Les annonces de renoncement à des renouvellements de candidatures aux municipales se multiplient officiellement ou sous le manteau… mais même s’il n’y aura pas de pénurie d’élus locaux il risque bel et bien d’y avoir un renouvellement considérable des équipes municipales. Parfois le nombre de celles et ceux qui souhaitent continuer se compte, dans des conseils municipaux de près de 30 membres, sur les doigt d’une seule main. C’est une réalité qui m’a sauté aux yeux lors des cérémonies des vœux à la population : moins de monde et moins d’élu(e)s !
Rares, très rares sont les assemblées communales qui sont encore au complet ! Une enquête rapide donne environ 25 % minimum de départs depuis le début de ce mandat. Les têtes de liste avaient eu beaucoup de mal à se constituer avec des « repêché(e)s peu motivé(e)s qui avaient accepté uniquement pour compléter les candidatures. Certaines et certains n’ont même jamais mis les pieds à une seule réunion du conseil… ou ont disparu corps et bien. Par le jeu des démissions refusées ou non exécutées, par le biais de procurations permanentes il est possible de durer sans que les citoyen(ne)s aient conscience de la faiblesse de la participation de leur(e)s à la vie locale…
Cette situation conforte les propos ressassés sur les cotés catastrophiques de la démocratie représentative. Les derniers mois seront pénibles avec des décisions prises par une poignée résignée de survivant(e)s. La pénurie des vocations menace… surtout quand la notion de « responsabilité » devient de plus en plus prégnante. Or pour assumer cette inflation de la nécessité de rendre compte de son action face à des citoyen(ne)s exigeants, contestataires, insatisfaits il est indispensable de « savoir » ce qui n’est vraiment plus le cas chez celles et ceux qui se retrouvent autour de la table du conseil. Il faut du temps pour s’informer et beaucoup n’en ont plus pour des raisons familiales ou… professionnelles et se former.
En 30 ans de mandat municipal je n’ai vu que très peu de démissions ou de départs (sauf si je me trompe en presque 20 ans de mandat de maire j’ai du en accepter quatre sur un total de plus d’une cinquantaine de membres de l’assemblée différents ). Un état d’esprit ? Non ! Un dévouement exceptionnel ? Non !. Une autre époque ? Non ! Simplement parce que j’avais opté pour un choix progressif, calculé, sociétal de personnes pouvant être utiles à l’intérêt général et surtout ayant fourni des preuves antérieures de leur attachement à l’action publique ! C’est ainsi mais c’est désormais rare !
On va voir surgir des vocations « jaunes », « vertes », « roses », «  bleues », « rouges » ou « brunes » toutes plus ou moins cachées dans le contexte actuels sur les appartenances partisanes. Elles seront encore plus circonstancielles que les précédentes car comme l’a opportunément rappelé le Président de la cour des comptes lors de session solennelle de rentrée « la pression accrue, fausse et souvent inquiétante des réseaux sociaux fourmillant de fausses informations détruit jour après jour les liens d’empathie entre les élus et leurs mandants ». Tout devient suspect, négatif ou condamnable !
On jugeait autrefois les « mandataires » locaux sur leur bilan puis on les a appréciés sur leurs projets avant maintenant de les accabler sur ce qu’ils auraient dû faire et qu’ils n’ont pas fait en oubliant tout le reste. Et même s’ils ont « fait » c’est forcément inutile ou mal conçu et peu adapté aux besoins personnels de celles et ceux qui pensent que l’intérêt général ne saurait être que la conjonction des intérêts particuliers. La situation devient insoluble et dangereuse. La rupture de la confiance entre élu(e)s et électeurs entache de nullité des annonces intéressantes, des propositions sérieuses des engagements d’actions diverses utiles au plus grand nombre… et laisse ainsi la part belle au rejet, à la répulsion, à la haine, au dénigrement et même souvent au mépris.
On remet sur le tapis « le statut » de l’élu(e) comme la panacée qui devrait améliorer le recrutement et la pérennité de l’engagement…Or rien n’est possible sans une volonté de consacrer une part de son temps, de son argent, de sa santé aux autres. Un élu(e) n’est titulaire que d’un CDD exigeant. Oublier que n’est ni un métier, ni une profession mais un simple engagement volontaire ou militant à durée déterminée c’est tuer la démocratie représentative!
Parler de « salaire » alors que comme l’énoncent les textes légaux et les lois républicaines c’est une « indemnité » en échange d’une motivation au service des autres c’est commettre une grave erreur anti-républicaine. Le salaire génère une « obligation » de résultats, une « dépendance » vis à vis d’un employeur (mais lequel ?) alors qu’il s’agit à l’origine essentiellement d’une volonté de servir les autres sans trop de conséquences matérielles sur sa vie personnelle. Un mandat électif se partage entre souvent une famille et la charge prise… je n’ai jamais vu la famille y gagner ! Bien au contraire ! Et cette déviance ne sera plus corrigée par des réformes du statut de l’élu(e). Le ruissellement des références au fric, à la haine, à la rentabilité et les effets de l’approximation ont tué la sincérité originelle des engagements. Le seul avantage « d’avoir été » c’est que l’on sait qu’il faut savoir ne plus « être » quand le moment est venu !