle itinérance mémorielle ! » c’est exclamé Patrick Kaner, Président du groupe socialiste au Sénat en évoquant les témoignages successifs qui avaient émaillé la soirée dédiée au demi-siècle ininterrompu de vie parlementaire de Philippe Madrelle. « Il a siégé à l’Assemblée nationale ou au Sénat sous 8 Présidents de la République différents. Il aura connu une bonne quinzaine de premiers ministres et plusieurs centaines de Ministres… ». C’est vrai que la soirée qui regroupait plus de 900 convives avait des allures de cours pratique d’Histoire de la V° République mais aussi de ce socialisme dont François Hollande se chargea de rappeler combien son existence avait été fluctuante au cours des cinquante dernières années. « Rien n’a jamais été facile avec des victoires certes, mais aussi des défaites, des réussites, des désillusions et donc imaginez un instant ce que peut être la performance de Philippe Madrelle car ce soir nous partageons avec lui pas moins de dix…quinquennats victorieux consécutifs sur son nom. Cumul, longévité, je sais qu’il est de bon ton de critiquer (surtout chez celles et ceux qui sont incapables de se faire élire) mais pour Philippe Madrelle, ce n’a jamais été que la récompense du suffrage universel. Qu’a-t-il faut d’autre que d’accepter le résultat des urnes ? Rien . Son seul juge a toujours été le vote direct. Il faut ajouter, qu’outre les élections gagnées pour accéder au niveau national, toutes les autres localement sur son nom, l’ont été aussi confirmant chaque fois cette force exceptionnelle. Pas un échec. Pas un faux pas». Cette itinérance guidée par Marie Récalde a réuni tous les intervenants autour d’un seul constat : «  Tu resteras dans l’Histoire car plus personne ne pourra t’égaler ! »
Celui que tout le monde a appelé « Philippe » comme des centaines de milliers de Girondin(e)s, avait pour sa part déployé toute l’énergie possible, pour narrer son arrivée au Palais Bourbon sur la pointe des pieds de plus jeune député socialiste (avec une première interpellation de Boulin depuis la tribune) et les grandes étapes d’une action parsemée d’événements historiques inoubliables. La loi sur l’IVG de Simone Veil « sauvée par l’influent Gaston Defferre »  ; la loi sur l’abolition de la peine de mort avec la « plaidoirie » puissante de Robert Badinter qui lui reste en mémoire ; les textes sur la décentralisation constituant la reconnaissance du rôle des élus du suffrage universel : trois piliers essentiels de la vie républicaine que plus aucun parlementaire encore en activité ne saurait se targuer d’avoir vécu.
Mais dans le fond, c’est dans les mandats locaux qui furent dans la chair de tous les discours, que Philippe Madrelle a le plus mis en valeur les valeurs transmises par son père. «  On ne peut jamais réussir en politique si on n’aime pas les autres, si on n’écoute pas les autres, si on n’est pas bienveillant avec les autres, si on ne vit pas la réalité des autres. » a témoigné Alain Anziani. « Tu tutoies dans ce sens, si l’on en croit la formule célèbre d’un journaliste, plus de la moitié du département » a-t-il ajouté. « Tu as toujours un mot gentil pour chacun » a précisé Jean Touzeau mais toutes ces élus, toutes ces personnes n’ont qu’un seul mot pour leur part à te dire quand tu repars : « merci ! »
Une force que cette « proximité » que Jean-Luc Gleyze, Président du conseil départemental avait lui-aussi décliné en osant une comparaison avec le « Tigre » Georges Clémenceau et ce « Lion » de qui n’a eu de cesse de « tracer des sillons » dans « sa » terre de labour, dans son terroir, partout en Gironde. Il en est devenu « l’infatigable laboureur semant des valeurs de la main gauche, faisant pousser des talents de combattants aux printemps, réalisant des récoltes à la hauteur de ses espoirs… Plusieurs générations de ces gens que tu as fait naître et grandir, plusieurs de tes enfants sont venus pour simplement te dire merci ! » a ajouté celui qui a enfilé les bottes de sept lieues madrelliennes reçues en « héritage » et son goût immodéré pour la « solidarité », « l’équité territoriale », « la justice sociale » et « le dialogue ». Ces mots clés de l’action de « Philippe » sont revenus toute la soirée.
