J’ai toujours eu un doute sur les causes réelles des maladies dégénératives qui ont emporté dans des conditions éprouvantes mon père et mon oncle. Tous deux ont beaucoup souffert de leur invalidité et de leur déchéance physique les ayant conduits à une mort douloureuse. Mon père Eugène fut atteint d’une variante horrible de Parkinson diagnostiquée comme étant la paralysie supranucléaire progressive (PSP ou maladie de Steele-Richardson-Olszewski, du nom des médecins qui l’ont caractérisée en 1963). C’ est une maladie neurodégénérative due à la destruction progressive des neurones de différentes régions du cerveau. Ces lésions avaient progressivement causé une difficulté à effectuer des saccades oculaires verticales, caractéristique de la PSP, mais elles avaient affecté aussi progressivement l’équilibre, la vue, la marche, la déglutition, la parole et d’une manière plus générale, les mouvements. Il est quasiment mort entièrement paralysé, figé dans un immobilisme contraire à ce qui avait fait toute sa vie : l’action. Mon oncle Mario a connu une fin tout aussi tragique et tout aussi tragique.

Tous deux avaient durement travaillé la terre. Tous les deux avaient traité leurs vignes, leurs arbres fruitiers, leurs cultures diverses avec les premiers produits phytosanitaires avant de prendre conscience de leur dangerosité dès la fin des années 80 et de basculer dans le « bio » dont ils devinrent des farouches défenseurs. Était-il trop tard pour leur santé ? Je le pense vraiment. Bourreaux de travail et surtout confiants dans ce que le « progrès » leur apportait ils avaient utilisé durant des années les premiers désherbants dont on ne connaissait pas l’impact sur leur santé. Désormais on évalue, après des années de négation de l’évidence, leur terrible nocivité et leur responsabilité dans des situations individuelles mortelles ! Je n’en démordrai jamais : une grande part de leur calvaire a ses origines dans le traitement des centaines de pommiers pour mon oncle et l’utilisation massive, par mon père, de désherbants pour que Sadirac ait des rues, un cimetière et des trottoirs sans un brin d’herbe !

Il se trouve que des années après leur disparition des études impartiales et maintenant les juges reconnaissent un lien entre ces « poisons » autorisés et la maladie de Parkinson. Embauché pendant 37 ans dans une entreprise d’arboriculture, un retraité fortement touché par cette maladie vient de voir sa requête reconnue post-mortem. Depuis 2012, elle peut être certes être reconnue comme maladie professionnelle chez les agriculteurs en raison de leur exposition aux pesticides mais il faut une volonté farouche pour arriver à le prouver. La première demande de l’ouvrier agricole, avait été en effet refusée en 2017 car son certificat médical ne mentionnait pas de « troubles de la mémoire » (sic). Après un second refus en 2018 pour des questions de délai d’instruction (sic), la maladie de l’arboriculteur (décédé l’an dernier), a finalement été reconnue par la justice comme « maladie professionnelle », provoquée par les pesticides.

Son frère indique qu’il ne « manipulait pas lui-même les produits phytosanitaires, mais comme tous les employés à l’époque, il travaillait dans les rangs pendant et après les traitements ». Sa famille espère ainsi que cette décision permettra réellement de faire évoluer la législation sur les maladies professionnelles liées aux produits phytosanitaires. Les cancers se multiplient dans le milieu agricole ! La maladie de Parkinson progresse dans certains départements de manière significative mais… pour des raisons purement liées au monde du profit méprisant et avide, les politiques tergiversent, ferment les yeux ! Il ne faut pas s’en étonner quand on apprend que le principal parti « libéral » du Parlement européen se fait sponsorisé par les grands groupes les plus productifs en matière d’atteintes à l’environnement et à la santé.

Sur la seule année 2018, l’Alliance des libéraux et des démocrates pour l’Europe, parti politique européen, qui fédère, depuis 2004, des forces politiques centristes et libérales à travers l’Europe.   a reçu 122 000 euros de la part de huit multinationales et lobbys. Tous ont payé un droit d’entrée compris entre 7 000 et 18 000 € pour pouvoir intervenir lors du congrès annuel de ce parti en novembre 2018, ou lors de colloques. Des représentants de Bayer (1) ont par exemple eu le privilège de participer à un débat sur « l’avenir du commerce, des investissements et de l’innovation » avec une commissaire européenne, une ministre finlandaise et un député allemand. Bayer reconnais sans problème avoir soutenu ces congrès pour « faciliter un large débat sur divers sujets tels que l’innovation, l’agriculture ou le commerce », mais aussi « pour organiser des événements en marge des congrès et présenter la société » (2). Ma révolte est profonde, violente mais impuissante. Mon père et mon oncle… je ne peux m’empêcher de penser à vous deux !

  1. avec d’autres grandes marques. Rappelons que Bayer a racheté Monsanto
  2. le Monde 10 mars 2018