Il fallait un responsable. Il ne pouvait pas être politique puisqu’on le sait désormais, les femmes et les hommes qui exercent une responsabilité n’assume plus et se planquent derrière l’administration. En plus, quand celui qui est sous les feux de la critique tient un secteur important du pouvoir, il vaut mieux être prudent et appliquer l’inusable théorie du fusible. Elle a douvent été mise en œuvre car elle reflète la faiblesse des gens qui en décident, face à l’opinion, à cause de leurs échecs ou des ratés pouvant mettre en péril leur image. Pourtant après mai 68 où les émeutes avaient été autrement plus violentes, le général de Gaulle avait viré le 31 mai le Ministre de l’Intérieur un certain Christian Fouchet au nom prédestiné pour ce rôle, et maintenu dans ses fonctions Maurice Grimaud Préfet de police de Paris ! Un autre temps. Là on est dans le nouveau Monde où on doit sauver une soldat en péril et on inverse les responsabilités. Plus facile ! Plus inquiétant et surtout très proche du comportement qu’avait eu un certain Nicolas Sarkozy lorsque des manifestants s’étaient trop fait entendre ou quand le fonctionnaire n’avait pas accepté de fermer les yeux sur des difficultés d’assainissement de certains de ses copains. Là, il y aurait eu selon le Premier de ces Ministres qui se planquent derrière des décisions techniques qu’ils ont approuvées, des dysfonctionnements dans la chaîne de commandement ou une non-application d’une stratégie qui a déjà changé lors de toutes les manifestations. 

Comment imaginer que le seul fonctionnaire sanctionné ait eu en mains les clés de toutes les décisions samedi ? C’est simplement un aveu d’échec d’un « sinistre » de l’Intérieur trop sûr de lui et totalement éloigné de la réalité des situations auxquelles les policiers sont confrontés et manquant cruellement de renseignements fiables. Le chef du gouvernement a donc mis en cause, car ça l’arrange, « des consignes inappropriées » (données par qui ?) dans l’usage des lanceurs de balles de défense (LBD) lors de l’acte XVIII des gilets jaunes. Et il a décidé que les manifestations de gilets jaunes seront par ailleurs interdites place Pey-Berland à Bordeaux ou celle du Capitole à Toulouse et les Champs-Élysées saccagés si des « éléments ultras » sont présents (sic). Ce qui sous-entend que ce ne sera qu’au tout dernier moment que l’on décidera. Des décisions qui, bien entendu ne dépendaient pas jusque-là du pouvoir politique . « J’ai demandé à la Garde des Sceaux d’augmenter très nettement la contravention encourue en cas de participation à une manifestation interdite », a expliqué le chef du gouvernement. Le montant passerait à 135 euros au lieu de 38 actuellement ! C’est certain que les black blocs vont réfléchir face à cette sanction et qu’ils sont effrayés par une amende équivalente à celle que l’on acquitte pour certaines infractions routières. Du lourd!

L’occupant en sursis de Matignon a aussi annoncé l’utilisation de drones, de moyens vidéo alors que tout le monde sait fort bien que ces outils ont déjà été mis en œuvre à chaque manifestation. Le retour en force des LBD est annoncé et le nouveau Préfet de Police n’hésitera plus à les utiliser à plein régime. Peu importe les dégâts humains causés puisque l’essentiel sera d’éviter que les biens immobiliers soient touchés ! Ces choix, eux, sont assumés par avance… comme s’il suffisait d’uen demi-douzaine de mesures techniques pour résoudre le problème de fond de toutes les formes de violences.

En fait la réponse doit être certes matérielle aux spasmes dangereux engendrés par des rassemblements d’extrémistes venus d’on ne sait pas où et qui n’ont aucun lien avec la grande majorité des porteurs de la fièvre jaune auxquels on doit toujours une réponse politique. Elle viendra un jour peut-être… si elle est possible en raison du pourrissement, volontairement entretenu, d’une situation dont l’issue reste vraiment improbable. Il sera impossible de « virer » tous les fonctionnaires de terrain ou ayant une fibre républicaine quand les révoltes reprendront. Il y aura, c’est certain des samedis de calme apparent, afin d’effacer les images de la semaine dernière. Cette « paix » retrouvée sera portée au crédit des mesures annoncées et du « sinistre » de l’Intérieur, alors que ce ne sera que purement conjoncturel.

Les soubresauts sociaux actuels traduisent un mal profond qui ne se soignera pas en changeant le directeur de l’hôpital et ses gestionnaires. Ce mal est ancré au plus profond du corps social et les analyses corroborent un vrai danger latent d’éruptions dangereuses et contagieuses. Les mesures qui seront annoncées sur les retraites, celles qui se mijotent sur le système éducatif, sur le retour du conseiller territorial, sur la réforme fiscale dans un contexte de crise financière mondiale latente, le malaise des néo-ruraux et la surenchère des élections européennes ne laissent rien présager de bon. Si par un concours de circonstances début mai la jonction s’effectue entre les mécontentements ce ne sera pas le changement du Préfet de police qui modifiera la donne. Les CRS ou les gardes « immobiles » en protection devant l’Élysée ou l’Arc de Triomphe ont encore bien des heures supplémentaires en vue.

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