Il y a un véritable problème lié aux élections de tous les niveaux en France. Je l’ai écrit à de nombreuses reprises sur Roue Libre et depuis longtemps : nous allons indirectement vers une crise démocratique liée à la faillite des partis politiques de tous ordres et au coût que représente une campagne électorale. L’échéance électorale européenne le démontre puisque il est certain que le nombre de listes annoncées dans les sondages ne correspondra pas à la réalité en raison des difficultés financières qui se profilent. En effet si les candidat(e)s sont nombreux il leur faut au minimum un budget potentiel de 1 million d’euros pour assurer le minimum d’une présentation dans l’opinion publique. Or peu de « structures » possèdent un tel potentiel financier. Les difficultés augmentent si dans les sondages, le niveau des intentions de vote est nettement en dessous de 3 % puisqu’il n’y a plus d’espoir d’être remboursés des dépenses engagées.

Il est aussi utile de préciser que si les frais de base (bulletins, profession de foi, affiche officielle) bénéficient d’une prise en charge forfaitaire, pour le reste il est indispensable d’ouvrir un compte de campagne et donc d’être capable de faire l’avance (affiches non officielles, tracts, réunions, déplacements, réceptions, meetings, distributions locales éventuelles, personnel…). Sauf à avoir une fortune personnelle ou d’être soutenu par un parti bénéficiant de la rente d’État calculée sur la base du nombre de suffrages obtenus lors des législatives ou des présidentielles ainsi que sur celle de son nombre de parlementaires, il est souvent nécessaire d’emprunter et donc de passer sous les fourches caudines des banques. Le constat est donc implacable : la démocratie est entre les mains, là comme ailleurs du système financier avec ses choix, ses ambiguïtés et surtout sa capacité à générer de véritables inégalités.

Victime d’une hémorragie de leur nombre de cotisants, les partis traditionnels (et absolument tous!) ne peuvent plus compter sur la solidarité des cotisants et donc sont exsangues financièrement. Le PCF, le PS, le RN et bien d’autres ont été contraints de de débarrasser de la propriété de leur siège social. Ils n’ont plus, dans la réalité, les moyens de soutenir des campagnes onéreuses. Et d’ailleurs c’est interdit sauf que souvent ils effectuaient des avances de trésorerie indispensables. Ainsi de petites listes se retrouvent dans l’impossibilité de se présenter. Beaucoup se posent par exemple discrètement une vraie question : Glucksman et Place publique avaient-ils les moyens financiers pour assumer leur participation aux Européennes ? Les banques leur auraient-elles avancé les fonds d’une campagne indépendante ? Le PS a encore les moyens de le faire grâce aux cotisations de son réseau d’élus locaux !

Benoît Hamon n’a pas fait affaire avec le Crédit coopératif, seule banque à bien vouloir prêter aux formations politiques. Des conditions draconiennes ont été mises et donc il n’y a plus de prêt possible ! Jean-Christophe Lagarde, le patron de l’UDI, a mis de côté suffisamment de dotations pour parer aux dépenses de la campagne. Mais il confie au « Monde » avoir dû renoncer à 1,5 million d’euros sur le budget faute de financements bancaires. Forts de bons sondages pour la liste emmenée par Yannick Jadot et d’une bonne santé financière, Europe Ecologie-Les Verts, demandait, pour sa part, un prêt couvrant 80 % du budget prévu (2,8 millions d’euros). La banque a accepté seulement d’avancer en trésorerie 1,25 million avec des clauses dangereuses : avoir une caution intégrale, avoir trois sondages de trois instituts différents plaçant les intentions de vote à plus de 7 % et démontrer qu’EELV a la même somme en caisse que celle empruntée ! Autant dire que le nœud coulant politique est bien ajusté !

Le NPA de Poutou et Besancenot, deux candidats aux présidentielles a renoncé. «Le coût de la seule impression des bulletins de vote et des professions de foi est en effet estimé à un million d’euros, une somme considérable pour le NPA, parti historique de l’extrême-gauche qui ne bénéficie d’aucun subside de l’État, crédité d’environ 1% d’intentions de vote dans les sondages. » Même si une banque avait accepté de lui prêter, peut-on imaginer voir le NPA aller souscrire chez elle? Dans un autre secteur politique Jean Lassalle se retire aussi du jeu. il a expliqué qu’il n’avait pas réussi à convaincre les banques de lui prêter de l’argent. « Elles m’ont expliqué que j’étais un candidat à risque, sur le plan du remboursement » il y en aura d’autres qui ne feront que des campagnes de témoignages sans même faire éditer des bulletins.

La France Insoumise a lancé un appel aux dons ou au prêt parmi ses sympathisants et se adhérents. « Être présent dans cette élection ça demande de l’argent, beaucoup d’argent » reconnaît Jean-Luc Melenchon. « Je vous appelle si vous en avez les moyens, à nous prêter de l’argent » explqiue-t-il en affirmant que son parti n’a pas « les prêts bancaires suffisants pour couvrir le coût total » de la campagne. Il a appelé ses soutiens qui en ont les moyens à prêter à partir de 400 euros sur finactions.fr. « Pas moins parce que sinon ça génère toutes sortes de frais qui finissent par coûter de l’argent et du temps de manière inutile. » . Jean-Luc Mélenchon assure que l’argent prêté sera remboursé « au maximum le 31 mars 2020 » sans intérêt. « C’est un prêt, pas un placement », insiste-t-il… Le Rassemblement National s’inscrit dans la même procédure salvatrice mais promet…5 % d’intérêt aux prêteurs qui bien entendu seront imputés aux comptes de campagne et donc remboursés dans la limite légale par l’Etat ! C’est certain que la démocratie progresse !

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