Il y a maintenant un peu moins de 52 ans j’étais organisateur avec mon vieux complice Serge du voyage de fin d’études à l’École Normale d’instituteurs de la Gironde. La destination avait fait l’objet d’un débat démocratique assez compliqué à gérer entre les fantasmes suédois de certains, les envies culturelles des autres en passant par le désir de farniente de beaucoup. Grâce au pécule mensuel que l’administration nous contraignait à constituer pour financer les frais de notre installation dans la profession, nous pouvions rêver un peu ! Après d’âpres discussions il fut décidé de bâtir un déplacement en… Allemagne. Le coté financier avantageux de cette « aventure » l’avait emporté sur tous les attraits des autres hypothèses. En effet depuis le Traité de l’Élysée signé par lCharles de Gaulle, Président de la République française, et Konrad Adenauer, Chancelier fédéral de l´Allemagne avait été créé l’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ). Il avait pour but « de resserrer les liens qui unissent les jeunes des deux pays, de renforcer leur compréhension mutuelle et, à cet effet, de provoquer, d’encourager et, le cas échéant, de réaliser des rencontres et des échanges de jeunes. » Une forte subvention nous était promise si nous acceptions de partager des temps d’échanges avec des jeunes étudiants de République fédérale allemande se destinant à l’enseignement et de découvrir les institutions de ce pays.
Tout paraissait jouable jusqu’au moment où une majorité des partants potentiels exigea que nous puissions aussi aller en République Démocratique Allemande (RDA) durant plusieurs jours pour comparer les deux régimes ! Une gageure en pleine guerre froide et un sacré défi qu’il fallait faire accepter par le Directeur et les financeurs. Ce fut mon premier mandat électif à 1ç ans et quelques mois ! Il demanda diplomatie, fermeté pour une négociation serrée… Finalement sur quinze jours de voyage l’OFAJ en subventionnerait 10 et les 5 autres seraient à notre charge mais compte-tenu des tarifs de la RDA ce n’était pas un handicap ! Il n’y avait qu’un mot qui me hantait… celui de « mur » ! Il était au cœur des débats politiques et des contestations.
Il alimentait depuis juillet 1961 toutes les polémiques autour du communisme toujours très vivant en France. Il était considéré comme le « mur de la honte » pour les Allemands de l’Ouest et officiellement appelé par le gouvernement est-allemand « mur de protection antifasciste ». Il constituait un élément du fameux « rideau de fer » avec un dispositif militaire impressionnant : deux murs de 3,6 mètres de haut, avec un chemin de ronde,302 miradors et dispositifs d’alarme, 14 000 gardes, 600 chiens et des barbelés dressés vers le ciel. Un nombre indéterminé de personnes furent victimes des tentatives de franchissement du mur. En effet, des gardes-frontière est-allemands et des soldats soviétiques n’hésitèrent pas à tirer sur des fugitifs… Le « mur » divisait la promo et il fallut bien des moments de débats pour faire accepter à tous les courants de pensée qui existaient au sein de la « 127 » que ce « mur » ne constituaient pas un obstacle de fond à l’organisation du voyage.
En fait lors de nos rencontres ultérieures en RDA j’avais noté une phrase d’un représentant du pouvoir qui avait rétorqué à ma question sur la liberté de mouvement : « quand vous voyez quelqu’un avoir envie de se jeter obstinément dans un puits que faites vous ? Vous fermez le puits et vous l’empêchez de se suicider Le mur pour nous c’est pareil !  Il protège les gens et ne les enferme pas ! ». Un argument qui ne tint pas avec le temps car les murs n’ont jamais arrêté l’évolution des idées et les envies d’émancipation ! Même la grande muraille de Chine n’a pu rien empêcher ! Le « mur » autour de la bande de Gaza entre Israël et Palestine… les murs de barbelés aux frontières autrichiennes, hongroises, slovènes… finiront par se révéler illusoires ! Ils ne sont pourtant pas condamnés avec autant de vigueur que l’a été celui de Berlin ces « murs » sont-ils moins honteux ? Maintenant c’est Trump qui plonge son pays dans le chaos pour imposer un « mur » entre le Mexique et les USA ! Ses alliés se « claquemurent » dans des silences coupables ! Chez nous les maisons s’entourent de « murs » destinés à se préserver d’ennemis de l’intérieur ! Les « murs » s’érigent entre tous les partis politiques surtout à gauche, dans tous les secteurs de la vie sociale, sur tous les territoires… Alors que « faire le mur » dénotait un soif de liberté que j’ai moi-même assouvie c’est devenu désormais un réflexe existentiel négatif. Toute la planète rêve d’ériger des murailles les plus hautes possibles. Et la planète accepte que le rejeton odieux de Trump résume le fascisme raciste de son père dans un : « Vous savez pourquoi vous pouvez apprécier une journée au zoo? Parce que les murs, ça marche » !

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