Je vais vous livrer un « secret » sur la durée des mandats électifs… qui permet vraiment de mesurer que c’est le moment de quitter la scène. En fait quand vous traversez le temps et que vous avez du mal à ne pas vouloir rappeler le chemin parcouru avant d’arriver à l’instant partagé c’est que vous êtes devenu trop vieux. Si vous ressentez en vous une envie furieuse de rappeler qu’avant ce dont on vante les mérites il y a eu bien des déboires, bien eds efforts, bien du travail effectué par d’autres c’est que le moment est venu d’entrer dans les archives . C’est particulièrement sensible quand on se trouve, à observer une inauguration, moment privilégié pour prendre du recul et se rendre compte de la perception que doivent avoir les autres des élu(e)s !

Le temps moyen de réalisation d’un équipement, d’une structure devenant de plus en plus long celui qui assiste au coupage du ruban n’imagine pas un seul instant combien d’efforts a nécessité ce qu’on lui présente comme de génération spontanée. C’est peut-être dans ce rapport au temps de l’action que se situe la principale difficulté de tous les pouvoirs actuels ! La citoyenne, les citoyen(ne)s sont impatients et veulent tout et tout de suite. Le temps n’a plus de prix. On l’ignore et on le méprise surtout s’il est passé ! C’est probablement ce qui a conduit le président de la République à promettre une reconstruction de Notre-Dame en 5 ans alors que tous les gens sincères et capables d’évaluer le chantier disent que ce serait un exploit ! C’est le reflet de ce monde contradictoire où on ne veut plus donner du temps au temps selon la formule mitterrandienne. On en oublie même de plus en plus celui est derrière soit pour s’approprier la réusite (rarement l’échec) du présent !

Je vais prendre un exemple ordinaire, vécu récemment celui le la pose de la première pierre d’un commerce à vocations multiples dans le charmant village de Lignan de Bordeaux. Un moment heureux partagé par de nombreux(euses) élu(e)s locaux, communautaires, départementaux, régionaux, nationaux qui me permet de revenir sur près de quarante ans de débats, de crises, de menaces, de contestations, d’hésitations, de réussites et de partages toatlement occultés §

Oubliée cette longue période où il a fallu débroussailler, semer, innover, prendre des risques afin qu’un jour une réalisation de qualité puisse se poser délicatement avec le soutien de tous au bord de ce qui vue une voie ferrée ayant failli devenir une voie de tram-train dans l’indifférence de ceux qui la réclament aujourd’hui et qui a finalement été reconvertie in-extrémis en piste cyclable…passée du statut d’espace de loisir pour cycliste en outil de développement économique via le tourisme à vélo. Un long cheminement cachée sous la poussière du temps.

Oubliée la vive bagarre contre la SNCF qui avait fermé la ligne au trafic de marchandises exclusif en 1978 à la suite de la cessation d’activités prononcée de l’usine de ciment d’Espiet et le licenciement de ses ouvriers. Vendue à la découpe cette ligne SNCF qui avait drainé l’Entre-Deux mers durant soixante-dix ans (1), magnifique ouvrage illustrant le talent des constructeurs du XIX° siècle était condamnée comme l’avait été antérieuremnt celui reliant Sauveterre de Guyenne à Eymet. Fatalité ? Pour beaucoup oui !

Oubliée la création du comité de liaison et d’information de la voie ferrée Boredaux-Espiet regroupant des dizaines d’élu(e)s locaux(cales) et de citoyen(ne)s qui eux voulaient promouvoir un transport collectif ferroviaire en site propre (un train-tram) et qui ont présenté toutes les études de faisabilité ou d’impact à la communauté urbaine de Bordeaux et à la région Aquitaine. Normal que ce ne soit dans aucun souvenir car tous ces efforts avaient été réduits à néant par la lubie chabanesque bordelaise d’alors (2) qui se nommait « métro » et quand la seule évocation du mot mot « tram » faisait cabrer et hurler les décideurs d’alors !

Oubliée cette volonté farouche d’une poignée de militants de l’impossible ne se sachant pas écolos, afin de préserver en espace public ce qui devait être concédé par morceaux aux riverains souhaitant leur tranquillité et qui les a conduit à enlever les panneaux de mise en vente en toute illégalité durant des mois !

Oubliée la création d’un syndicat intercommunal (3) pour fédérer les communes riveraines autour d’un projet qui avait alors séduit Philippe Madrelle et Guy Trupin au Conseil général d’alors. Cette solidarité qui a conduit le Départemlent à avoir le courage de proposer à la SNCF, non seulement le rachat de l’emprise mais de toutes les gares (c’est le seul cas en Gironde) car les élu(e)s s’étaient engagés ! Partout, tout le temps, des élu(e)s locaux motivés, presque tous solidaires, presque tous novateurs, soucieux de l’avenir mais dont le rôle s’ets totalement estompé.

