Pourra-t-on vraiment un jour gommer les dégâts effectués par Trump sur les équilibres fragiles d’une planète déjà à l’agonie ou au moins relevant des soins intensifs ? Il faut déjà se préoccuper de l’état dans lequel il laissera certes son pays mais aussi tous les autres, touchés par des décisions ne relevant plus de la politique mais de la stratégie personnelle. Obsédé par sa réélection qui ne paraît pas improbable compte-tenu du niveau culturel et de la puissance du système médiatique l’occupant de la Maison Blanche est prêt à sacrifier des pans entiers de l’humanité au profit de son électorat et de ses soutiens. Face à des partenaires affaiblis il bénéficie de nouveaux soutiens depuis que la montée des nationalismes, l’avènement de dictatures « démocratiques », la poussée partout de l’irrationalité religieuse conduisant aux pires excès se répandent comme des taches d’huile de par le monde. Il ne rencontre plus de résistance et celle qui reste n’étant pas très crédible Trump n’hésite plus à détruire ce qui a parfois été le fruit de compromis extrêmement difficile à obtenir.

Même minimisée pour ne pas affoler un système financier planétaire extrêmement fragile, la crise couve et il y a de fortes probabilités qu’elle dépasse tout ce que l’on a connu antérieurement. Les signaux d’alerte se multiplient et ils sont masqués par des emplâtres qui ne suffiront bientôt plus pour dissimuler des fractures croissantes. Mais le guignol platiné n’en a cure. Il les accentue. Comme certaines nations sont totalement tributaires des ressources procurées par la vente des énergies fossiles et que d’autres sont mises en difficulté par la nécessité qui leur est faite d’en acheter, l’affolé du bocal s’amuse à ouvrir et à fermer les robinets. En décidant de ne pas renouveler brutalement les exemptions qui ont permis à huit pays et pas n’importe lesquels de continuer à importer du brut iranien il se lance dans un bras de fer dont l’issue pourrait être dévastatrice.

Depuis qu’il avait dénoncé l’accord sur le nucléaire qui était un édifice fragile Trump avait accepté de modérer les inévitables conséquences de son embargo sur la vente de la production iranienne en accordant des dérogations d’achat pour six mois à la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, la Turquie, la Grèce, l’Italie, le Japon et Taiwan, très gros consommateurs. Illico le fameux « Brent » grimpait à près de 75 dollars pour se stabiliser à plus de 73 ce qui évidemment aura des conséquences favorables pour les pays du Golfe mis à mal par les prix antérieurs et pour les États-Unis ayant des coûts de production de plus en plus élevés. Parallèlement le charbon deviendra rentable et donc les fans de Trump qui se soucient fort peu des conséquences de l’utilisation ce combustible sur le climat seront confortés.

Les baisses de production décidées par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires, dont la Russie, avaient eu pour conséquence une augmentation des cours de 40% depuis décembre 2018 ce qui fait que, par exemple en France le prix à la pompe actuel est supérieur à celui qu’il était fin novembre. S’il s’avérait que les sanctions promises par Trump aux six énormes acheteurs asiatiques se révèlent efficaces ce serait un terrible coup porté à la sacro-sainte croissance qui ne se porte vraiment pas bien. Immédiatement des bonnes volontés ont surgi. L’Irak s’est porté volontaire pour dégager 250 000 barils supplémentaires par jour au prix fort ! L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis se sont aussi proposés pour compenser la diminution des exportations iraniennes. Le malheur des uns…

La Grèce « convalescente » et l’Italie bien « malade » auront bien du mal à digérer cette décision  d’autant qu’il n’y a pas grand chose à espérer de la Libye en pleine guerre tribale (un hasard?), du Nigéria (mal en point!) ou du Venezuela (au plus mal!). Ce ne sera pas mieux pour la Chine et l’Inde. Le premier est enlisé dans de complexes négociations commerciales avec l’administration Trump, et le second est tout de même le troisième importateur mondial de pétrole avec 10 % en provenance d’Iran. La Turquie dont l’économie s’effondre n’apprécie pas cette menace américaine et fera tout pour poursuivre son rapprochement de Moscou avec les conséquences que cette nouvelle amitié peut avoir dans les conflits en cours au Moyen-Orient. Il est certain que le joli mois de mai risque bien d’être bien plus agité qu’on le pense. Même en France

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