Bien évidemment dans le contexte actuel où les événements impriment leur tempo à l’opinion dominante il n’est pas question de commenter des informations réputées abstraites mais pourtant décisives pour l’avenir. Il vient pourtant d’être annoncé dans la fièvre jaune, par la Banque Centrale Européenne (BCE) qu’elle cessait fin décembre d’acheter de nouveaux titres des dette privée et publique. Inutile de préciser que cette décision ne passionne guère les foules. Or elle annonce des moments délicats si ce n’est inquiétants pour les équilibres économiques du vieux continent. En effet cette stratégie servait à soutenir l’économie en augmentant les liquidités sur les marchés. Les sommes étaient massives puisque le total de ces « injections » se situait à 2 600 milliards (une paille !) sur la base de 80 milliards par mois au plus haut avant de laisser filer doucement les achats. Le moment est-il le meilleur pour renoncer à ce dopage de l’économie ! Le « lâcher prise » inévitable de la France face à la contestation sociale s’ajoute en effet à la confrontation entre les populistes italiens et la Commission européenne.
Il existe cependant une vraie inquiétude relative au taux de surendettement généralisé. En cas de crise réelle il sera impossible d’enrayer une chute en cascade du système bancaire. Il serait d’ailleurs intéressant que les fameux « crash-tests » qui ont révélé des faiblesses soient vite remis au goût du jour car nul ne sait vraiment quelle est la solidité de certaines banques. On commence à noter des signes annonciateurs de l’orage. Philippe Béchade, économiste assez contestataire explique « qu’il ne sert à rien de mettre de l’argent dans le système s’il n’existe pas de demande de crédit. Elle vient de gens qui investissent, je pense aux entreprises. Mais elles ne sont pas incitées à la faire en ce moment vu que de très nombreux consommateurs sont à la limite de la solvabilité. Et, plus grave, ceux qui sont insolvables, qui n’arrivent pas à finir le mois, sont au maximum de ce qui pouvait se faire en termes d’endettement. Quand on a face à soi des gens qui n’ont pas d’argent, c’est difficile d’investir avec une vision d’accroissement du chiffre d’affaires. On peut toujours tenter de faire du chiffre à l’export, mais à l’intérieur de la zone euro, dans un tel contexte de ralentissement, si on ne distribue pas de pouvoir d’achat, il n’y a pas de croissance possible.» Un constat lucide mais implacable pour les politiques actuelles
En ayant organisé la précarité du travail, en ayant diminué les possibilités d’emprunt des classes moyennes et surtout en étant incapable de stabiliser l’emploi pérenne le gouvernement a tout faux ! Il rame pour des équilibres budgétaires que par exemple le Portugal et l’Espagne en situation beaucoup plus difficile que la France ont soigné via des réajustements agressifs des salaires les plus bas. Rien ne sert en effet de promettre des primes au changement d’automobile à des personnes n’ayant aucune marge de manœuvre pour emprunter les sommes complémentaires. Inutile d’espérer combattre le chômage sans relance réelle, forte, du pouvoir d’achat du plus grand nombre. Le solutions en marche ne passent que par du « provisoire » ou de « l’exceptionnel » comme par exemple le relèvement de la prime pour l’emploi ou la défiscalisation des heures supplémentaires toutes deux aléatoires. Il faut ajouter que la situation du commerce international rajoute à la fragilité de cet équilibre économique européen reposant sur la concurrence effrénée destructrice des sociétés de la stabilité. Entre l’affrontement entre les États-Unis et la Chine, les deux plus importantes économies du globe, la montée du dollar et la perspective d’une poursuite de la remontée des taux outre-Atlantique, les nuages obscurcissent l’horizon.
Les événements passés ou à venir ont également mis à mal les grandes chaînes de distribution en France qui pour se rattraper augmentent tous les prix avant les fêtes ouvrant un boulevard à la vente par les mastodontes de le-commerce. Les habitudes prises auront bien du mal à disparaître tellement le « déplacement » vers les centre commerciaux devient problématique. Il faut noter que pour faire face à leurs dépenses courantes ou exceptionnelles les français(e)s puisent dans leurs économies. Ainsi l’ensemble des personnes qui utilisent le livret A ont retiré plus de deux milliards d’euros au cours du mois d’octobre 2018. Certains sont obligés de puiser dans leur épargne pour payer les factures et pour faire face à des échéances de plus en plus pesantes.
Si les classes moyennes et populaires se révoltent, c’est parce que face à des revenus qui ne progressent pas ou peu, leurs dépenses contraintes car contractualisées se sont envolées limitant le « reste à vivre ». En fait ce sont des « crédits » payables chaque mois : les dépenses de logement (le loyer, les charges ainsi que les dépenses d’eau de gaz, d’électricité et autres combustibles), les services de télécommunications (abonnement téléphonique, internet), les frais de cantine scolaire, les services de télévision (redevance, abonnement), les assurances (hors-assurance vie) et les services financiers. Les remboursements d’emprunts ne sont pas inclus, alors qu’il s’agit sans doute de la dépense la plus contrainte et ils peuvent à tout moment déboucher sur l’insolvabilité. Dans un tel contexte général il faut avoir un moral d’acier pour rester optimiste !