Il a fallu que François Hollande, très en verve et semblant heureux de trouver face à lui un auditoire exceptionnel de près d’un millier de personnes loin d’être toutes adhérentes du PS, développa les qualités humaines de celui que Gilbert Mitterrand avait reconnu comme « son père en politique ». Une habile manière dans le contexte actuel de parler de l’occupant d’un autre fauteuil présidentiel réputé plus prestigieux, sans jamais le citer. « Je crains fort que des gens aspirant aux responsabilités nationales dénués de cette irremplaçable expérience que donne un mandat local soit vite coupé de la réalité. Si en plus ils passent leur temps à détruire les corps intermédiaires avec ce qu’ils représentent, je peux vous assurer qu’ils ne tiendront pas 50 ans. »
L’ancien maire de Tulle et Président du conseil général de Corrèze dévoila les quatre secrets de la carrière de celui dont il vanta la place constante dans la vie du parti des socialistes. «  C’est d’abord un décentralisateur convaincu qui a su inventer des politiques, les contractualiser et les construire avec les autres et jamais par des décisions réformatrices imposées. C’est un extraordinaire travailleur qui sait que le talent ne suffit pas et les connaissance théoriques non plus mais qu’il est indispensable en politique de toujours faire pour les autres ce que l’on ne fait pas souvent pour sa propre famille. Philippe est aussi un redoutable organisateur qui sait faire confiance à celles et ceux qu’ils pensent capables de faire vivre les valeurs essentielles du socialisme. Il se demande en permanence de ce qu’il va laisser derrière lui et il est toujours tourné vers l’avenir. Enfin c’est un gagneur invétéré (« j’adore les campagnes électorales, elles me passionnent, me dopent et je les vois arriver avec gourmandise » avait antérieurement rappelé le sénateur actuel) respectueux des autres mais ardent au combat. J’ai d’ailleurs croisé Alain Juppé à l’aéroport en arrivant. Il m’a chargé (très provisoirement d’être son porte-parole a ajouté François Hollande. Il m’a demandé de te saluer.
La longévité dans la vie politique ne peut pas être une fin en soi surtout si pour durer il faut trahir son camp ou ses idéaux. La longévité a son corollaire indispensable : la fidélité ». A bon entendeur salut !
Alain Rousset, enfant de la « nursery régionale » Madrelle avec Gilles Savary, Alain Anziani (et peut-être aussi François Deluga) avait proposé qu’une nouvelle voie soit ouverte à partir de trois mots clés : « sens, humain et territoires »… Était-ce vraiment novateur quand on connaît les valeurs madrelliennes déployées depuis tellement longtemps ? D’autant que le héros de la soirée avait conclut en rappelant : « je vous fais pleinement confiance pour rallumer les étoiles »… Il y avait de la buée dans quelques regards !

3 Réponses

  1. Jouvet Fabienne

    Chaque matin (ou presque) ma journée commence par cette séance de lecture.. « Roue libre » lu, comme on lit un magazine, tour à tour grave, ironique (ah si !) drôle, instructif, inspirant, …. j’y étais, en quelques mots, j’étais là, à voir, à entendre, voyant les visages à l’évocation d’un nom, d’une attitude….. juste merci MONSIEUR DARMIAN.
    Rallumons les ETOILES !

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  2. Bruno DE LA ROCQUE

    Dans son speech, insistant sur la fidélité, François Hollande a très habilement et avec humour taclé celles et ceux qui tournent casaque alors qu’on compte sur eux et celles et ceux, qui ayant flairé le sens du vent, endossent la casaque des nouveaux vainqueurs… Ce ne sont pas ses images et il l’a tellement mieux dit, croyez-moi !

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