Il est extrêmement difficile d’être optimiste quand on est en permanence sur le terrain au contact des réalités très diverses de cette période troublée. Au détour des multiples moments de partage avec des personnes de toutes opinions et de tous les milieux, l’inquiétude gagne du terrain. Dans les discussions transpirent en effet des remarques furtives, de prises de position péremptoires, des affirmations plus ou moins exactes qui entretiennent un climat totalement vicié. La société implose à tous les étages et jamais en cinquante ans de participation active à la vie publique je n’ai ressenti autant de haine latente entre les gens ordinaires, entre les responsables de tous niveaux, entre les organisations de tous ordres. Les affrontements, les violences se généralisent!

Personne n’échappe à la répulsion des autres : il est quasiment impossible de ne pas être l’ennemi de quelqu’un et de vivre sous la menace permanente de la pire des violences, celle qui détruit de l’intérieur. Bien évidemment les médias avides d’images focalisent sur les violences physiques et regorgent de faits réputés divers ne tournant qu’autour des atteintes à l’intégrité corporelle. Rares sont ceux qui évoquent les souffrances sociales puissantes s’insinuant et empoisonnant les esprits et déréglant la raison au point de la reléguer au rang des souvenirs du temps passé. Partout la société française se fissure, craque, s’enlise inexorablement dans les conflits petits et grands. Il n’y a plus de place pour les différences raisonnables mais un boulevard pour les divergences outrancières facilitées par un absence dramatique d’échanges et de partage.

De partout le système gavé de mépris à l’égard des autres, sources de « ses » propres échecs ou de ses manquements, se disloque. En un demi-siècle j’ai vu ainsi s’estomper inexorablement la loyauté, la fidélité, l’amitié, la fraternité et plus encore la solidarité. Toutes celles et tous ceux qui conservent ces repères sont considérés comme dépassés ou sans intérêt. Pas un jour sans que les trahisons, les abandons, les rivalités, les exclusions n’apparaissent dans les rapports sociaux. Ils ont indubitablement existé depuis le début de l’humanité mais je ne renoncerai jamais à tenter d’ atténuer par toutes les formes d’éducation en ma possession cette tendance sociale dévastatrice. Plus aucune tolérance. Plus d’acceptation des difficultés des autres. On frappe. On cogne. On arrête. On juge. On enferme. On isole. On devient un héros de la République avec comme surnom celui « d’ayatollah » . On affiche de grands sourires quand on a simplement réussi à faire semblant d’avoir endiguer des actes violents intolérables dont personne ne veut vraiment analyser les causes. Les condamnations systématiques, les propos triomphants, les monologues récurrents, les accusations partisanes, les prêts à porter idéologiques, les refus de répondre autrement que par la généralisation des anathèmes et des postures convenues avancent davantage chaque jour. Aucun doute à l’horizon !

Pourtant la désespérance existe. Elle fait pousser la violence. Le nier apparait à certians(nes) comme nécessaire pour protéger un pouvoir ignorant des réalités. L’admettre constituerait une faiblesse. Cette désespérance ne s’habille pas majoritairement en jaune. Elle se camoufle, se refuse à paraître, se réfugie dans un isolement cruel ou plus grave, elle fait honte à ceux qui la ressentent. Selon un sondage Ifop pour l’association Dons Solidaires, 3 millions de Français sont, faute de moyens, contraints de se priver des produits d’hygiène de base et 1,7 million de femmes sont par exemple sans protection hygiénique durant leurs règles. Comment ne pas se révolter quand au niveau actuel de la « mobilité sociale » d’une génération à l’autre, il faudrait en moyenne six générations aux enfants des 10% des Français les plus pauvres pour atteindre seulement le revenu moyen du pays. En Europe, seule l’Allemagne (à égalité) et la Hongrie (pour qui ce chiffre s’élève à 7 générations) sont si rigides dans le temps. A titre de comparaison, la même évolution ne prend que deux générations au Danemark, trois en Espagne, et quatre en Belgique. Un Français sur cinq ne mange pas normalement et beaucoup ne mangent pas suffisamment. Une étude démontre 8,9 millions d’entre nous vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire qu’ils touchent moins de 1 015 euros par mois. Elle montre également que 1% de nos concitoyens les plus riches gagnent sept fois plus que la moyenne! Les licenciements massifs se poursuivent au nom des considérations financières….

Personne ne parle pourtant de ces violences profondes, durables et l’indifférence collective estompe les traces de ces constats. Le désespoir provoque la jalousie, la défiance, la révolte, la haine ! Moins de vrai(e)s ami(e)s. Moins de « camarades ». Moins de militants(tes). Bientôt moins d’élus(es) de proximité. Beaucoup moins de personnes qui vont voter. A l’arrivée le précipice pour la démocratie!

5 Réponses

  1. Bernadette

    Bonjour,
    Quel triste billet.
    C’est toujours et dans tous les cas, la loi du plus fort. Et que le plus fort gagne. L’image que chacun et chacune de nous represente n’est pas celle que l’on porte dans notre subconscient. Courage !débarrassez vous de cette image de vous que vous portez en vous. Ouvrez vous vers les autres.

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  2. J.J.

    « Personne ne parle pourtant de ces violences profondes, durables et l’indifférence collective estompe les traces de ces constats. Le désespoir provoque la jalousie, la défiance, la révolte, la haine !  »

    On ne parle pas assez, en effet de cette violence feutrée (oxymore) qui s’exprime dans les bureaux des décideurs et des conseils d’administration, cette violence sourde qui détruit les emplois, et par la même la vie des travailleurs, cette violence que Jaurès décrit si bien dans un texte célèbre.http://www.jaures.eu/ressources/de_jaures/violence-patronale-violence-ouvriere-jaures-et-clemenceau-1906/

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  3. Alain. E

    Bien d’ accord avec vous , la violence est partout , et une grande majorité des gens est prête à péter un plomb à tout moment .
    Altercation en voiture, regard mal placé, cigarette refusé , tout est prétexte à agresser les gens .
    Harcèlement téléphonique pour vous arnaquer , visite permanente d’ une catégorie de personnes chez les personnes âgées , cambriolages , engueulades sur les blogs , problèmes d’ argent pour beaucoup , etc….
    L’ enfer c’ est les autres , alors ,cultivons notre jardin , notre cercle familiale et nos amis , rajoutons une dose d’ empathie ,un peu de dérision , d’ autodérision , acceptons de ne pas avoir toujours raisons , et on aura un peu avancé .
    Il faut vraiment être autiste pour ne pas vouloir réparer l’ ascenseur social , qui reste désespéramment bloqué sur les étages du bas pour beaucoup….
    Cordialement.

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  4. Bernadette

    Le titre de ce billet s’intitule « les violences sociales ».Qu’est ce que le social et qu’elle est sa définition ?. Pour moi le social n’existe pas.

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  5. puyo Martine

    Vous avez tout dit. je n’ajoute rien.
    quant au social : il est à revoir en profondeur.

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