Quand vous voulez vraiment faire avaler une décision impopulaire, la stratégie de « l’annonce leurre » destinée à focaliser l’attention de l’opinion dominante sur un sujet subalterne est particulièrement efficace. Dans un tel cas, provoquer la polémique devient essentiel car elle permet de détourner l’attention de l’essentiel. Dans un premier temps, la « fuite organisée » constitue un élément clé. Elle consiste à offrir une « intention » réputée secrète à un(e) ami(e) d’un grand quotidien ou d’une chaîne télé. Elle constitue un scoop qui pourra à tout moment être démenti mais qui permettra de tester très vite l’impact de la réforme proposée. Dans la société actuelle cette « confidence » sciemment divulguée constitue un véritable outil de communication. Chaque jour, grâce à l’usage du conditionnel, on lance des bouteilles médiatiques dans la mer des informations pour vérifier les réactions qu’elle suscite. Par exemple il faut annoncer les noms possibles d’un remaniement ministériel pour étudier les appréciations portées sur les entrants(tes) potentiels(les) ou exemple encore plus frappant expédier un recul de l’âge légal du départ en retraite…

Il est parfois nécessaire d’organiser une cacophonie circonstancielle dans les rangs du pouvoir. On envoie dans le rôle du méchant ou de la méchante sur les radios ou télés du matin, ministres, secrétaires d’État ou dirigeants(tes) politiques tour à tour mais en ordre dispersé dans les rôles de lanceurs(seuses) de sujets critiques pour élargir le spectre de la réaction. L’un(e) y va franco pour que l’ on mesure l’onde de choc en insistant un peu avec des « éléments de langage » soigneusement chosisis à tester. Agnés Buzyn a ainsi joué la provocation en se déclarant, « à titre personnel », favorable à un nouveau report de l’âge minimal de départ à la retraite – actuellement fixé à 62 ans pour 43 ans de cotisation – lors du Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro. Elle a immédiatement été rejointe par son collègue des Comptes publics Gérald Darmanin, qui a ajoutéque pour lui la réforme prévue par le gouvernement, visait à créer un « système universel de retraite » à points, permettant à « ceux qui le souhaitent de continuer à travailler après l’âge minimal, et être avantagés financièrement à le faire ». Pour justifier ses propos, la ministre s’était référée au grand débat non clos : « A partir du moment où les Français l’évoquent, c’est sur la table. A partir du moment où toutes les propositions qui sont amenées par le grand débat vont être étudiées, nous étudierons celle-là comme les autres ». Les réactions n’ont pas tardé : les syndicats, les partis d’opposition y sont allés très vite et fortement de leur indignation d’autant plus vive que les négociations sur ce sujet sont encore en cours. La confrontation dure depuis plusieurs jours : revue de presse, de télé, des réactions mesurées via des sondages express permettent de jauger la température du pays !

La seconde étape consiste à faire sortir les redresseurs(euses) de torts. « « Nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite » : telle était la promesse formulée par Emmanuel Macron dans son programme de campagne en 2017. Cette position sera vite présentée comme un acte héroïque du Président via le premier des sinistres et le Haut Commissaire en charge du dossier.  : « L’âge légal de départ à la retraite « reste fixé à 62 ans » dans le cadre du système « universel » voulu par Emmanuel Macron, a déclaré Jean-Paul Delevoye. Le maintien de cet âge légal à 62 ans a été « confirmé, tant part le Premier ministre que par la ministre de la Santé Agnès Buzyn »(1) et « le contrat que nous avons engagé avec les partenaires sociaux ne change pas d’un iota ». Dont acte mais une solution bidon a été trouvée : on garde 62 ans mais on éloigne la borne du départ pour payer la dépendance des retraité(e)s actuels(les) qui n’ont plus les moyens d’en assumer le coût ! Autre manière de tourner les pensées et les expressions vers un autre direction.

En effet pendant ce temps personne ne discute sur l’essentiel puisque l’âge peut être 45, 50, 55, 60, 65, 70, 75 ans sans que cette « borne » ait un intérêt quelconque. La seule vraie question c’est de connaître quel sera le nombre d’annuités nécessaires pour qu’un travailleur(euse) puisse espérer obtenir une retraite pleine calculée rappelons-le « sur la moyenne des salaires annuels des 25 meilleures années de carrière. Attention, ils ne sont pris en compte que jusqu’au plafond de la Sécurité sociale de l’année en question – par exemple, 39 228 euros pour 2017. Et ils sont revalorisés, pour compenser l’inflation ».

Pour le moment pour toucher une pension à taux plein, il faut avoir cotisé entre 161 à 172 trimestres selon son année de naissance et c’est ce dont il faut débattre. L’âge légal minimum de départ en retraite restara bien de 62 ans depuis 2010 mais comme pour toucher une retraite à taux plein, il faudra avoir cotisé un nombre de trimestres suffisants. Apartir de là l’âge n’a absolument aucun rôle. Si vous avez par exemple 120 trimestres à 62 ans il vous faudra travailler jusqu’à… 75 ans pour obtenir dans l’état actuel de la législation, votre pension à taux plein ! Et c’est là l’essentiel. La supercherie consiste à maintenir un âge possible et une durée de cotisations impossible à atteindre ce qui revient de fait à effectuer une baisse du niveau des pensions versées pour les générations futures !