Durant des années dans les cantines scolaires la brandade de morue était au menu de nombreux vendredis avant que la poisson pané fasse son apparition dans les assiettes. Il n’y avait aucune consigne d’origine végan pour ce choix fait au nom de la religion puisque il s’agit d’une consigne chrétienne issue de la Bible. En effet, la viande étant considérée comme riche nutritionnellement elle devait être remplacée par le poisson le vendredi. Il s’agissait donc d’une pénitence pour les chrétiens qui célébrait ainsi la mort du Christ en se privant volontairement de ce qui constituait un signe ostensible de richesse en une époque où peu de monde avait justement les moyens d’acheter du bœuf, du veau, du mouton ou du porc. Il existe des familles dans lesquelles cette tradition est maintenue même si l’église ne fait plus de cette interdiction une condition de bon comportement religieux. Il faut ajouter que les musulmans croyants interdisant la consommation de viande porcine ce qui ajoute encore un nouvel élément à la complexité des rapports actuels à la nourriture.
S’ajoute depuis quelques temps des oppositions virulentes de tenants du véganisme. Ces végétaliens extrémistes souhaitent imposer un mode de vie consistant à ne consommer aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation. Il souhaite une idéologie appliquant une redéfinition de ce que devraient être les relations des humains aux animaux. Le mouvement s’amplifie et se radicalise et jette le trouble dans certains milieux…professionnels. Or 500 personnalités ont appelé à un « lundi vert » sans viande ni poisson, dans le cadre d’une campagne visant à encourager un changement du comportement alimentaire des Français. « Il existe aujourd’hui des raisons impératives de diminuer collectivement notre consommation de chair animale en France. Nous pensons que chaque personne peut faire un pas significatif dans ce sens« , écrivent ces artistes, scientifiques ou défenseurs de l’environnement dans une tribune publiée sur le site du Monde.
L’opération soutenue par plusieurs ONG comme « Greenpeace » ou « Sea Shepherd » se fixe comme objectif que 50.000 à 500.000 personnes s’engagent sur le site « lundi-vert » à ne plus manger ni poisson ni viande. Il s’agit de dénoncer l’élevage industriel, facteur majeur de la déforestation qui aggrave le réchauffement climatique, la surpêche qui détruit les écosystèmes, les risques de cancer liés à la consommation de viande rouge, ou encore la souffrance animale. Renoncer au boeuf au profit d’autres sources de protéines pourrait sauver des millions de vies et réduire de façon spectaculaire de volume des gaz à effet de serre, a révélé dans le même temps le Forum économique mondial.
Une étude a démontré que 2,4% des morts causées dans le monde (5 % dans les pays les plus gros consommateurs) par l’alimentation pourraient être évitées en réduisant la consommation de viande, Elle souligne que le remplacement de la viande par d’autres protéines « pourrait empêcher des millions de morts inutiles par an ». La demande de viande va continuer à augmenter car la population mondiale pourrait atteindre les 10 milliards d’ici à 2050 et il sera impossible d’élever suffisamment de bovins pour répondre à la demande. Or en 2010 la production de boeuf à elle seule a généré un quart de toutes les émissions de gaz à effet de serre provoquées par l’alimentation.
L’élevage constitue également une menace pour l’atmosphère terrestre, en raison du rejet par les bovins d’énormes quantités de méthane et de l’accroissement des pâturages au détriment des forêts qui absorbent le carbone. « Nous sommes la dernière génération qui peut faire quelque chose avant que le système ne s’effondre. » ajoute l’un des responsables de l’étude.
En fait on se trouve encore face à un vrai enjeu citoyen. Il se heurte dès maintenant à l’hostilité du milieu économique qui crie au scandale face à cet appel. Éleveurs, bouchers, restaurateurs, syndicats agricoles et même probablement bientôt le Ministre de l’Agriculture vont s’élever contre cette action qui peut priver notre pays de ressources substantielles. La consommation a en effet baissé de plus de 12 % au cours des dix dernières années. En 2007, les Français mangeaient en effet en moyenne 153 grammes de produits carnés par jour, contre 135 grammes en 2016, soit 18 grammes de moins en dix ans. Ils consomment en moyenne 46 grammes de viande de boucherie par jour, soit 12 grammes de moins qu’en 2007. La consommation de charcuterie est passée en dix ans de 35 grammes par jour à 29 grammes quotidiennes. Quant à la volaille, elle a relativement stagné, passant de 34 à 33 grammes. Ces statistiques qui démontrent une baisse de laconsommation vont être évoqués pour renvoyer les propositions des 500 personnalités à un lubie de bobos végétariens ou adeptes du véganisme. Un peu facile mais inévitable !