Bien des élu(e)s se préoccupent surtout des investissements et construisent des réseaux, des bâtiments, des espaces sans toujours avoir à l’esprit que le « fonctionnement » ultérieur nécessite un projet, au minimum, aussi important. En matière de haut débit numérique tout a été mis en œuvre en Gironde pour que chaque foyer puisse bénéficier dans un délai de 6 ans d’une prise située au bout de la fibre optique. Débuté sous le mandat de Philippe Madrelle avec la création du Syndicat mixte Gironde Numérique entre le Département et les communautés de Communes le pari de doter tous les territoires (1) d’un « outil » indispensable pour l’égalité réelle entre habitants. Encore un exemple de ce que la métropolisation pourrait briser puisque le montant des travaux est de plus de 650 millions sur justement le monde périurbain et rural et une contribution de 6,5 millions annuels du Conseil départemental. Le plus vaste chantier de câblage en fibre optique de France a débuté et sera rondement mené ! Il s’agit maintenant de s’assurer que tout le monde pourra profiter de cet effort considérable !
Beaucoup de collectivités territoriales concernées se contenteront de ces initiatives puisque l’accès numérique matériel promis serait assuré ! Dans une période où le frénésie de la dématérialisation s’empare de tous les étages de la République le constat est pourtant implacable : la capacité à s’adapter à ces changements techniques constitue un facteur considérable d’inégalité ! Ne pas savoir se servir d’un outil surtout quand il est complexe et souvent « piégeux » constituera vraiment une faiblesse sociale forte ! On parle beaucoup d’aide financière pour l’achat d’un véhicule mais quid d’une famille aux faibles ressources qui ne peut assurer ni l’acquisition d’un appareil numérique connecté ou ni l’abonnement qui va avec ? Bientôt elle sera aussi « isolée », «  décalée » ou « oubliée » que celle qui n’a pas d’automobile en zone rurale ou périurbaine !
« Plus on augmente les obligations de recours au numérique et plus on prive un nombre grandissant de certaines catégories sociales de leur citoyenneté » a expliqué lors des assises des solidarités numériques (2) tenues en Gironde Ghislain Combier, animateur socio-numérique. Si on prend comme exemple concret celui des bourses nationales accordées aux collégien(e)s sur le département le constat est implacable. Depuis que la demande s’effectue par internet, le nombre de dossiers déposés a en effet baissé de 12 % or il serait absurde de considérer que les bénéficiaires potentiels sont moins nombreux ! « Il arrive que tous les codes d’accès soient confiés à des tiers avec les risques que cela comporte puisque ceux qui les possèdent ne savant pas utiliser l’outil qu’ils ouvrent. Les gens arrivent avec un carnet ou un papier sur lequel ils les ont inscrits… quand il ne faut pas les leur créer ! ». Il a multiplié les exemples et surtout les initiatives concrètes toutes adaptées qui pourraient être déployées pour « rattraper » plus de 13 millions de françaises et de Français vivant le plus souvent involontairement hors de la pression du numérique.
Dans son analyse globale Jean-François Marchandise délégué général de la Fondation internet nouvelle génération (FING) avait dressé auparavant un constat lucide en matière d’accès à ces « outils » du futur dans les années 80 et devenus désormais ceux du présent. « On assiste à un phénomène inquiétant autour de l’estime de soi a-t-il expliqué puisque les gens qui ‘savent’ sont socialement valorisés quand les autres déjà en difficulté se sentent dévalorisés, exclus et même méprisés un peu comme l’étaient les illettrés au début du XX° siècle. D’un autre coté le numérique favorise une forme de lien social mais condamne certains à l’isolement dans ce qui peut être considéré comme un ancien monde. » Le responsable de FING a aussi insisté sur l’apprentissage difficile pour les gens qui sont seuls et qui ne parviennent pas à accéder à ce qui serait pet-être pour eux une forme d’une école de la deuxième chance ! »
Chaque jour le constat est le même : le numérique joue un rôle croissant dans la vie quotidienne mais personne n’a la certitude qu’il améliore vraiment la citoyenneté. D’abord par l’exclusion d’accès matériel à ses bienfaits ou ses atouts ; ensuite par la nécessité absolue d’efforts de la puissance publique adaptés en faveur de l’appropriation de ce qui devient indispensable pour acquérir une indispensable autonomie ; enfin mettre fin « à une forme de colonialisme d’Etat » mettant sous le joug de ses volontés des populations considérés comme étant de l’ancien monde alors qu’elles n’ont pas les moyens d’y échapper : ces constats sont au moins aussi décisifs pour l’avenir de la liberté, de l’égalité et d’une certaine fraternité que l’arrivée du haut débit. Avec une question : quoi va-t-on en faire de ce haut débit ?
(1) Les opérateurs privés ne voulaient aller que sur la Métropole et Libourne
(2) Les assises des solidarités numérqiues au Rocher de Palmer organisées par Matthieu Rouveyre et les équipes du conseil départemental

2 Réponses

  1. faconjf

    Bonjour,
    la fracture numérique est la conséquence de ce que vous nommez avec humour « pavillon, gazon, télévision » et qui décrit le repli sur la cellule familiale ou pire sur soi.
    Avec les GJ, une lueur d’espoir réuni des gens qui se côtoyaient mais ne se parlait plus. A partir de ce ferment, de nouvelles solidarités peuvent renaitre et des dizaines (millions ? ) de bénévoles s’emparer de ce moment pour retisser les liens sociaux méticuleusement sectionnés par l’oligarchie en place. Diviser pour régner (du latin divide et impera) vieille stratégie au service du pouvoir est battue en brèche par ce mouvement méprisé par les syndicats et les politiques. Les syndicats déboussolés qui se réunissent maintenant pour constater, navrés, de leur totale incapacité à créer un mouvement unitaire, juste capables de signer un pauvre document n’engageant à rien!! Des politiques terrorisés par leur incapacité à être audibles et risquant de trouver sur leur chemin des inconnus vêtus de GJ sur le chemin de la lutte des places. L’objectif inavoué des politiques et des syndicats est de monter dans le train GJ pour le stopper et apparaitre comme les sauveurs de la NATION… Le gouvernement et le méprisant, quant à eux, sont acculés dos au mur et ranime le bon vieux discours « la France à peur!! ». Balzac pourrait réécrire son roman Histoire de la Grandeur et de la décadence de César Micron, le Bankster intriguant élu Président sur un malentendu.
    Pour revenir à mon propos (et au votre), la fracture sociale et numérique peut être vaincue par la solidarité et un minimum de fonds publics. Au niveau local, et seulement à ce niveau, des bénévoles ayant un minimum de connaissance en informatique pour diffuser la connaissance et l’usage des rudiments indispensables. Dans toutes les communes ou quartiers un local avec un accès internet. Des ordinateurs de réemploi équipés de logiciels libres ( linux) – IL FAUT SE PASSER DE WINDAUBE et autres POMMES- mis à disposition des défavorisés et tout cela avec l’aide de bénévoles. Les compétences existent, les ordis de réemplois participent à une démarche sociale et écologique, la solidarité se réveille c’est le moment d’y aller ça coute pas cher et ça rapporte gros.

    Peut-on encore rêver dans ce pays ???
    Salutations républicaines

    Répondre
  2. faconjf

    Arfff!! désolé pour les fautes, j’ai envoyé sur le site sans relecture … J’ai encore des marges de progrès en informatique ;-).

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