Discours prononcé à Mauriac le 1° mai 2019 lors du rassemblement mémoire contre la montée du fascisme

       Il y a maintenant trois ans nous avions souhaité avec Martine Faure, chaque premier mai, date symbolique, rassembler les élu(e)s et les citoyennes ou citoyens progressistes et démocrates devant ce monument de Mauriac. Nous voulions symboliquement, dans ce lieu modeste mais plus vrai que bien d’autres réputés plus prestigieux, loin du tumulte des célébrations médiatiques, loin des polémiques, dans l’un des vallons de notre Entre-Deux-Mers, témoigner chaque année, avec vous toutes et vous tous, solidaires et sincères, de notre attachement à la mémoire de celles et de ceux, nombreux sur ce territoire, qui ont payé de leur vie le déchaînement inhumain d’une idéologie redevenue banale mais pourtant menaçante.

       Chères et chers amis, il y a trois ans, à quelques jours de l’élection présidentielle, nous qui étions là, avions encore l’espoir que les tenants de l’exclusion, du nationalisme, de l’exacerbation des haines ou des différences raciales ne seraient pas en mesure de mener la lutte contre le représentant de l’ultra-libéralisme autoritaire. Et pourtant, nonobstant les leçons de l’histoire, plus de 7, 6 millions de voix se sont portées dès le premier tour sur celle qui en obtiendra finalement plus de 10, 6 millions exprimées au second tour !

            Cette année, afin qu’aucune interprétation ne puisse être faite autour de ce rendez-vous symbolique, il est placé sous l’égide de « Gironde citoyenne », association pluraliste que j’ai créée en 2008 pour favoriser le rassemblement, l’unité dans l’action des forces de progrès et républicaines. Je l’ai relancée il y a quelques temps devant le vide sidéral généré par la parcellisation du camp des porteurs et porteurs des idéaux essentiels hérités du Conseil National de la Résistance.

       Il est en effet indispensable de vraiment débattre, de vite construire, de toujours proposer et de ne pas renoncer à rassembler. Je suis très attaché à cette action et je la poursuivrais tant que mon corps, mon cœur et mon esprit me le permettront avec ou sans mandat électif !

      Permettez-moi de vous conter une aventure personnelle qui explique que jusqu’à la fin de ma vie je ne renoncerai pas au combat contre la peste.Un jour je suis allé revoir, après des décennies d’absence, mon instituteur de l’école publique de Sadirac. Il était en phase terminale d’un impitoyable cancer. Il était épuisé, agonisant même mais il s’était levé pour que je le vois digne et droit. Il a fait éloigner tout le monde et m’a donné dans un dernier souffle un exemplaire du « Monde diplomatique » daté de mai 2002 et il m’a fait promettre de toujours lutter contre ce qu’Ignacio Ramonet dans son édito, dénonçait comme la peste.

       « A la faveur de ce nouvel obscurantisme et sur un tel terreau social-fait de peurs, de désarroi et de ressentiments- réapparaissent les vieux magiciens. Ceux qui, à base d’arguments démagogiques, autoritaires et racistes, prétendent revenir au monde d’antan (travail, famille, patrie) rejettent sur l’étranger, le Maghrébin, ou le Juif la cause de tous les désordres, de tous les maux, de toutes les insécurités. » écrivait notamment l’éditorialiste déjà inquiet il y a 17 ans ! J’ai lu en silence devant mon maître les yeux mi-clos qui m’a murmuré !

« Tu me promets de tout faire pour que ça n’arrive pas ! 

       –Oui Monsieur ! » Il pleurait ! Moi-aussi !

       On s’est séparé et j’ai toujours le journal. Il est décédé 48 heures plus tard après cette ultime rencontre qu’il attendait sans que je le sache depuis des années !

       Je ne veux donc chaque 1° mai de revivre ce dernier rendez-vous qu’avec celui à qui je dois tant ! Il est là à mes côtés. Merci par votre présence de m’aider à remplir une petite parcelle de cette mission ! J’espère que nous saurons à travers la reconquête de la citoyenneté répondre aux déviances croissantes de la démocratie et lutter contre le pire des fléaux : l’indifférence collective, l’abandon des valeurs en politique.

      Ce bref moment vous appartient ! Cette modeste cérémonie n’a d’autres prétention que de nous conduire à à préférer ce qui doit nous unir plutôt que ce qui souvent nous sépare. Ce temps consacré à la mémoire collective doit consolider notre farouche volonté d’unité, de solidarité, de fraternité que seule la base citoyenne pourra imposer à des partis davantage préoccupés par leurs finances que par l’efficacité de leur action

       Devant ce monument solitaire dans notre ruralité tellement oubliée où sont inscrits dans la pierre derrière moi les noms de victimes de « la barbarie allemande et de ses complices de Vichy » nous nous devons de faire vivre l’esprit de la résistance, pas celui ostentatoire destiné à se donner bonne conscience, mais celui qui doit animer les femmes et les hommes qui rejettent toutes les atteintes aux libertés, à l’égalité, à la fraternité, à la laïcité et à la solidarité !