Oubliée la longue lutte technique pour faire classer ce qui n’était au début qu’une route départementale (piste cyclable Lapébie) au rang de véloroutes voies vertes puis les réunions pour que les itinéraires européens soient créés et balisés sur l’axe Bordeaux-Agde!

Oublié le travail de coordination pour un vrai programme collectif d’aménagement des gares rachetées au département par les communes et les intercommunalités pour des projets d’intérêt collectif, les refus de l’Etat de rembourser la TVA sur les travaux en raison de la nature des cessions (bail emphytéotique) et les difficultés énormes d’acceptabilité par des habitants ne se souciant que de leur cadre de vie personnel.

Oubliées les initiatives novatrices conduites alors par les élu(e)s locaux sur Citon Cénac (gîte d’étape collectif), Lignan (pôle « commercial de de services), Sadirac (maison du patrimoine naturel), Créon (Point relais vélo), Espiet (restaurant et animations culturelles) et le développement économique et promotionnel qui a accompagné ces créations. la Sauve arrive. Latresne a choisi une autre direction…

Oubliée la réunion où les chasseurs étaient venus séquestre le 6 juin 1985 dans la salle du conseil municipal de Créon les promoteurs d’une piste cyclable au nom de la préservation de leurs territoires de chasse promettant de ne pas différencier uns anglier d’un cycliste.Oubliée ces décennies passées à résister aux pétitions, aux déclarations publiques défavorables, au mépris des grandes collectivités ou de l’Etat pour avancer sans trahir ses convictions, ses espoirs, ses engagements.

Et pourtant faute de rappeler l’Histoire réelle on donne ce sentiment pernicieux que tout n’est que gestion spontanée, que tout est réussite immédiate, que tout naît sans efforts. Il aura fallu 40 ans avant que la première pierre de ce multiple rural soit possible… Quatre décennies pour une première pierre et beaucoup de réussite car jamais elle n’aurait dû exister ! Alors pour Notre-Dame…

La cathédrale de Paris n’es en effet que le fruit de siècles et de siècles de vicissitudes ou de réussites, d’espoirs et de réalisations, de démolitions et de transformations, de mutations et de réactions, de travail concret et de contestations idéologiques, d’abandons et de résurrection, de polémiques et de soutiens mais c’est ainsi pour toutes les actions même les plus modestes, même les plus proches.  » Donner du temps au temps » selon la formule mitterrandienne n’a plus de sens puisque on ne donne plus aucune valeur aux fabricants du temps passé ! N’empêche que ce mépris nous conduira à notre perte !

(1) lire l’excellent ouvrage de Patrice Durbain aux édition du CLEM

(2) Seuls les oposants à chaban soutenaient le tram. Me Boissièras était le pourfendeur du tram !

(3) le Syndicat intercommunal pour le Tourisme en Entre Deux Mers bordelais (SITEMB)

4 Réponses

  1. Batistin

    Le temps de faire un petit bateau d’écorce, un après-midi de vacances, qui s’enfuira au fil de l’eau, n’est pas le même que celui nécessaire au téléchargement d’une vidéo montrant ledit bateau.
    Le plaisir non plus n’est pas le même !
    Un ami à moi, ancien tailleur de pierre, à la retraite, voyant des jeunes gens assis au bord d’une rivière, et ne faisant rien d’autre que de « surfer » sur leurs téléphones, a eu une idée à retenir :
    « Nous devrions inventer un téléphone portable équipé, comme un couteau suisse, d’un canif. Peut-être ainsi les gosses referaient de petits bateaux.. !
    Et retrouveraient le plaisir du temps qui passe, au lieu de l’ennui des heures creuses… »

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    • J.J.

      Bonjour Baptistin. vous voilà revenu ! Je constatais il y a quelques choses que nous n’avions pas de vos nouvelles depuis longtemps.

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  2. Jouvet Fabienne

    J’aime le temps qui passe, mon seul soucis c’est qu’il passe vite, et de plus en plus vite. Tu es celui grâce à qui bien des choses se sont faites, parfois il a fallu du temps, par fois pas….juste un courrier arrivant à la bonne place, à la bonne personne, pour éviter qu’une vie déraille…
    J’ai si tant et tellement de colère à voir que s’effondre des choses pour lequel il a fallu tant se battre…. services publiques, droits de l’homme, protection de la personne vulnérable…. la santé, la retraite basées sur la SOLIDARITÉ …. qui deviennent des sources de profit, qui se doivent d’être rentables….. oui, tellement de colère…mais aussi une détermination qui me porte…. mais …. une peur…que se ne soit pas assez.

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  3. J.J.

    Bonjour Baptistin. vous voilà revenu ! Je constatais il y a quelques choses que nous n’avions pas de vos nouvelles depuis longtemps.

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