Il arrive que l’on affirme qu’il faille traiter le mal par le mal… et aussi que celles et ceux qui ont peur tentent de se soigner en insufflant la peur autour d’eux. Ces stratégies sont souvent constatées quand les personnes qui les emploient ne savent pas résoudre le problème auquel elles sont confrontées. Il est certain que epuis bientôt deux mois la violence déployée par des « manifestants » ne connaissant pas grand chose aux revendications des gens qui les entourent, cause de graves difficultés au gouvernement et donne une image déplorable des autres acteurs. Confrontées à de véritables actes de guérilla urbaine les forces de l’ordre tentent de préserver les biens qui sont attaqués ou détruits selon des choix explicites. Alors pour tenter d’enrayer ces comportements hautement condamnables le Premier des Ministres, probablement convaincu de l’inefficacité de celui qui gère le Ministère de l’Intérieur, a décidé de faire adopter une… nouvelle loi ! Encore une fois une annonce inutile pusique l’arsenal juridique actuel permet de combattre efficacement ces attitudes individuelles désastreuses pour le droit de manifester. La tactique est toute autre : détourner l’attention de l’essentiel.
Le premier objectif réside en effet dans le pari d’une assimilation globale entre des « individus » revendicatifs qui continuent à manifester leur hostilité à l’égard du pouvoir en place et des groupuscules parfaitement organisés, plus ou moins connus des services de renseignements qui exploitent les circonstances. L’occupant de Matignon a ainsi annoncé des sanctions contre « les casseurs » et les manifestations « non déclarées ». Pourquoi ce n’est déjà pas condamnable? « Aujourd’hui, si l’on veut défendre la liberté de manifester (…) il faut faire évoluer notre droit et compléter notre dispositif législatif » a-t-il ajouté comme n’a jamais osé le faire le Premier Minsitre de Mai 68. L’objectif inavouable consiste surtout à décourager le gros des troupes jaunes qui pourraient être présentes aux mauvais endroits au mauvais moment et se retrouver embarquées pour se voir interdire le droit de manifester. Les « casseurs identifiés » n’auront plus le droit d’accéder aux manifestations et seront inscrits définitivement dans un fichier spécifique supplémentaire. Le fait de « masquer son visage » lors d’une manifestation deviendra un délit, puni actuellement que d’une simple contravention ce qui simplifiera n’en doutons pas ce recensement des contestataires. Le risque devient alors grand de participer à l’un de ces rassemblements puisqu’il sera possible de voir conserver les traces d’une sanction applicables pour les autres rendez-vous protestataires même les plus pacifiques dans lesquel on se rendrait. Tout manifestant en passe-montagne sera susceptible d’être fiché… et donc sanctionné bien après la fin de la fièvre jaune. Difficile à admettre !
Le second objectif est énoncé de manière martiale. Alors que déjà plus de 1 000 condamnations ont été prononcées et
que lors du dernier rendez-vous selon le ministère de l’Intérieur, les forces de l’ordre ont procédé à 345 interpellations et que 281 personnes ont été placées en garde à vue le Premier des Minsitres vise le Guinees des records avec des milliers de gares à vue de fichage supplémentaire. Il faut en effet se reporter à des manifestations du même type et effectuer une comparaison pour avoir une idée exacte de l’impact des mesures annoncées. Les « bonnets rouges » avaient par exemple provoqué pour plus de 6 millions d’€ de dégâts estimés (44 radars routiers et 5 portiques écotaxe détruits) selon la Préfecture de Bretagne. Il faut y ajouter  selon la Cour des comptes un manque à gagner à plus d’un milliard d’euros par an, plus 1,3 milliard de pertes liées à la résiliation du contrat avec Ecomouv, la société chargée de collecter la taxe. Des incendies, des destructions massives et à l’arrivée…il y avait eu qu’une trentaine de gardes à vue et une quinzaine de condamnations toujours en appel. Rien à voir avec la dérive actuelle!
C’est une sorte de coup de poker que joue le pouvoir en marche. Déployer 80 000 membres des forces de l’ordre pour contrer un huitième rendez-vous des gilets jaunes est un vrai risque car il y a deux possibilités. L’une c’est que les affrontements montent d’un cran et se radicalisent davantage puisque l’annonce va inciter les vrais casseurs à se préparer à un affrontement dangereux. L’autre c’est que ce déploiement de force soit inutile car rien ne dit que les manifestants seront au rendez-vous…samedi prochain pour revenir ultérieurement. Les réseaux sociaux et les systèmes cryptés de communication deviennent en fait les ennemis réels du pouvoir en place et ils changent les rapports entre manifestants et gardiens de l’ordre. C’était bien plus facile quand une centrale syndicale lançait un mot d’ordre un mois à l’avance et négociait un itinéraire sécurisé par son propre service d’ordre. La destruction souhaitée et voulue de tous les corps intermédiaires a conduit à une situation incontrôlable quel que soit les textes. On avait eu l’illustration avec les bonnets rouges. On est désormais passé à la fièvre jaune. Et alors là… bonjour les dégâts !