       Rien ne nous a permet en ce moment d’espérer voir démenti le principe attribué à Brecht voulant que « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ». Jamais au contraire le danger n’a été aussi prégnant et présent ! La bête immonde qui a volé les vies de ces femmes et ces hommes dont on vous a rappelé les souffrances inhumaines a déjà ressurgi dans ce monde, sous des aspects plus ou moins difformes, issus de nombreux ventres réputés populaires. Elle rôde à nos portes ! Elle s’étend comme une tâche d’huile plus ou moins brune sur l’Europe et même au-delà… créant lors de son extension une pollution mortelle des consciences, un effacement des valeurs essentielles pour le vivre ensemble, une edstruction des vertus de la démocratie représentative.

       Mes chères et chers amis, depuis notre rassemblement de l’an passé, les inégalités se sont creusées, l’insécurité sociale devient grandissante, le racisme s’insinue dans toute la société, les contestations multiformes ont émergé, la pauvreté progresse, la répression s’installe… Or nous savons qu’elles constituent les composantes du « terreau » sur lequel a toujours poussé et grandi le chiendent du fascisme ou du populisme malsain !

Nous ne sommes plus du tout à l’époque des pousses encore arrêtables mais nous devons arracher une par une les idées que d’autres font semblant de ne pas voir, admettent pour ne pas avoir de problème, refusent de considérer comme une menace !

       On ne combat pas les extrémismes par l’ultra-libéralisme !

        On ne combat pas l’obscurantisme en détruisant l’école !

       On ne combat pas l’exclusion en rejetant la misère à la mer !

       On ne combat pas la barbarie en vendant des armes létales aux dictatures !

       On ne combat pas l’injustice par la répression aveugle !

       On ne combat pas l’indifférence par la propagande baptisée communication !

       On ne combat jamais pour la démocratie en étranglant le pouvoir local !

       Restons donc solidaires sur l’essentiel !

Restons motivés pour convaincre ! Restons présents pour ne pas laisser le vide devant les autres ! Restons de celles et ceux qui préfèrent la dignité humaine au profit, la paix à la guerre, la tolérance à l’anathème religieux !

       Chères et chers amis, bientôt nous vous inviterons à constituer un nouveau mouvement départemental réunissant celles et ceux qui ont à cœur d’être dignes de ces héros malgré eux torturés, blessés, tués pour avoir refusé d’abdiquer face à la négation de l’homme par l’Homme au sens générique de ce mot.

       Dans l’article de mai 2002, après la terrible désillusion des présidentielles dans ce texte qui guide mes pas Ramonet écrivait (c’était je le rappelle il y a 17 ans) :  « Si surmonté le moment de frayeur, les mêmes partis de toujours, poursuivaient leur politique libérale de privatisation, de démantèlement des services publics, de création de fonds de pension, d’acceptation des licenciements de convenance boursière, bref, s’ils continuaient de heurter de front les aspirations à une société plus juste, plus fraternelle et plus solidaire, rien ne dit que le néo-fascisme allié à ses collaborateurs de toujours ne parviendra pas à l’emporter la prochaine fois… » C’était il y a dix-sept ans !

Aujourd’hui en ce premier mai où les rues ne résonnent plus de mots d’ordre solidaires ou unitaires nous allons nous donner la main, si vous le voulez bien dans le silence en mémoire de ceux qui ont été les innocentes victimes des valeurs dangereuses désormais « masquées » de l’extrême-droite rejointe par la droite extrême !

       N’oubliez jamais ce constat d’Albert Camus :« Le fascisme, c’est le mépris. Inversement, toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme. »

 Soyons modestement des Girondines et des Girondins citoyens pourvus d’une mémoire et d’une volonté de pas renoncer à être dignes de ceux qui depuis plus d’un siècle ont donné leur vie pour que vive la République. 

       Encore merci de nous avoir fait confiance !

       Merci de ne pas nous avoir oubliés et ne pas les avoir oubliés, tous ces morts du 1° mai ou d’autres jours pour que notre triptyque républicain ait un sens !  Encore merci à vous toutes et tous d’être venus à Mauriac ! Rien ne serait pire que le renoncement et l’indifférence !

2 Réponses

  1. MOUNIC

    Luttons toujours pour la Liberté
    Je me souviens j’étais en 1941 42 43 AVEC MON AMI LE CAPITAINE Jean Renaud Dandicolle dans les maquis du Calvados, surpris par une patrouille boche, quatre de nos camarades furent fusillés Franc Sanson, Pierre Gemin, Serge Duhourquet Jean Renaud Dandicole

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  2. J.J.

    Les inconscients, pour ménager ou faire fructifier leur unique préoccupation, que constitue leur »benasse », au détriment des citoyens travailleurs, ou de ceux qui seraient heureux de travailler, agitent toujours le chiffon rouge du fascisme pour effrayer le foules.
    Ils ne font que banaliser le danger, comme le Martin de l’histoire, qui criait « au loup ».

    Voila le résultat, ils sont en train d’ouvrir un boulevard au populisme et autres nostalgiques des maréchal nous voila.

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