Dans le fond tous les gouvernements européens regardent en douce la face à face entre le gouvernement italien et la Commission européenne sur son budget. Il y a en effet trois hypothèses au scénario musclé en cours. L’Italie maintient le cap et se moque ouvertement des contraintes imposées aux autres et elle ouvre une brèche énorme pour des dérives dans des domaines plus importants celui des finances publiques. Tous les « nationaux-populistes » sauront vite que l’UE est morte et que les menaces n’ont en définitive aucun effet.
Les atteintes à la démocratie manifestes, le saccage des libertés de la presse ou des personnes passeront vite au second rang et la Pologne, la Hongrie, la Slovénie et quelques autres bénéficieront sur des sujets essentiels de la mansuétude de la Commission. En effet pas un seul observateur objectif ne doute du fait que la seule préoccupation des non-élus de Bruxelles soit financière ! « Avec ce que le gouvernement italien a mis sur la table, nous voyons un risque que le pays s’enfonce aveuglément dans l’instabilité […] L’ouverture d’une « procédure de déficit excessif » fondée sur la dette est justifiée», a annoncé le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis. Il a vite ajouté qu’un tel comportement aboutira, à terme, à des sanctions… financières contre l’Italie.
Le gouvernement italien, composé de membres du Mouvement 5 étoiles (M5S) et de la Ligue, a annoncé qu’il maintiendrait le cap et donc qu’il attend sereinement des sanctions qui à quelques mois du renouvellement du Parlement ne peuvent que renforcer le sentiment nationaliste qui accroît sa légitimité. Au moment où la Grande-Bretagne s’enlise dans son Brexit et que l’Europe adopte à son égard une ligne plus ou moins ambiguë les Italiens ne s’attendent pas à des mesures de rétorsion très fortes.
Que se passerait-il si le mécontentement du peuple italien est exacerbé par ce qui est présenté par ses élus comme des atteintes à sa liberté de gestion ? Que fera l’Europe de demain si le « national-populisme » entre en force (c’est quasiment acquis) au parlement et si les Transalpins décident de quitter le giron de l’UE ? Que feront les « chefs allemands et français » mal en point après le départ des Britanniques si Salvini confirme ses propose : « si, à Bruxelles, ils disent que je ne peux pas le faire, je m’en fiche, et je le fais quand même». Les autres gouvernements ne vont pas hésiter à s’affranchir de ces règles strictement financières qui pèsent actuellement sur leurs peuples mécontents !
Rappelons que le Commission européenne a déjà rejeté une première fois le projet de budget 2019 de l’Italie, qui disposait alors de trois semaines pour réviser sa copie.
Une première historique pour l’Union européenne mais aucun effet ! Impuissance totale… : L’Italie «va ouvertement, consciemment à l’encontre des engagements pris», a déclaré le vice-président de la CE. «Nous ne sommes pas face à un cas « borderline » mais face à une déviation claire, nette, assumée et par certains, revendiquée», a ajouté Pierre Moscovici qui vient de rendre une visite intéressée à l’Elysée avec quelques copains. En fait la référence au déficit vole en éclats. C’est ce qui permettra à quelques ministres de lâcher la bride.
Les « nationaux-populistes » italiens ont décidé de présenter un budget portant le déficit à 2,4% du PIB en 2019, contre 0,8% pour le précédent gouvernement, puis à 2,1% en 2020 et à 1,8% en 2021. Dans le même temps, Rome s’est engagé à ramener la dette publique, actuellement à quelque 131% du PIB, à 126,5% en 2021… sans donner la manière dont il compte opérer.
A priori ils s’inscrivent dans les critères de Maastricht mais la Commission européenne applique désormais deux règles nouvelles datant de 2013 dont on ne parle jamais alors qu’elles étranglent la grande majorité des pays. Ils prévoient qu’en cas d’excès de dette par rapport à la référence des 60% du produit intérieur brut, l’écart doit se réduire au rythme moyen d’un vingtième par an. Or le budget italien s’écarte de la trajectoire de désendettement recommandée par les textes de l’Union européenne et c’est contraire à tous les principes développés par la politique française actuelle… ce qui pourrait dans le fond ne pas être si catastrophique que ça !
Dans quelques semaines le verdict va tomber. La commission peut décider d’une «amende de 0,2%» du PIB et y ajouter « une suspension du versement des fonds européens ». Déjà que les Italiens discutent leur contribution à l’UE et que leur consommation de fonds européens n’est pas d’une transparence absolue Bruxelles s’engage dans un marécage totalement inconnu à ce jour. La situation devient explosive car immédiatement les anti-européens déjà très nombreux s’appuient sur cette contestation italienne pour vendre leurs critiques à l’égard d’un système prenant l’eau de toutes parts.