Le suicide, sujet éminemment douloureux, est revenu de manière très critiquable dans l’actualité sociale… Bien évidemment comme le veut désormais le système médiatique la focale a été mise sur une partie polémique d’un problème qui, le reste du temps, est totalement écarté car peu accepté par une opinion publique déjà stressée. Il faut pourtant savoir que La France présente un taux de suicide parmi les plus élevés des pays européens, derrière les pays de l’Est, la Finlande et la Belgique puisque selon l’Observatoire National du Suicide 2018, « près de 10 000 personnes mettent fin à leurs jours chaque année et 80 000 tentatives sont dénombrées ». Cette situation devrait générer la mise en œuvre d’une véritable opération d’intérêt national quand on sait que le nombre des morts sur les routes a été de 3259 sur la même année !

Le nombre des suicides est nettement plus élevé chez les hommes que chez les femmes (respectivement 6 661 et 2 224), de même que le taux de décès standardisé par âge (respectivement 23,1 et 6,8 décès pour 100 000 habitants, soit un taux trois fois supérieur chez les hommes). Le taux de décès par suicide augmente fortement avec l’âge, surtout chez les hommes cependant en 2014, il s’élevait à 7,5 décès pour 100 000 hommes âgés de 15 à 24 ans. Cette part du suicide dans la mortalité générale est nettement plus élevée chez les jeunes des deux sexes que chez les personnes âgées puisque entre 15 et 24 ans, le suicide représente 16,2 % du total des décès, soit la deuxième cause de mortalité après les accidents de la circulation; à partir de 75 ans, le fait de se donner volontairement la mort ne représente que moins de 1 % du total des décès !

Dans le débat actuel autour de comportements condamnables s’ils sont avérés, ce taux de mortalité chez les moins de 25 ans constitue vraiment le sujet dont notre société devrait se préoccuper de manière générale comme elle devrait aussi évoquer la détresse qui frappe les… agriculteurs parmi lesquels on constate un mort tous les deux jours en France selon la Mutualité Sociale Agricole. Il s’agit incontestablement de la catégorie socio-professionnelle la plus touchée par le suicide selon les données par catégorie socio-professionnelles depuis 1968. Depuis cette date, on constate que les agriculteurs sont au sommet de la pyramide si on effectue un comparatif avec les cadres, les artisans, les ouvriers, les employés et les professions intermédiaires.

Peu connu ce fléau social dans un milieu très secret et surtout mal protégé a débuté avec des difficultés économiques (crise du lait au début du XXI° siècle). Une étude de santé France portant en grande partie sur la période concernée démontre que la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants comparée à celle des hommes du même âge dans la population française montre un excès de suicides de 20 % en 2010 , particulièrement marqué dans les classes d’âge de 45 à 54 ans et dans le secteur d’élevage bovins-lait. La surmortalité observée alors fait suite à deux années où l’on a également observé un excès de mortalité par suicide chez les agriculteurs exploitants. Le secteur de l’élevage bovin semble particulièrement touché par le suicide… le surendettement, l’isolement, l’angoisse de l’avenir ont pesé lourdement dans ces actes désespérés.

Il y a eu aussi la vague dramatique chez France Télécom qui n’est guère évoquée par les temps qui courent. Pourtant elle a concerné au total, 35 salariés de l’entreprise qui se sont donné la mort sur les deux seules années 2008 et 2009. Après des mois et des mois d’enquête suite aux plaintes déposées par les familles ou les syndicats, le procès des anciens dirigeants de France Télécom, débutera le lundi 6 mai prochain au tribunal correctionnel de Paris. On aura donc une mise en cause du management dans cette vague de morts dont les causes ont été reconnues par l’instruction comme une conséquence du harcèlement pour 19 d’entre eux !

Tout suicide est un drame avec ses raisons bien spécifiques que l’on ne découvre qu’en étudiant soigneusement la vie des personnes. Ayant été en 20 ans de mandat de maire confronté à une douzaine de ces moments terribles de vies brisées, je suis certain que mieux que de se poser la question des causes « externes » il est indispensable de conserver une certaine retenue sur les racines individuelles profondes du mal dans laquelle il y a parfois des responsabilités collectives. Dans un rapport de l’observatoire national du suicide il est opportunément noté : « Les membres de l’Observatoire considèrent ainsi que la plupart des personnes qui attentent à leur vie le font non parce que la vie en général ne leur semble pas valoir la peine d’être vécue, mais parce qu’ils ne trouvent pas d’autre issue dans leur vie en particulier. Le suicide constitue un choix par défaut, lorsque les autres moyens de soulager la souffrance semblent inaccessibles (…) ». L’exploitation actuelle des suicides parmi les forces de l’ordre, rassemblées dans n’importe quel sens dans des statistiques brandies comme des arguments, devient pour moi odieuse et surtout humainement insupportable !

Une réponse

  1. J.J.

    Je vais me faire traiter ce cynique, mais tant pis j’ai l’habitude.
    Les suicides dans le monde agricole arrangent bien les fossoyeurs de l’agriculture « traditionnelle », qui , comme tout financier qui se respecte, ne sont pas étouffés par le sens moral.
    Quand la mode vient aux fermes aux « mille vaches », aux élevages de porc surdimensionnés, et autres monstruosités, ça fait de la concurrence éliminée à bon compte.
    Quand il n’y aura plus de « petits paysans », la production industrielle (ce n’est plus de l’agriculture) aura de beaux jours devant elle, et des bénéfices en proportion.
    On n’a pas fini de nous faire « manger de la merde » comme disait le regretté Jean Pierre Coffe.

    Nos médias, fidèles à leur objectivité proverbiale, ont cependant, sous le poids de l’actualité, pardonnons leur, omis de nous signaler ceci :
    Que ferait-on, ou éviterait-on de faire, pour disqualifier l’adversaire ?

    https://www.acrimed.org/Ne-vous-suicidez-pas-Rejoignez-nous-le-slogan

    Les policiers se retrouvent eux mêmes victimes, par assimilation, de la surdité consubstantielle, et des excès d’autoritarisme, d’un gouvernement soit disant démocratique, mais qui n’a rien a envier à certains régimes qualifiés parfois un peu hâtivement de totalitaires.

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