Pendant que la France se régale de « jaunes » ou débat sur le meilleur moyen de voir les politiques critiquées se poursuivre avec un soutien plus avancé, l’Europe explose de toutes parts. L’Union européenne ressemble à ces vieux rafiots qui prennent de l’eau brune et vaseuse de partout mais que l’on continue à présenter comme des paquebots de luxe. Désormais le Brexit vient y ajouter une pagaille noire de l’autre coté de la Manche. L’UE va désormais nul ne prévoyait devoir assumer les conséquences d’un référendum, réclamé par le peuple mais non suivi dans son résultat par le Parlement. On a connu pareille mésaventure dans l’Hexagone et on en paye encore les conséquences.
Les députés britanniques ont en effet massivement rejeté lors d’un vote historique l’accord de Brexit négocié par la première ministre conservatrice Theresa May avec Bruxelles. L’avenir du Royaume-Uni, à deux mois et demi de la date prévue de sa sortie de l’Union européenne est vraiment sombre. La chambre des Communes a refusé l’accord de séparation par 432 voix, 202 s’étant prononcé pour. Un score sans appel et qui reflète les oppositions très diversifiées aux négociations abouties après deux ans d’efforts. Ce sont 110 conservateurs qui ont abandonné leur premier Ministre ce qui dénote une fronde hétéroclite très forte. On y trouve certes ceux qui ne veulent plus du Brexit, ceux qui le trouve mal négocié, ceux qui regrette qu’il en soit pas plus dur ou plus souple. La situation devient on ne peut plus complexe. Edouard Philippe, Premier des Ministres français présenté dans un propos lyrique le grand débat comme devant être un « jardin anglais » luxuriant plutôt qu’un « jardin à la Française » bien ordonné. Un exemple qui prend toute sa signification quand on sait ce qu’il va arriver à sa collègue britannique.
Theresa May doit avant lundi présenter au Parlement un « plan B », si elle survit à la motion de défiance qu’ont déposé les Travaillistes ravis de la tournure des événements . « La chambre a parlé et ce gouvernement écoutera », a-t-elle déclaré immédiatement après le vote, proposant des discussions entre partis déterminer la voie à suivre. En fait elle a le choix entre plusieurs solutions toutes plus dangereuses les unes que les autres.
D’abord elle ne parvient pas (l’écart est vraiment très grand) à changer la position majoritaire du Parlement et c’est une rupture violente avec Bruxelles dont personne ne connaît vraiment les conséquences surtout en Irlande. Ensuite il est possible de tenter de repousse la décision après le 29 mars et de faire plier l’Union européenne en négociant un contrat de divorce plus avantageux mais ce ne peut-être que symbolique et à la marge. C’est l’hypothèse la plus probable. Enfin il reste le plus improbable : l’organisation d’une nouveau référendum pour annuler le précédent. Le RIC anglais deviendrait alors un symbole très fort car la mobilisation populaire aurait fait plier le gouvernement. Ce serait catastrophique pour la démocratie et pas seulement en Grande-Bretagne.
Il existe bien évidemment une vraie opportunité de se débarrasser de Teresa May en la contraignant par une motion de défiance à effectuer des élections anticipées. Les Travaillistes l’espèrent mais sont encore loin de l’obtenir.
La vraie leçon c’est que nous recevons une belle leçon de démocratie parlementaire la part de la Grande Bretagne. Majoritaire le gouvernement est désavoué parce que plus d’une centaine de frondeurs ont refusé de voter contre leurs opinions. En France une pareille attitude provoquerait un tollé et serait pris pour une forme de trahison impardonnable/ On a bien vu les appréciations portées sur les députés qui avaient refusé de suivre Manuel Valls et l’usage qu’il avait fait du 49-3 au nom de la nécessité de réformer. On avait bien vu aussi le vote du Congrès sur le Traité constitutionnel européen où celles et ceux qui avaient voté contre leur propre camp avait fait penché la balance. Je ne sais pas comment on dit « godillots » en anglais mais il n’a visiblement pas de raison d’être traduit.
L’ampleur de la défaite de Theresa May est telle qu’elle constitue une nouvelle donne certes à Londres mais aussi à Bruxelles. Tout est désormais possible, tant sur le plan politique britannique, qu’à propos de l’avenir du Brexit et surtout ce vote va peser sur l’avenir de l’UE puisque la tentation d’en partir via des référendums est tentante mais il faut ensuite en assumer les conséquences. Les Anglais se sont tirés les premiers… mais ils risquent bien de le regretter ! Ils devraient organiser un grand débat…

4 Réponses

  1. Bernadette

    Pauvre Thérèsa May, elle s’est donnée beaucoup de mal pour faire admettre sa stratégie au parlement britannique. Le fait peut être d’être une femme!

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  2. J.J.

    Un vieil adage policier dit qu’il faut toujours chercher à qui profite le crime.
    Au risque de me faire traiter de complotiste, je dirais comme Tryphon Tournesol : « Toujours plus à l’Ouest, regardez plus à l’Ouest. »

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    • faconjf

      j’ajouterais, si vous le permettez , comme pourrait dire au général Mattis ( secrétaire à la Défense des États-Unis) Triphon Tournesol : Je regrette, militaire, mais je refuse de serrer une main qui foule aux pieds les droits imprescriptibles de la personne humaine !…
      Tintin et les Picaros, Hergé, éd. Casterman, coll. « Tintin », 1976, t. 23, p. 12

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      • J.J.

        Ou comme ce personnage de Labiche qui prétend que « les femmes aiment s’ appuyer sur un bras qui porte une épée à la ceinture. »

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