Que n’a-t-on pas entendu, lu ou vu au sujet du rapport publié par la récente commission d’enquête du Sénat à propos des multiples épisodes de la série Benalla se fout des principes républicains. Prudemment cette structure légitime du Palais du Luxembourg a simplement tenté de vérifier les implications de l’entourage présidentiel sur de multiples dossiers dignes d’une République bananière. Cette curiosité saine a provoqué des réactions que l’on croirait d’une autre époque tellement elles sont décalées par rapport aux griefs de l’opinion publique relative aux élus nationaux. « Nous sommes très attachés à la séparation stricte des pouvoirs dans notre pays (…) Mais je trouve curieux que les assemblées aient à se prononcer sur l’organisation du pouvoir exécutif. Si le pouvoir exécutif se prononçait sur l’organisation du travail des assemblées, on crierait à la fin de la séparation des pouvoirs », a proclamé avec l’indignation théâtrale qui va avec, Benjamin Griveaux porte-voix du gouvernement. « L’Élysée aura l’occasion d’apporter des réponses factuelles sur manifestement beaucoup de contre-vérités qui se trouvent présentes dans le rapport » mais on les attend encore ! Une prise de position hypocrite, désastreuse pour la démocratie et qui donne la fâcheuse impression d’une complicité encore plus forte que l’on pouvait le ressentir entre le pouvoir élyséen et l’un de ses serviteurs les plus sulfureux.

La commission d’enquête a dénoncé des « dysfonctionnements majeurs » ce qui relève de la litote quand on entre vraiment dans le dossier. Elles souligne la non-véracité des déclarations faites par des membres haut placés dans la hiérarchie de l’Élysée lors de leurs auditions. Le directeur de cabinet du président de la République, Patrick Strzoda, le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler et le général Lionel Lavergne sont soupçonnés d’« omissions », d’« incohérences » et de « contradictions » La France s’en contente et on tire le rideau sur des faits démontrés et graves pour la morale républicaine. Le « château » est un sanctuaire au sein quelque depuis des décennies tout ce qu’il s’y passe ne regarde pas forcément les élus(es) avides de transparence. Le pays fondateur des droits des citoyens à la vérité démocratique se retrouve dans une opacité méprisante !

Les regards se tournent alors vers les accusateurs du système américain avec des principes et des valeurs que nous raillons en permanence avec suffisance. N’empêche que le contrôle possible par les parlementaires des agissements de plus grandes détenteurs du pouvoir dans ce pays réputé bien plus dictatorial que le nôtre. Le témoignage direct, virulent, salvateur de l’avocat de l’agité du bocal vient apporter la preuve que nous sommes très loin d’avoir les mêmes garanties démocratiques dans notre France boursouflée de sa suffisance.

Imaginez ainsi un seul instant que l’un des plus proches collaborateurs du Président de la république en exercice soit auditionné par une commission parlementaire de cette assemblée malade de la boursouflure des partis majoritaires, vienne déclarer : « Je suis ici pour dire au peuple américain ce que je sais du président Trump »(…) « Je regrette le jour où j’ai dit oui à M. Trump (…) J’ai honte » d’avoir collaboré avec lui »(…)« [Donald Trump] est un raciste, un escroc, un tricheur ». Travailler pour Donald Trump, c’est être prêt à mentir « tous les jours » pour le protéger, a en effet déclaré l’ancien avocat personnel du président américain, dressant le portrait d’un « autocrate » en devenir selon lui. Vous pouvez déclarer ce que bon vous semble mais nous en sommes loin, très loin et nos leçons de morale sonnent bien creux.

Dans l’affaire d’État que constituent finalement les agissements du garde du corps présidentiel tous les protagonistes ont cherché à tricher, à planquer, à oublier et à finalement pratiquer l’ineffable jeu du « c’est pas moi c’est l’autre ! ». Joueur comme ses prédécesseurs au chat perché, le plus proche utilisateur dans le quotidien de Benalla échappe à toute mise en cause et ses collaborateurs se contente du mensonge par omission. L’audition de Cohen par la Chambre des Représentants à Washington constitue à cet égard une vraie leçons infligée à notre triste France actuelle ! Mickaël Cohen donne un leçon au monde entier : il a en effet détaillé les affaires privées du président américain et parlé de ses liens avec la Russie, qui auraient pu influencer l’élection du républicain en 2016. C’est le grand déballage et le serment prêté a une vraie valeur.

Chez nous tactiquement le Président du Sénat hésite à saisir la justice… alors que des preuves formelles existent sur l’attitude de hauts fonctionnaires commandés ou simplement incités par une autorité supérieure n’ayant toujours pas donner la moindre explications sur sa responsabilité directe ou indirecte dans ses affaires pour le moins « suspectes » ou sa non-responsabilité. Certain que l’on en cause dans le Grand Débat.

