Dans son arrêté fixant entre 2018 et 2019 le taux de croissance des dépenses de fonctionnement du département de la Gironde comme le stipule le contrat avec l’État, le Préfet a considéré que l’infime majoration de + 0,15 % destinée à prendre en compte la croissance démographique n’avait pas lieu d’être appliquée. Un respect des règles qui a par contre été accordée à Bordeaux Métropole… Bizarre comme c’est bizarre ! La circulaire du 16 mars 2018, signée des ministres de l’intérieur et de l’action et des comptes publics, avait pourtant précisé les modalités de contractualisation financière entre l’État et les collectivités locales. Cette instruction permettait aux préfets de négocier d’ici fin juin 2018 avec les collectivités des contrats qui devaient au minimum être objectifs et équitables faute d’être utiles. Ce ne fut pas le cas! Avec en plus des erreurs manifestes dans les considérants de l’arrêté, les faits (qui sont têtus) démontrent qu’il s’agit purement d’une manœuvre politique tentant de mettre en péril la bonne gestion avérée de la gironde. Ce dispositif servant d’alibi auprès de Bruxelles pour un gouvernement ne sachant pas comment justifier ses errements en matière d’équité fiscale n’a en effet aucune autre efficacité autre que celle de mettre sous tutelle les seules collectivités territoriales (avec les communes) pratiquant encore la solidarité de proximité. On arrive pourtant en 2016 1 566 679 habitants avec une croissance supérieure à 3 fois la moyenne nationale…
Il est donc particulièrement intéressant de se pencher sur les chiffres de l’INSEE relatif au recensement de la population. La Gironde a gagné la bagatelle de 22 213 habitants sur la période concernée soit à peu près l’équivalent d’une ville comme Le Bouscat. Le second taux de croissance (+1,4 %) de toute la France… simplement ignorée par le représentant de l’État. De quoi donner du grain à moudre au Tribunal administratif qui aura à se pencher sur la validité de cet acte administratif. Si c’est une bonne nouvelle pour l’attractivité du département qui ne cesse de croître s’en est une bien mauvaise pour le financement des compétences liées aux secteurs d’activité du conseil départemental. Une telle progression se traduit de manière statistique par des nécessités d’adaptation des moyens : l’équivalent d’un collège neuf (17 millions d’euros) ; 2 000 sorties supplémentaires du service d’incendie et de secours (1,2 millions supplémentaires) ; plusieurs centaines de nouveaux entrants dans les dispositifs des allocations individuelles de solidarité nécessitant du personnel d’accueil supplémentaires des personnes en perte d’autonomie ou au RSA; 30 enfants supplémentaires en détresse confiée au département, une circulation accrue sur les 6 500 km de routes dites départementales et sur le millier d’ouvrages d’art qui les parsèment… Ces réalités se traduisent bien évidemment par des crédits nouveaux et des dépenses de fonctionnement supplémentaires compte-tenu de besoins en croissance constante. Ne pas y répondre constituerait un manquement à la solidarité humaine et territoriale qui transparaît dans le débat en « jaune » actuel ! La limitation à + 1,2 % quand l’inflation approchera les + 2 % et la démographie + 1,4 % : une absurdité technocratique !
Un autre constat s’impose. C’est la métropole qui récupère une bonne part de cette hausse de la population. L’arrondissement de Bordeaux approche le fameux million d’habitants et se situe en effet au-dessus de la moyenne départementale, avec une croissance annuelle de +1,5% entre 2011 et 2016, à 950 099 habitants. La ville de Bordeaux atteint un niveau jamais connu depuis 40 ans puisque 252 040 habitants dépendent désormais des décisions du Palais Rohan soit 16 % de la population girondine. Bordeaux métropole ne faiblit pas annuellement avec des taux de 1 % à Pessac, 1,3 % à Mérignac, 2,8 % à Eysines ou 3,5 % à Artigues près Bordeaux… Le conseil départemental déploie en matière d’action sociale plus de 55 % de ses moyens sur ce territoire…
Faire face à la louable dynamique démographique girondine constituera un enjeu majeur pour le conseil départemental lors des cinq prochaines années si elle se poursuit sur ce rythme. Consommation des espaces agricoles pour le logement ou les équipements collectifs, saturation des infrastructures routières, urgence des constructions de collèges, croissance des besoins en solidarité humaine (EHPAD notamment, établissements d’accueils spécialisés), refus de la paupérisation et de sous-équipement des territoires éloignés de la Métropole : tout infléchissement dans les choix politiques courageux se révélerait une erreur ou plutôt une faute vis à vis de l’avenir. En ignorant cette réalité objective pour adopter des postures politiciennes dépassées les élus de la Droite girondine nient l’évidence mais ne se privent pas de solliciter sans cesse davantage de soutiens venant d’un budget départemental qu’ils n’ont pas voté !

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