La IV° République est morte de l’explosion des partis politiques issus de la Libération et qui ne servaient qu’à leurs leaders à s’octroyer, de manière plus ou moins durable, les maroquins ministériels. Le petit jeu des alliances pour détruire les châteaux de cartes personnelles qui constituaient un gouvernement a fini par avoir la peau de la démocratie représentative nationale devenue inaudible et surtout non crédible dans un contexte de fin de la colonisation génératrice de conflits. Bizarre balbutiement de l’Histoire c’est en 1953 qu’est née spontanément et à une allure vertigineuse une contestation qui allait achever le système électoral. En lançant dans la bourgade de Saint-Céré l’action de l’Union de défense des commerçants et artisans (UDCA) sur la base d’une révolte contre les impôts et les taxes jugés trop lourds et surtout contre les contrôles opérés par le fisc chez les petits acteurs économiques du monde rural Pierre Poujade va devenir l’idole des classes moyennes. Les manifestations vont succéder aux manifestations.
La présence d’agitateurs d’extrême-droite les rend parfois violentes ou au minimum musclées. Les policiers sont mis sans cesse à contribution. Au discours des boutiquiers antifiscal et corporatiste d’origine, s’ajoutent bientôt des thématiques assez diverses comme la défense de l’Algérie française et de l’Empire colonial, le rejet du parlementarisme, la critique des « élites » au nom du « peuple », l’anti-syndicalisme (contre les syndicats « traditionnels ») ou encore un certain nationalisme teinté d’antisémitisme et de xénophobie. Assez révélateur de la France d’après la dernière guerre mondiale que l’on présentait comme celle de la Résistance alors que moins de dix ans après le 8 mai 1945 on voyait ressurgir les fantômes de Vichy.
Les méthodes employées par les poujadistes en vue d’obtenir gain de cause se font plus véhémentes au cours de l’année 1954-1955 : ainsi, il n’est pas rare qu’en vue de paralyser le commerce d’un lieu précis, les commerçants et artisans décrètent la grève générale. C’est le cas à Carcassonne en novembre 1954 face à une menace de contrôle fiscal à l’encontre du président départemental de l’UDCA.
À Rodez, les sympathisants poujadistes se heurteent manu-militari aux forces de l’ordre. Même chose à Argentat et Marseille. Des révoltes éclatent à Riom, à Murat et Saint-Flour, et en certaines occasions les poujadistes n’hésitent pas à se rendre jusqu’au centre local des impôts dont ils enfoncent l’entrée avec des poteaux de circulation arrachés en ville. Ils mettent le feu aux déclarations d’impôts. De meetings musclés en violentes envolées, Poujade, agit aux marges de la légalité . Il fustige ses ennemis avec un indéniable talent d’orateur : «l’Etat vampire», la «bureaucratie», ou encore les «apatrides» qui occupent la «maison France» sont au cœur de ses diatribes. Nationaliste et xénophobe, il y ajoute nombre de dérapages : «Les parlementaires ? On les pendra haut et court, question d’économie», ou encore : «Quand on pense qu’il y a, à la Chambre, des pourris de cet acabit, il faudra prendre la grande trique, le grand balai et nettoyer ça d’un coup !» ça plaÏt ! Il fait un tabac à chaque sortie.
Un meeting à Paris, le 5 juillet 1954, au Vél d’Hiv’ connait un succès extraordinaire : Pierre Poujade aurait pu ce jour-là aisément marcher sur l’Élysée et le Palais-Bourbon. Il ne le fait pas sûr de sa force et surtout rassuré par la faiblesse de l’opposition La foule se rassemble à Grenoble et Béziers. Il est de fait maître du pays et veut forcer les partis en plein désarroi à convoquer des… États Généraux où on rassemblera les cahiers de doléances afin de faire reconnaître les revendications et les inquiétudes du peuple.
Il décide alors d’exploiter sa notoriété ( plus de 600 meetings en France) il se lance dans l’arêne politique alors qu’il n’avait cessé de vouer aux gémonies les élus nationaux. Il obtient, en un peu plus de deux ans et dans toute la France, plus de 2 millions de voix ce qui doit être comparé à la poignée des comparses de Saint-Céré. Il rassemble 52 députés aux élections de 1956 sous l’étiquette d’Union et fraternité française (UFF). Haro sur L’Europe responsable de tous les maux (à l’époque il s’agit du Traité de Rome), dénigrement systématique et maladif des intellectuels opposés au « bon sens populaire et « aux petites gens ». Le groupe UFF affiche un soutien sans faille à l’Algérie française. Il refuse de voter la confiance au gouvernement de Guy Mollet en pleine crise du canal de Suez car il accuse les anciens alliés anglais de traîtrise.
A au fait aujourd’hui le mouvement jaune fluo annonce face à la faiblesse croissante des partis traditionnels son entrée en politique… Dans un communiqué, le « ralliement d’initiative citoyenne » (RIC), a diffusé une liste de dix noms, en vue de constituer 79 candidats d’ici « mi-février » pour le scrutin du 26 mai prochain. Il y en aurait qui veulent devenir … califes à la place des califes ne « valant rien, » « trop payés » et surtout absolument « inutiles » ! Rien de bien original !