Pourquoi me priver d’une référence religieuse si elle me permet d’illustrer la folie de ce monde marqué par le profit et l’espoir secret que l’or résoudra tous les maux de la société? Au moment où les milliardaires s’offrent une « neige-partie » à Davos après être passés par Versailles le jour où la guillotine a raccourci le pouvoir divin il n’est pas inutile de rappeler l’épisode du « veau d’or ». Alors que Moïse faisait l’ascension du mont Sinaï, pour y recevoir les Tables de la Loi, les Hébreux, libérés du joug de Pharaon, pressèrent Aaron de leur construire une idole…d’or, en fondant les pendants d’oreille, les bracelets et les colliers en or qu’ils avaient emportés avec eux. Avec le métal fondu, il construisit un veau d’or qu’ils adorèrent à l’imitation du taureau Apis qui était adoré en Égypte. Lorsque Moïse descendit du mont Sinaï, et qu’il vit les Hébreux adorer une idole, contrairement au troisième Commandement, il fut pris d’une si grande colère qu’il brisa les Tables de la Loi sur un rocher. Tous ceux qui se sont sympathisé avec cette idolâtrie seront mis à mort. Désormais le veau d’or a changé d’apparence : il est immatériel et appelé croissance. On espère sa venue à Davos pour la vénérer car elle apporterait le bonheur aux peuples et surtout sauverait la planète de tous les maux qui l’accablent. On fait fondre le pouvoir d’achat, on sacrifie les emplois, on détruit les droits sociaux car la « croissance » sauvera de la ruine qu’elle finit pas laisser derrière elle !
Dans les palais et les palaces les grands prêtres se pâment devant sa statue représentant une courbe faiblarde qui tente de s’élever dans l’air du temps. Or rien ne va plus : la déesse qui vide les bourses ou remplit les banques s’anémie de jour en jour sapée par la folie des gens qui animent son culte !
« Une récession mondiale n’est pas au coin de la rue mais le risque d’un recul plus prononcé de la croissance mondiale a augmenté », a prédit la Pythie du Fonds monétaire international (FMI) la célèbre Christine Lagarde. Au « pèlerinage » de Davos les grands patrons, chefs de gouvernement, ministres mais aussi activistes doivent participer à des débats sur les thèmes les plus variés, allant des déchets plastiques à la géopolitique en passant par l’intelligence artificielle pour la frime puisque leur prière essentielle ira vers cette foutue croissance qui ne répond pas à l’adoration qu’il lui voue.
Le FMI a douché les espoirs de la planète financière pour la seconde fois au cours des derniers mois en indiquant que le rythme d’expansion de l’économie mondiale n’est désormais plus estimé à 3,5% (-0,2 point) pour cette année, après les 3,7% en 2018. La prévision pour 2020 est également moins bonne à 3,6% (-0,1 point). De quoi vous faire boire quelques whiskies pour noyer votre chagrin !
Pire, l’une des « prêtresses » du FMI se permet à nouveau de sermonner les « politiques » qui laisser la situation sociale détériorer les espoirs de « l’économie » de conforter ses bénéfices. Elle a délivré un message aux dirigeants pour qu’ils répondent rapidement aux contestations populaires qui enflent dans certains pays : « Je pense que ce qui est important, ce n’est pas d’attendre une escalade des risques politiques mais que les dirigeants politiques s’occupent d’éviter un tel mécontentement avec la manière dont les choses fonctionnent (…) Ce sont de vraies préoccupations qui doivent être traitées ». Pour la énième fois le FMI psalmodie la même croyance : on peut traiter les effets sans examiner les causes ou on peut soigner le malade sans connaître les raisons de sa fièvre ! La Grèce en sait quelque chose ! ET voici que l’ONG Oxfam s’en mèle pusique dans son rapport annuel elle dévoile que 26 milliardaires ont désormais entre leurs mains autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Trois d’entre eux sont sur la liste des quelque 3.000 participants à Davos cette année: l’Américain Bill Gates, le magnat de l’industrie indien Muksh Ambani et le fondateur du géant chinois Alibaba, Jack Ma.
Les oreilles de l’as du « one man show jupitérien » resté à Paris pour tenter d’enrayer la jaunisse qui frappe une part de ses ouailles, doivent siffler ou des acouphènes les perturber. Il n’est pas de la grand-messe. Le cerveau de Trump aussi ! Son « shutdown » record plonge les USA dans la crise et il est obsédé par une affaire de mur ! La mère Theresa anglaise ne peut croire que dans un miracle sous la forme de l’apparition d’un accord salvateur dans un chou de Bruxelles. Merkel patine et tapine pour préserver son pouvoir ressemblant à un collage de Joan Miro…
En fait les défenseurs de la « croissance » seront les populistes qui proposent de raser gratis ou de mettre au pas de l’oie tout ce qui contrarierait leur envolée vers le pouvoir. Le Président brésilien Jair Bolsonaro et le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte sont attendus comme les « Messies » de la croissance ! Avec eux le « veau d’or » a bien des chances de multiplier ses adorateurs ! Mais à quel prix ?