Il faut parfois quand on veut connaître la réalité avoir une oreille qui traîne car il y a toujours très loin des déclarations officielles aux propos confiés sous le sceau de la confidence. Pour avoir ce privilège que n’ont pas les journalistes, il est indispensable de se montrer discret et de ne pas se montrer trop intéressé. Il était par exemple captiver d’écouter d’une manière discrète les commentaires portés par les « autorités » girondines sur la manifestation épisode 9 des gilets jaunes. Bien évidemment personne n’évoquait la mobilisation exceptionnelle sur Bordeaux mais la discussion tourna très vite sur le volet « violences urbaines » avec des commentaires relatifs aux « armes » utilisées par les manifestants mais à aucun moment il ne fut fait référence aux « dégâts » causés par celles utilisées par les forces de l’ordre. Normal car nous vivons dans une société de la dualité, du bien et du mal, des bons et des mauvais, du noir et du blanc, du normal et du déplorable, de la raison et de la peur… C’est une règle générale qui a toujours fonctionné car elle dédouane de toute responsabilité ceux qui doivent mettre un treme aux affrontements quels qu’ils soient.
Dans un camp il y a le « danger » et la « paix » se situe en face. Le vrai problème c’est que c’est l’inverse quand on change de côté. En fait depuis le début de cette « fièvre jaune », de l’aveu d’un observateur, il y a en fait deux manifestations en une. Le constat est facile mais bien évidemment l’amalgame arrange les tenants du pouvoir alors qu’il excite singulièrement les participant(e)s à la contestation. Souvent ils paient au prix fort cette présentation résumée dans un « tous coupables ! » dangereux car il a souvent servi d’excuse aux pires exactions. Un photographe de presse qui me confiait ses constats m’a soufflé une idée : « Médiatiquement il faudrait une hiérarchisation différentede l’info en dissociant les graves agissements de fin de journée majoritairement très éloignés de la manifestation du reste de la manif. J’ai toujours vu deux temps dans ces défilés « gilets jaunes » et ils n’ont rien de commun !» C’est pourtant les moments les plus violents car les plus spectaculaires que l’on diffuse à satiété. C’est une chiffon rouge agité sous le nez de personnes sincères.
« Quand le rassemblement débute à 14 h il ne se passe rien de répréhensible ou à la marge jusqu’à 17 h ! C’est toujours le même scénario. Arrivent alors des extrémistes de droite et de gauche qui se foutent pas mal des revendications du gros de la troupe pour venir provoquer, casser, détruire et défier les forces de l’ordre » a ajouté ce journaliste discret. « A Bordeaux pour la dernière manif il y avait 8 000 personnes et au moment des affrontements 95 % d’entre eux étaient partis ! Les casseurs, je les retrouve devant mon appareil de samedi en samedi et ils sont de mieux en mieux organisés malgré toutes les mises en garde. Ils récupèrent des gens qui sont outrés d’avoir été bombardés de gaz lacrymogènes ou de billes de flash-balls… »
Il est en effet impossible de considérer que sur 8 000 personnes il n’y a que des violents, des casseurs, des agresseurs. En revanche il n’est pas absurde de penser que les services de la direction générale de la sécurité intérieure qui existe depuis 2014 sont en capacité de savoir d’où viennent ces « exploiteurs violents » du mouvement ! Les organisations formelles ou informelles pouvant donner des consignes ne doivent pas être très nombreuses. A ce jour, à Bordeaux comme ailleurs, il n’y a pourtant aucune information qui ait filtré sur ces fauteurs de troubles dangereux. Certains slogans sur les murs, le ciblage par exemple de la banque Rothschild sont-ils des marques de contestation du monde de la finance ou celles beaucoup plus angoissantes d’une idéologie mortifère ? A force de ressasser que ce sont « gilets jaunes et jaunes gilets » pour dresser une part de l’opinion publique contre des contestataires qu’il ne maîtrise plus, le gouvernement a réussi à solidariser des gens qui n’avaient parfois aucun point commun en dehors du fait qu’ils se considèraient comme oubliés, méprisés ou accusés de déviance démocratique.
Encore une fois la généralisation hâtive, l’amalgame facile, la culpabilité préétablie renforcent une perte de confiance dans les outils habituels de la démocratie. Perte de la confiance dans les forces de l’ordre, perte de la confiance dans des politiques frappés de surdité, perte de confiance dans les médais, perte de confiance dans un système qui écrase plutôt qu’il élève, perte de confiance dans des annonces réputées biaisées. Samedi après samedi le baromètre de cette empathie indispensable entre les mandataires et mandants s’effondre dans notre République malmenée ! Quand j’entendais parler les « autorités » je me disais que le décalage n’est pas prêt de disparaître… Dans le fond c’est certainement la cause de cette incompréhension totale qui rend la France si fragile. Un petit effort : envoyez les technocrates se promener en gilet jaune dans les manifestations les oreilles ouvertes !

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