Le Canada et notamment le Québec manque cruellement de main d’œuvre spécialisée ou même seulement capable de se spécialiser sur place. Souvent sur l’arrière des véhicules ou sur la façade des immeubles une affiche clame comme un appel au secours : « ici nous embauchons ». Dans les journaux des placards d’agences d’intérim réclament une centaine voire davantage de salariés dans diverse secteurs d’activité. Bref le boulot ne manque pas mais le problème c’est que les créneaux sur lesquels la pénurie demeure ici sont les mêmes que ceux des pays où le recrutement est possible : la santé, le bâtiment et les travaux publics (Montréal est un immense chantier) ou l’enseignement. Et bien évidemment le sujet à la mode est celui de l’immigration ! Les dernières élections au Québec ont d’ailleurs tourné autour de ce thème qui ne sera pas celui des… prochaines élections en France !
La victoire de la Coalition Avenir Québec a été une grand événement puisque pour elle mettait fin à l’alternance entre le Parti libéral et le Parti Québécois. Son programme se voulait pragmatique (conservatisme fiscal), nationaliste (refus de l’indépendance mais renforcement de l’identité), anti-immigration (règles d’entrée renforcées), tourné vers l’éducation (entrée en pré-maternelle ramené à 4 ans et scolarité obligatoire jusqu’à 18 tout en baissant la contribution à l’enseignement) et laïque (chasse aux signes religieux dans la fonction publique et l’espace public)… On peut s’y retrouver le l’autre côté de la « flaque » dans ce fourre-tout destiné à satisfaire un électorat vieillissant et inquiet pours son avenir.
Immédiatement les flux migratoires on occupé le devant de la scène politique puisque un projet de loi réputé devoir réguler les arrivées a été déposé au parlement régional. Il comporte un volet sur la situation actuelle en annulant ipso-facto 18 000 dossiers de travailleurs qualifiés en attente de la fameuse « résidence permanente ». Le Québec repart à zéro dans sa politique migratoire au nom de l’amélioration souhaitée de l’intégration. Les Caquistes considèrent qu’elle doit certes se faire par le travail mais aussi et surtout par l’appropriation culturelle. La Belle Province souhaite ne recevoir que des nouveaux habitants qualifiés parlant parfaitement le… Français. « Nous souhaitons faire en sorte que nous ayons un outil pour que les personnes immigrantes puissent être évaluées au niveau de la francisation et au niveau des valeurs québécoises » explique le Ministre Simon Jolin-Barrette qui est allé plaider l’approbation de sa loi auprès du gouvernement fédéral à Ottawa.
La réponse est revenue en boomerang : pas question de sélection linguistique accrue ! Pour le fédéral, le fait que Québec souhaite désigner un lieu de résidence permanente en fonction des besoins de main-d’œuvre soulève des problèmes constitutionnels et pratiques et le projet de loi n’est pas acceptable dans sa forme actuelle ! La polémique est lancée… et encore une fois la légitimité d’un vote provincial récent se heurte aux limites du fédéralisme. En fait le Canada ressemble à une Europe désunie dans laquelle les divergences sur l’immigration se multiplient renforcées par les différences linguistiques. Partout le monde craque et se crispe sur ces mouvements de population choisis ou subis qui tournent à l’obsession. Les murs ne sont pas tous en béton ou en briques. Ils se construisent chaque jour un peu plus dans les têtes même dans celles pourtant habituées à s’ouvrir vers les autres. Tout au moins quand elles en ont besoin…

Une réponse

  1. Jouvet Fabienne

    Dans la grande chaîne de la vie,
    Pour qu’il y ait un meilleur temps
    Il faut toujours quelques perdants,
    De la sagesse ici bas c’est le prix
    quand les hommes vivront d’amour
    il n’y aura plus de misère,
    les soldats seront troubadours
    Mais nous, nous serons morts, mon frère…
    Félix Leclerc.

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