Il avait bossé une grande partie de la nuit se contentant de moins de trois heures de sommeil à la résidence préfectorale. Le one man show présidentiel avait été soigneusement préparé jusqu’à une heure avancée de la nuit afin que la journée des adieux d’Alain Juppé se termine en apothéose. Les questions potentielles des Maires présents avaient été collectées auparavant de telle manière que les réponses soient travaillées en amont de la session girondine de dialogue avec les Maires. Il fallait aussi mettre des noms sur chaque fiche avec quelques éléments de référence sur les personnalités soigneusement disposées par le service communication de l’Élysée de telle manière que les repères soient aisément assimilables. Une seule chose a vite dégénéré : le tempérament girondin que veut que l’on ne sache pas respecter un temps de parole déterminé. Peu importe les dégâts causés pour la suite des interventions, il fallait absolument exister devant les caméras des « télés perroquets » qui diffusaient en direct et qui, pour le coup, ne pouvaient pas censurer les digressions.

Une succession d’interventions démontra que l’on pouvait hésiter sur qui était la « vedette » de la matinée. Ça rappelait la fameuse blague : «  comment il s’appelle le gars qui est à coté de « mon » maire ? En fait selon un calcul rapide 85 % des expressions concernèrent des problèmes locaux sans aucune portée ou ambition nationale… mais l’essentiel était vraiment de participer ! De vraies question sur quasiment toutes les politiques de l’Etat ont été posées : sécurité, éducation, mobilité, logement social,économie…avec des réponses souvent ponctuées d’un « on va voir » prudent ou d’un « vous verrez ça avec Monsieur le Préfet »…

Grâce à une question relative aux sanctions à mettre en œuvre face aux poussées de fièvre pas très jaune mais dévastatrice de groupuscule que plus de quatre mois plus tard les services de renseignements n’auraient pas identifiés. Une aubaine pour quelques chaînes de télévision qui buvaient du petit lait en commentant la réponse présidentielle. L’intérêt de cette interrogation en forme de réquisitoire d’un Procureur c’est qu’elle permettait une mise au point présidentielle ferme ressemblant à la main de fer dans un gant de velours.

Bien évidemment les autres réponses furent moins directes même si on doit reconnaître que le message général était on ne peut plus clair : rien ne changera véritablement dans les prochains mois sauf que le Grand débat aura permis de redorer un blason passablement terni par des dérapages antérieures incontrôlés. Lentement ces réunions deviennent ennuyeuses et il faudra vraiment que l’Élysée se renouvelle dans la dernière ligne droite pour sortir enfin des sentiers battus et rebattus des questions sur des préoccupations techniques d’élus(es) incomprises de la population. Les maires ont eu maintes opportunités d’entendre les mêmes arguments sur la suppression de la taxe d’habitation qu’il vaudrait mieux transformer en « exonération » de telle manière qu’elle ne s’efface pas du paysage fiscal local. Sur le glyphosate et les produits phytosanitaires dangereux le verdict est tombé : il faudra attendre !

En fait pour ce type de rencontre, il faut des questions structurées, argumentées et nécessitant des réponses précises quand souvent on a assisté à des « monologues » parfois un tantinet ésotériques. Inutile de préciser que tous les médias feront le miel des réponses… mais pas nécessairement des questions ou des préoccupation. A tel point que l’une des télés présentes a préféré suivre le futur ex-maire de Bordeaux jusqu’au Palais Rohan, abandonnant les participant(e)s aux caméras, micros et stylos des journalistes locaux. Oublié le Président… qui a filé vers l’aéroport après un hommage à celui qui n’avait que quelques minutes disponibles avant de quitter ses fonctions au Palais Rohan. On en est arrivé à ce que certains journalistes titrent sur le fait que l’occupant de l’Élysée serait uniquement venu pour valoriser la sortie du « meilleur d’entre eux ! ». A la place de bien des maires ayant exprimé des préoccupations concrètes je demanderai une copie des enregistrements de la matinée de telle manière qu’il n’y ait plus de mémoires qui flanchent.

Sincèrement la force de ce happening politique feutré et fleuri résida dans la capacité de la « vedette » a tenir la scène. Habile, doté d’une capacité à vite analyser et comprendre, possédant des éléments de langage désormais rodés, passant entre les gouttes de critiques de gens de bonne compagnie, le Président Directeur Général de la France a été vraiment à la hauteur des circonstances girondines. Il faut avouer que ce ne fut pas terriblement difficile. Il ne gardera pas un mauvais souvenir du jour où il était venu chercher pour la prochaine campagne électorale européenne le soutien et des provisions de paroles et en images d’Alain Juppé. Mission accomplie !

6 Réponses

  1. Bernadette

    Quel que soit le parti politique représenté, il est normal que l’ancien maire de Bordeaux soit remercie. C’est un visage bien connu. Personnellement femme de zone rurale je n’ai pas du tout apprécié cette grande grève de 1995 qui m’a beaucoup perturbée dans mes déplacements quotidiens pour aller à la ville. Puisque le Royaume de la vitesse est en marche, je dirai la même chose pour la LGV qui a détruit une partie des écosystèmes de la haute gironde.
    Bonne chance Monsieur Juppe et au plaisir de vous revoir à Bordeaux

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  2. j.J.

    Si j’ai bien compris, tout ce beau monde a été prié d’applaudir à ce déballage d’enfumage habituel.

    Combien de français n’ont pas encore compris que l’on se paye leur binette ?

    Ah que le mot de carabistouille lui va bien ! Il eût été dommage qu’il ne le dégainât pas.
    Quant aux désordres de la grève de 1995, il serait honnête de reconnaître qu’il est dû à l’obstination de papy Juppé, qui n’a pas voulu céder au justes et légitimes revendications. Le dialogue social ne s’instaure pas en disant non d’abord et en maintenant son refus.
    On retrouve là, la manœuvre malhonnête, consistant à toujours rendre responsable des désordres les mouvements de protestation à l’encontre de mesures agressives et frustrantes.
    11 ventôse 226

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    • Bernadette

      Oui je partage votre commentaire. Il faut d’abord négocier avant de partir en flèche dans la grève.
      Franchement je trouve que la grève à la Sncf à participer à tuer l’outil de travail que représentait cette société de transport. D’autre part le retrait de nombre de TER a supprimé ce droit au transport jugé important pour les jeunes, les travailleurs et bien d’autres personnes encore…..
      Non on ne fait pas grève spontanément pour marquer le coup.

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      • Bernadette

        Quant à l’intérêt général de la LGV, j’ignore si c’est le temps de transport 2h04 Bordeaux Paris ou tout autre chose. Dans ce cas les populations entre Paris et Bordeaux sont les grandes oubliés puisque certaines municipalités demandent l’arrêt de cette LGV.

  3. RENARD

    Si j’ai bien compris, puisque tu y assistais, il n’y avait pas que les Maires des Chefs lieux de canton? Heureusement, cela nous permet d’avoir le compte rendu de la réalité. Tu devrais en faire part au rédacteur du « Tire Bouchon » qui essaie de rabrouer Philippe PLISSON qui questionnait sur le choix des élus représentatifs du secteur rural, par un ‘il fallait cocher la case maire de chef lieu de canton pour être invité! » Sur le Nord Gironde, il faut croire que la Maire de SAINT ANDRE et sur l’Estuaire, le Maire BLAYE, ceux de COUTRAS et LA REOLE ont changé! Et je ne met pas en doute ces autres élus communaux des cantons correspondants, qui étaient présents!

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