8 Réponses

  1. alain

    si déjà la loi était la même pour tous (égalité)
    ce Mr Benalla serait en prison depuis mai 2018!
    il y a donc beaucoup de choses de cachées
    c est simple comme une fable de Mr de La Fontaine

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  2. Philippe LABANSAT

    Où que l’on regarde dans le monde, un citoyen français ne peut que se sentir couvert de honte, quant il réalise qu’on se trimballe des institutions et des pratiques dignes du San Théodoros, du général Tapioca dans Tintin…

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  3. J.J.

    Plus je me plonge dans l’histoire, puis je me rends que plus ça change, « plus c’est toujours pareil. »

    C’est vrai que monsieur La Fontaine est toujours d’actualité.

    J’ai lu récemment un texte de Karl Marx de 1848, qui décrit la situation économique de l’époque. Il y dénonce l’enrichissement outrancier des actionnaires, qui établissent leurs sources de revenus éhontés, non sur le bénéfice produit par le travail, mais par la spéculation.
    Le sort de la main d’œuvre n’étant qu’une variable d’ajustement négligeable.

    9 ventôse 226

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    • Bernadette

      C’est logique puisque les moyens ce communication n’ont pas été approfondis. Le travailleur à du s’adapter à sa machine. Le travailleur est devenu une variable d’ajustement coincé entre la machine et sa force de produire.

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      • Bernadette

        @J.J.
        La communication étant la base du management exporté des USA.
        Il deviendrait logique de dissocier le coût du travail réel et le chiffre d’affaire réalisé.
        L’automatisation systémique détruit le travailleur et son cerveau et provoque des crises graves psychiatriques chez le travailleur.

  4. J.J.

    « des pratiques dignes du San Théodoros, du général Tapioca dans Tintin… »

    Oui, mais malgré tout, le personnage un peu ridicule et sa terrible mégère Peggy est assez sympa.

    « Une prise de position hypocrite, désastreuse pour la démocratie ».

    Voilà qui rappelle, à une époque où le concept de démocratie n’existait pas, (ou plus) , comment Louis XIV fit disparaître les documents, et usant de violence, les témoins, qui impliquaient madame de Montespan de Rochechouart de Mortemart, dans une lugubre et ténébreuse affaire.
    Le fait du prince.

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  5. faconjf

    Bonjour,
    « Nous sommes très attachés à la séparation stricte des pouvoirs dans notre pays … » un vrai sketch avec des gros morceaux d’humour dedans.
    La séparation des pouvoirs depuis la constitution de 1958 est une fable que l’on raconte aux enfants et à « nos chers con(s)citoyens ».
    Il faut noter tout d’abord que la Constitution française de 1958 ne parle pas, volontairement, de « pouvoir exécutif », « pouvoir législatif » ou de « pouvoir judiciaire », mais bien des pouvoirs du président de la République ou du Gouvernement (titres II et III), des pouvoirs du Parlement (titre IV) et de l’autorité judiciaire (titre VIII).

    L’exécutif dispose d’un pouvoir réglementaire autonome : dans un très large domaine, défini par l’article 34 de la constitution, les normes obligatoires de portée générale ne peuvent être édictées que par le parlement et portent le nom de lois. En dehors de ce domaine, le gouvernement, au terme de l’article 37 peut édicter lui-même par décret des normes ou règlements. Il peut aussi édicter des normes dans le domaine de la loi, alors nommées ordonnances, uniquement toutefois lorsque le parlement l’y a habilité. L’ordre du jour est fixé par l’exécutif et la conférence des présidents suivant l’article 48 de la constitution modifiée en 2009.
    En pratique, lorsque l’assemblée est majoritairement aux mains du parti présidentiel, les godillots députés appliquent l’ordre du jour dicté par le premier ministre. En outre le premier ministre élabore directement les projets de lois qu’il soumet à l’assemblée votés illico presto par les godillots.
    Donc pour résumer, il n’y a qu’en cas de cohabitation que la séparation des pouvoirs exécutif et législatifs est effective.
    Malheureusement, en aucun cas le pouvoir judiciaire n’est indépendant sous la Véme. Si l’on souhaitait vraiment séparer ce dernier il faudrait élire un Chancelier à la Justice avec un mandat irrévocable d’une durée différente des législatives et présidentielles et avec un budget indépendant.
    On peut toujours rêver 😉
    Salutations républicaines

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    • Bernadette

      Le rêve est le propre de chacun de nous. Il vaut mieux rêver que de faire des cauchemars.

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