4 Réponses

  1. faconjf

    Bonjour,
    Et voici revenir la loi n° 70-480 du 8 juin 1970,dite loi anti-casseurs . Une loi écrite après la grande frayeur de 1968, une loi que nombre d’éminents juristes n’ont pas hésité à qualifier de monstruosité juridique.
    Lors de la 2° Séance du Mercredi 25 Novembre 1981 cette loi a été abrogée dans la droite ligne de la suppression de la peine de mort et de la suppression de la cour de sureté de l’État. On peut trouver dans le débat cette mise en garde ( R. Badinter ) destinée aux législateurs qui pourraient être tentés par la mise en place de loi de ce type purement répressive.
    Robert Badinter le garde des sceaux:  » Je répondrai à M. Lauriol que les textes doivent s’apprécier, tout spécialement au moment où on les vote, non seulement au regard des effets prévisibles qu’ils auront en pratique, mais également au regard de ce qu’ils recèlent comme périls pour les citoyens. »
    Une mise en garde qui a toute son importance encore aujourd’hui. On peut retrouver l’intégralité du débat ici:
    http://archives.assemblee-nationale.fr/7/cri/1981-1982-ordinaire1/108.pdf
    Les lois dites  » d’exception » sont TOUJOURS des outils répressifs destinés à faire taire la contestation. D’ailleurs les débats lors de l’abrogation de cette loi regorgent d’exemples d’utilisation anti-syndicales ( cf la manif du 23 mars 1979 ) agrémentée de provocation policières…
    L’histoire a souvent tendance à bégayer et nos gouvernants l’oublient trop facilement.
    « L’histoire se répète, tout d’abord comme une tragédie, après comme une farce. Karl Marx »
    Salutations républicaines

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    • faconjf

      On peut noter au passage que le représentant de l’exécutif, le premier sinistre, prévient qu’il va écrire la loi que ses godillots vont entériner et que les juges zélés vont mettre en œuvre ex abrupto … Sans compter sur les forces de l’ordre qui dépendent directement du pouvoir exécutif et qui appliquent leur propre justice en toute impunité.
      La V ème ne s’encombre plus des principes républicains de Montesquieu, se transformant jour après jour en démocrature, tout en se réclamant de ces mêmes principes

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  2. J.J.

    Il est étonnant de constater combien la gravité des manifestations varie selon qui manifeste.
    Lors de la manifestation « la manif pour tous », il n’y eut, ce me semble, aucun casseur venu semer la pagaille et prétexter des interventions policières, bref, que des gens biens et qui savent se tenir.
    Lorsque les gentils membres de la FNSEA bloquent des rond points, y déversent des charretées d’immondices et de déchets, lorsqu’ils déversent fumier et lisier dans les rues des villes, et qu’ils dégradent et polluent monuments publics et même des préfectures, nous admirons le sang froid et la bonhomie des « forces de l’ordre »(lequel ?), et la concorde qui règnent généralement au cours de ces aimables et cordiales manifestations.
    Et lorsque ces braves gens poussent leur esprit taquin jusqu’à aller vandaliser le ministère de l’environnement, comme en 1999, on les laisse tranquillement s’amuser : un joyeux moment de détente.
    19 Nivôse 226

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  3. Alain .E

    On est très très loin du  » dura lex, sed lex  » , en France et depuis longtemps , ce qui prévaut , c’ est la culture permanente de l’ excuse , le c ‘est pas moi , c’ est lui , le je lui ais cassé la gueule , mais il m’ avait provoqué , un bon paquet d’ irresponsable tout ces gens , c’ est pathétique de rajouter des lois qui comme les autres sont rarement appliquées.
    Je refuse toute formes de violence et de casse , alors les gilets jaunes , c’est pas pour moi du coup , même si je cautionne le message originel du ras le bol général .
    Ah , et les verres duralex , c’ était du solide et le gras du vin de la famille y restait bien accroché , mais c’ était le temps d’ avant , celui que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaitre .
    O tempora , o mores !!!!

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