Il y a plus de quatre mois la France périphérique se paraît de jaune et partait à l’assaut des ronds-points desservant les grands centres commerciaux réputés attirer le client par les prix affichés à leur station service. Un épisode qui restera dans l’histoire sociale du pays. La courbe de l’évolution des prix des produits du pétrole depuis 1990, date du début de la commercialisation du sans-plomb, montre toujours une nette progression des prix à la pompe : ceux du gazole ont grimpé de près de 300 % et ceux de l’essence de 200 % sur près de 30 ans . Une hausse bien supérieure à l’inflation enregistrée par l’Insee sur la même période, qui est d’environ 40 %. Les prix à la pompe sont liés directement au cours du pétrole brut, mais aussi de l’évolution du dollar ainsi que de… la fiscalité, qui permet d’amortir les variations. Chez nous, il s’agit essentiellement de la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) et de la TVA qui est aussi appliquée sur la TICPE ! Depuis 1990, le montant de ces taxes a suivi une courbe ascendante pour tous les carburants : une hausse de 52 centimes pour le diesel, de 39 centimes pour le SP95 et de 41 centimes pour le SP98…. Or elles ne jouent pas un rôle décisif dans la hausse des prix pratiqués à la pompe qui pèsent plus lourd dans le budget des ménages qu’en 1990. Il faut admettre que les variations sont essentiellement dues aux cours du pétrole.

Depuis quelques semaines la hausse a repris mais personne ne réagit car elle ne peut plus être imputée justement aux taxes. Le cours du baril de pétrole Brent est revenu très près des 60 €. Cela représente pratiquement 13 € de plus par rapport au début de l’année 2019, soit +27%… Cette réalité pèse toujours plus sur le budget des ménages contraints par leur trajet domicile-travail d’utiliser leur véhicule. Les matières premières reprennent le chemin des sommets et les prix des carburants s’alignent depuis maintenant plus de dix semaines. La spécificité de ces derniers mois c’est que la progression n’est pas uniforme. C’est en effet le gazole qui s’envole ! Le litre a pris ainsi +8,7 centimes par rapport au niveau où il était le 1er janvier. Les diverses essences ont grimpé moins vite. Mais qui aurait dit en 1990 qu’il paierait un litre de sans plomb 90 à quasiment 10 francs (1,485 €) et le SP 98 à plus de 10 francs (1,543 €).

Le gazole est dans une croissance conjoncturelle habituelle puisqu’en hiver, vu la demande de fuel pour le chauffage, la demande est supérieure au reste de l’année dans notre pays. Aussi bizarre que ça puisse paraître cette courbe s’inverse dès l’arrivée des beaux jours et c’est au tour de l’essence de progresser en raison du fait que les Américains sortent leurs grosses cylindrées

Comment expliquer des évolutions aussi variables selon le type de carburant? Parce qu’en hiver le gazole augmente davantage en raison de la forte demande de fuel (c’est le même produit). Alors que le cours de l’essence, lui, rebondit au printemps, quand les Américains se remettent à rouler… c’est le principe de la demande qui génère le prix de l’offre. A ce phénomène s’ajoute le jeu des pays producteurs. L’ l’OPEP et ses alliés renforcent leurs efforts pour maintenir l’équilibre du marché mondial face au ralentissement de l’économie mondiale.

Les deux cours institutionnels ont augmenté d’environ 30% jusqu’à présent en 2019 grâce aux réductions de production agressives décidées par l’OPEP et d’autres grands alliés producteurs de pétrole comme la Russie. L’Arabie saoudite et la Russie ont toutes deux décidé de mettre en œuvre le respect de l’accord visant à réduire la production de pétrole de 1,2 million de barils par jour au cours du premier semestre de cette année. Derrière ces décisions se profilent une volonté des saoudiens de rééquilibrer leur budget en le faisant financer par les consommateurs occidentaux ou asiatiques. Ils souhaitent que le baril atteigne 80 dollars et il faut donc s’attendre à ce que les euros défilent lors du passage à la pompe. Comme la production est très perturbée au Vénézuela et que l’Iran est toujours en quarantaine économique il faut s’attendre à ce que la loi du marché soit faite par le duo Russie-Arabie saoudite.

Tout se complique avec une décision choc prise par la Norvège. Elle perturbe grandement le monde des énergies fossiles puisque le plus gros fonds souverain du monde, celui de la Norvège, va se désengager des compagnies pétrolières afin de réduire son exposition à cette source d’énergie. Or il pèse pèse plus de 1 000 milliards de dollars (891 milliards d’euros) en matière d’investissements ! Il faut donc s’attendre là encore à des mauvaises nouvelles pour la recherche et l’exploitation. En revanche le secteur de la distribution n’a rien à craindre : il sait que les passages à la pompe sont obligatoires et qu’il prélèvera son bénéfice malgré les attaques qui ont lieu sur les taxes !

4 Réponses

  1. puyo Martine

    Pauvres de nous ! produits pétroliers trop chers, électricité trop chère et trop rare si toutes les voitures l’utilisent. Que nous reste-t-il ? nos jambes, une carriole et un cheval ou un âne si on dispose d’un pré, la bicyclette si on n’a pas peur des autres véhicules. Évolution ? non régression. Transports en commun trop rares en milieu rural. La désertification des campagnes ne peut que s’accentuer.
    bonne journée à tous.

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    • Bernadette

      Bonsoir Martine,
      Lorsque les élus s’éveilleront, il y aura peut être des transports en commun en zone rurale. Ils hibernent comme les tortues. Il ne fait pas assez chaud.
      Bonne soirée

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  2. Pc

    Ce qui est amusant c’est que personne ne se plaint du prix exorbitant du Coca (90% de flotte) ou du Nutella (cochonnerie à base de résidu de chocolat et d’huile de palme qui empoisonne nos gamins) les 2 produits alimentaires (?) les plus inutiles et dangereux et les plus vendus (en tonnage) en France, ou du prix exorbitant des téléphones portables et des ordi qui ne coûtent rien à fabriquer et encore moins à faire venir de Chine ou de Corée etc..
    J’ai lu quelque part que, rapporté au salaire minimum, le carburant est moins cher qu’il y a 40 ans. Qu’en est-il?

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  3. Alain.E

    Je ne fais pas tout à fait les mêmes constatations , en effet , je vais souvent à la pompe et en use beaucoup du fait de la pratique assidue de la marche nordique .
    J’ai constaté que je pouvais parcourir un très grand nombre de kilomètres avant de repasser a la pompe , il est vrai qu’au bout de deux heures de ballade , il m’ arrive d’ avoir quelquefois , un petit coup de pompe .
    D’accord avec pc , tout est question de choix , je roule personnellement avec une petite voiture , pour ne point trop consommer , je ne mange pas de nutella et ne bois pas de coca .
    Vive la marche , vive le vélo , et la seul vrai richesse , c’ est celle de l’ esprit , et la aussi , il y a des inégalités .

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