Depuis quelques temps c’est le pays des donneurs de leçons au reste du monde qui en reçoit de la part des pays du reste du monde. La France connue, mais de moins en moins reconnue, comme la référence en matière des Droits de l’Homme prend en rafale, depuis quelques mois, des remarques acérées de la part de l’ONU sur son sujet de prédilection. Bien évidemment les autorités gouvernementales se parent dans leur dignité et récusent ces accusations jugées abusives et dénuées de tous fondements. C’est ainsi sur la planète : on dénonce avec ostentation la paille dans les yeux des autres mais on oublie la poutre dans les siens.

Début mars, après la commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, c’était au tour de la Haute-Commissaire aux droits de l’Homme de l’ONU, Michèle Bachelet ex-présidente du Chili d’interpeller la France sur « l’usage excessif de la force » lors des manifestations des gilets jaunes. Elle avait demandé, lors d’un discours prononcé devant le Conseil des droits de l’Homme à Genève, une « enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force » et que « le gouvernement (français) poursuive le dialogue ».

Pour Michèle Bachelet le mouvement des gilets jaunes manifeste contre « ce qu’ils considèrent comme (leur) exclusion des droits économiques et de (leur) participation aux affaires publiques ». Face à ce reproche de « l’usage excessif de la force », l’argument du débat national est la seule réponse qui ait été fournie par les autorités du pays de la citoyenneté. Inutile d’ajouter que la réponse n’a pas tardé après que le pays des Lumières ait été classé entre le Venezuela et Haïti pour ces manquements ! Ce fut néanmoins un véritable camouflet sur le plan international pouvant écorner singulièrement les déclarations diplomatiques empesées faites sur des événements similaires dans des contrées jugées anti-démocratiques.

Cette fois une autre flèche est décochée par la rapporteure spéciale de l’ONU sur le droit au logement. Elle dénonce sans concession la politique menée en France pour répondre à la question des sans-abri, ainsi qu’aux mauvaises conditions de logement. Il ne manquait plus que ça : l’une des plus plus puissante nation, membre du conseil permanent se fait épingler par la déléguée du conseil des droits de l’Homme qui a sillonnée le pays pour constater la manière dont notamment nous traitons les SDF !

Leilani Farha, a visité Calais, aux environs duquel sont installés des campements de migrants depuis plusieurs années, ainsi que Marseille, où l’effondrement d’immeubles a tué huit personnes fin 2018. « Quand des gens meurent, c’est là que nous nous inquiétons énormément et c’est ce qui s’est passé en France », a expliqué Leilani Farha. C’est assez bizarre puisque ces faits n’ont pas autant ému l’opinion publique française et le pouvoir en place. Pour elle la France a des textes exemplaires en matière de droit au logement mais une application totalement inefficace ! Toutes les personnes confrontées à la pénurie de solutions pour loger ou reloger des familles en difficulté savent bien que là où la loi prévoit six mois il arrive que des années soient nécessaires pour résoudre un problème pourtant parfaitement identifié.

La visiteuse se penche également sur juge la situation française en matière de sans-abri, alors que des associations évoquent plus de 500 décès dans la rue l’an dernier, et recommande la mise en place de solutions durables au-delà de l’hébergement d’urgence. Inutile de préciser qu’elle la juge « inacceptable »… mais elle admet que le sujet « préoccupe » le gouvernement qui recherche des pistes d’amélioration factuelle sans pour autant rechercher les causes sociales profondes de ces phénomènes. Encore un constat très néfaste pour une nation soucieuse de réprimander celles où l’on n’agit pas pour protéger le droit à la dignité pour les populations les plus faibles.

Il ne manquerait plus que l’ONU ou l’une de ses « filiales » vienne s’enquérir de l’application des droits de l’enfant dans notre République, en suivant par exemple des cohortes de Mineurs non accompagnés… ou en se penchant sur ces familles sans abri qui ne sont pas sur les « trottoirs de Manille » mais bel et bien sur ceux de nos villes. On peut leur conseiller pareillement de venir regarder de plus près les personnes âgées dépendantes sans revenu suffisant et les difficultés épouvantables qu’elles rencontrent pour dénicher une place dans un établissement adapté. Bien d’autres sujets reflètent l’état réel de la société française au sein de laquelle les inégalités se creusent et un œil extérieur le constaterait inexorablement. Mais au nom des principes inscrits sur la fameuse charte ayant inspiré le monde nous ne pourrions que nier tout rapport qui mettrait en doute la qualité de notre démocratie. D’ailleurs ce sont des sujets qui n’ont pas émergé du Grand débat et donc qui n’ont aucun intérêt !