C’est fou comme l’on s’habitue vite à ne plus s’intéresser à ce qui se passe chez soi quand on évolue dans un contexte où la télévision n’existe pas et ou les journaux de consacrent que des brèves à son « beau » pays d’origine. On a beau être Français et donc bien évidemment au centre du monde, on perd vite ses illusions. On a beau avoir le plus intelligent, le plus brillant, le plus innovant des Présidents on est vite déçu en lisant ce que le Québec retient de son action. Quand parmi les 24 pages que consacre le journal de Montréal au « football » on se rend compte très vite que la première défaite du Paris S.-G. à Lyon ne pèse pas lourd face au Super Bowl. On a beau découvrir sur les réseaux sociaux que le jaune continue là-bas, de l’autre coté de l’Atlantique, à meubler les samedis on constate que c’est la manifestation récurrente de la reine des neiges qui donne ici au blanc toute son importance. Devenir « un » parmi l’indifférence des autres apporte un souffle d’air pur, une précieuse liberté.
L’éloignement force à la modestie et surtout permet largement de relativiser la place de notre pays dans le monde. Nous ne sommes même plus chez nos cousins québécois au cœur des préoccupations. Loin s’en faut. Cette cure d’anonymat fait un bien fou. C’est reposant pour les yeux, les oreilles et le moral en une période où se ressourcer prend des allures de défis. Une inquiétude pointe vite : serais-je assez motivé au retour pour replonger dans cette ambiance factice où ce qui est essentiel s’évanouit devant le superficiel ? Difficile à imaginer car la désintoxication peut aussi conduire parfois au renoncement complet alors que beaucoup espère un nouvel entrain. Une retraite au cœur d’un cocon familial parfaitement étanche aux turbulences hexagonales permet bel et bien se replier sur l’essentiel. Et donc pour moi l’heure du bilan a sonné ou en va pas tarder à sonner. Sans cette pression que même le décalage horaire n’atténue pourtant pas en raison de ce fichu mobile qui vibre en pleine nuit je me dis que l’heure est venue de témoigner et plus de débattre. Dans peu de temps mes 72 printemps et mes 36 ans de vie publique seront derrière moi. La moitié de ma vie comme élu local et plus des trois-quarts au service de l’intérêt collectif, me permettent une dernière lubie avant de m’effacer dans l’oubli. Cette prise de recul même bref m’aura permis d’imaginer que je pouvais me permettre de revenir sur la passion qui a guidé ses cinquante ans d’engagement : la citoyenneté autonome et responsable. Tant pis c’est à contre courant, c’est dépassé, c’est illusoire mieux c’est utopique mais tant mieux.
Pour mon nouveau petit-fils il me faut encore rêver d’autant que je suis certain que ces valeurs ne sont pas mortes mais qu’il pourra peut-être un jour les reprendre, les porter plus loin, les faire vivre mieux que je n’ai su le faire. Un bouquin naît donc ici chaque jour sous mes doigts. Peu importe son impact : il sera là pour simplement témoigner et qui sait peut-être intriguer car tellement décalé des repères actuels qu’il en paraîtra bizarre. J’ai pris enfin le temps de revenir sur ce que je portais mais que jamais personne ne m’a demandé de formuler : je vais parler de politique au vrai sens du terme. La vie d’une cité, la seule que je connaisse bien, celle de Créon mérite que l’on en dresse, non point un bilan mais une synthèse sous l’angle de la gouvernance choisie et jamais interrompue entre 1977 et 2014. Pourquoi ne pas profiter de ces instants loin des contraintes pour remettre en perspective ce parcours ? J’avance donc pas à pas avec des trous de mémoire salutaires qui me permettent de rester sur les orientations et ne pas tomber dans l’anecdotique.
Ma vie commune, notre vie commune, votre vie commune resteront les plus belles car les plus proches de la réalité positive. Il n’y a pas de vérité et de système parfait mais il y a surtout un chemin qui conduit à une autre forme de société dans laquelle chacune et chacun découvrira son rôle à jouer. Le moment est venu de proposer, d’avancer, de relancer des idées sans d’autre espoir que de provoquer au moins un « petit » débat… au moins aussi fondamental que le Grand !