Quelle est la légitimité a le gouvernement actuel pour conduire la réforme sur la réductions de droits sur les allocations chômage ou sur les droits à pension ? Certes il peut être rétorqué que la motion de censure déposée par les oppositions n’a recueilli que 70 voix au Parlement et qu’il faut en déduire que la situation actuelle n’est donc pas liée à des choix politiques faits par la majorité présidentielle. Tout est donc de la faute de son mentor qui d’ailleurs a effectué un mea culpa sur le caractère inappropriée de ses propos. Pour les options prises en matière d’équilibres budgétaires, pour le creusement des inégalités, pour le non-respect des principes essentiels de la République et pour le mépris témoignés à l’égard des élus de base… les « marcheurs » assument les excès du Président. Cette « légitimité » indiscutable sur le plan constitutionnel n’a vraiment pas de valeur dans la réalité du pays.
Sans faire une confiance exceptionnel aux sondages il est patent que la « défiance » est nettement supérieure à la confiance. Sauf changement de cap radical les élections pour le Parlement d’une Europe en déliquescence démonteront car le débat social et environnemental sera occulté par l’immigration. C’est terminé les graines de la haine, de l’affrontement, de la démesure dans les propos et bientôt dans les actes sont semées dans les esprits et germeront lors du prochain printemps. Comment alors aborder le dossier de la réforme des retraites ? Les discussions en cours vont se durcir et même déboucher sur un échec certain. Le gouvernement ne pourra jamais se permettre de passer en force sauf à vraiment vouloir aller avec des affrontements autour de deux thèmes : la en place d’un système par points et l’unification des régimes.
Dès les vœux du nouvel an passés il faudra bien effectuer des annonces à de futurs retraités qui se rendront vite compte que leur avenir n’est nullement assuré par leurs cotisations actuelles. Pire ils auront des niveaux de pension incertains et ne leur permettant pas vraiment de faire face à une vieillesse souvent non-autonome.
Durant la campagne présidentielle puis ensuite soigneusement caché dans les programmes du Nouveau monde, on trouvait la création « d’un système universel des retraites où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». Un principe qui a séduit celles et ceux qui ont les moyens de cumuler les euros sur leurs comptes « retraite » durant leur vie professionnelle. Quid en revanche des millions de celles et ceux qui ont eu des parcours en pointillés ou tardifs ou marqués par des conditions salariales désastreuses (temps partiels, Smig minimum, primes nombreuses non incluses dans les cotisations…). « Chaque parcours, chaque stage, chaque rémunération sera directement porteur de revenus donc de points ». Jean-Paul Delevoye qui a en charge ce dossier oublie d’ajouter mais bien évidemment pas avec la même valeur intrinsèque en impact sur les pensions.
Une pénalité est dans les tuyaux pour les départs entre 62 et 63 ans même si le nombre de « points » est satisfaisant ce qui revient à officialiser un allongement de la durée du travail ou plus exactement un décalage dans le temps vers le droit à pension. Il reste encore de nombreuses zones d’incertitudes sur le niveau du « minimum vieillesse », les « pensions de reversion », « les retraites complémentaires » mais par contre semble réglé le sort des fonctionnaires pour lesquels le niveau des pensions ne sera plus calculé sur les six derniers mois d’exercice mais sur toute la carrière. Enfin il reste à déterminer la date d’application de l’ensemble de ces mesures qui forcément vont attiser des contestations sans gilets jaunes. Certains vont « en marche arrière » demander que la réforme soit reportée à des jours meilleurs qui sont désormais hypothétiques.
Il y a également la réforme constitutionnelle qui ne sera pas une sinécure surtout avec le Sénat mais qui dans le fond semble la plus facile à faire admettre à l’opinion de plus plus hostile aux élu(e)s. Unis dans la même détestation bien entretenue par les réseaux sociaux les fonctionnaires et les élus(e)s seront probablement un facteur de régénération du pouvoir qui leur taillera des croupières. Une sorte d’élixir de jouvence pour la majorité qui ne l’oublions pas sera contrainte de se faire hara-kiri avec les réductions du nombre de parlementaires. Les promenades régionales de réconciliation avec les maires ne changeront pas la donne car ces derniers se trouvent désormais davantage sous la menace des « gilets jaunes » que des militant(e)s marcheurs lors des municipales.
Le Président a cependant le dos au mur bruxellois ! Il va lui falloir assurer à ses partenaires européens que quoi qu’il advienne il imposera ces coupes sociales ce qui se traduit en langage politique : « maintien du cap ! ». C’est souvent impossible quand le vent tourne !