2 Réponses

  1. faconjf

    Bonjour,
    la dette pharaonique de la France dépasse les 2 000 milliards d’€ !! Soit un volume plus important (de 15%) en billets de 100 € que le volume de l’arc de triomphe. Sachant que le nombre de billets de 100€ en circulation dans TOUTE la zone € est de 2.6 milliards soit une valeur de 260 milliards d’€ et que cela ne représente qu’un peu moins d’1/4 de la valeur totale de la monnaie en € circulant dans le monde. Donc l’ensemble des billets en € circulant dans le monde ne représente que un peu plus de la moitié de la seule dette Française. Sachant que l’on ne parle QUE de la dette publique Française à laquelle il faut ajouter la dette privée qui est estimée à près du double de la dette publique… Pfff!!! ça en fait des lignes de comptes en débit et ça ne représente pas plus que des uns et des zéros dans les ordinateurs des banques.
    La dette, du latin debeo signifie « devoir, ce que l’on doit à quelqu’un ». Et lorsque l’on ne paie pas en heure et en temps voulu, on est en faute. On parle de défaut de paiement ou de faillite, qui vient de faillir, qui est de la même racine que faute. Et celui qui fait une faute est coupable. Le contrôle de la culpabilité a toujours été, en tous domaines, l’un des meilleurs leviers du pouvoir.
    Et pourtant effacer la dette est une donnée historique. Ainsi le 27 février 1953, à l’issue de la conférence organisée à Londres à cet effet, la République fédérale allemande a obtenu, avec le consentement de 21 de ses créanciers (dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, la Suisse, la Belgique, etc.), un éffacement de sa dette « d’une ampleur rare en Europe au XXe siècle » de 62,6 %.
    La menace des Banksters qui ont choisi de faire payer intérêts et capital conduit immanquablement aux véritables objectifs : celui de détruire et de dépeupler les pays ciblés, par les politiques d’austérité draconienne du FMI, de la Troïka ou par des rafles organisés par les « fonds vautours » agissant comme des pirates au service de « sa Majesté Pognon».
    « La seule espérance qui reste », écrivait Jean Jaurès à la veille de la Première guerre mondiale, « c’est précisément l’immensité même de la catastrophe dont le monde est menacé. Elle est si horrible qu’on hésite encore à croire que les plus fous ou les plus scélérats osent la déchaîner. » Et pourtant il y a plus d’un siècle « ils » l’ont fait !!
    Salutations républicaines

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  2. faconjf

    encore un exemple historique d’effacement de la dette Française cette fois. Le déficit des caisses de l’état est de 2 milliards de livres en 1789 ( 50% du PIB de l’époque, les recettes de l’état sont de 500 millions et les dépenses de 630 ). Le 2 novembre 1789 un homme apporte la solution. L’évêque d’Autun, Talleyrand, monte à la tribune. Agent général du clergé, il a géré la fortune de l’Église de France. Il l’évalue à 2 milliards. Si on nationalise les biens du clergé, le déficit sera comblé. Talleyrand trahit son ordre : c’est la première de ses trahisons. Mais peut-on mettre sur le marché pour 2 milliards de biens immobiliers en même temps sans en diminuer le prix ?

    Ne vaudrait-il pas mieux échelonner les ventes ? Cependant le besoin d’argent est dans le même temps très pressant. On émet donc dans l’immédiat des bons gagés sur les biens d’Église qui permettent de faire face aux dépenses.

    Talleyrand souhaitait en rester là. Toutefois, sur la suggestion de Mirabeau, on fit de ces assignats un papier-monnaie. L’idée était d’attacher les porteurs des assignats à la Révolution puisque leur fortune en dépendait désormais. Devenu papier-monnaie, l’assignat a été l’objet d’émissions de plus en plus fortes, provoquant une inflation qui ruina la France. Le 19 février 1796 est brûlée solennellement la planche à assignats après qu’elle en a émis pour 45 milliards. Les mandats territoriaux qui succèdent aux assignats ne sont pas plus heureux. La bonne monnaie se cachant, à l’inflation succède la déflation.

    Pour s’en sortir, le Directoire choisit la banqueroute à la fin 1797. Une banqueroute des deux tiers par laquelle le gouvernement diminue des deux tiers la dette publique. Mais habilement, le gouvernement appelle cette banqueroute le « tiers consolidé ».

    La dette en partie assainie, la voie était libre pour des réformes qu’allait réussir, la confiance revenue après le coup d’État de Brumaire, le premier consul Bonaparte. Ce fut le franc germinal qui dura jusqu’au franc Poincaré. Napoléon évitera l’emprunt et s’efforcera malgré la guerre, subventionnée par un budget particulier, le domaine extraordinaire, d’avoir un budget en équilibre.
    citation de Napoléon:  » Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. […] L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. »
    On ne saurait mieux dire

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