Il est vraiment impossible de nier que la biodiversité sur la planète et notamment en France s’effondre chaque jour un peu plus. Il suffit par exemple de revenir sur un parcours de son enfance, quand le bonheur était dans les prés, les sous-bois, les mares et les ruisseaux et de chercher à retrouver ce que l’on y observait sur la faune et sur la flore pour constater la différence. La simplification et la désertification s’accélèrent dangereusement et sautent aux yeux si l’on a su conserver ses souvenirs. Il est vrai que seul(e)s les adultes ayant eu la chance de connaître d’une nature diversifiée et prolifique peuvent constater que le vide menace. En discutant avec mon petit-fils le constat est frappant. Il en a conscience quand on lui demande s’il a connu ou rencontré un certain nombre d’animaux.

Il est vraiment ébahi quand ont lui conte qu’à l’école en secouant les tilleuls de la cour de récréation les premiers arrivés récupéraient des hannetons stockés dans une boîte d’allumettes pour des élevages éphémères. On savait d’où ils venaient car en cultivant le jardin le père ou le grand-père pestait contre les grosses larves blanches qui dégustaient les racines des plants de salade. Quid des lucanes, des cétoines, des capricornes, des coccinelles, des bousiers, des dizaines de coléoptères, les courtilières qui étaient souvent apportés à l’école pour être identifiés et parfois même installés dans une collection soigneusement entretenue.

Un chardonneret ? Un pinson ? Bientôt une hirondelle (en face de chez moi les deux seuls nids sont déserts cette année) ou un martinet ? Les mésanges ? Les rouges-gorges ? Les passereaux ? Tous ou presque ont disparu du quotidien des enfants d’aujourd’hui et comme rien n’est fait pour les sensibiliser à leur présence ils seront totalement oubliés dans une génération supplémentaire comme les salamandres, les lézards verts, les grenouilles, les crapauds, les écrevisses, les gardons, les libellules, les nèpes ou les dytiques. Tous étaient observés ou étudiés de telle manière que l’on comprenne les spécificités de leur mode de vie et que l’on puisse mesurer leur importance dans les équilibres naturels. Je sais c’est dépassé de parler ed sciences naturelles ! Dans le fond maintenant les jeunes défendent les baleines à bosse qu’ils n’ont jamais vues mais ignorent totalement et durablement les animaux qui faisaient les joies ou les soucis de notre quotidien tout aussi menacés.

Le constat serait encore plus dur sur les plantes dans une société obsédée par la destruction des herbes folles et l’artificialisation des sols. Quel enfant saura ce que la récolte des pissenlits veut dire ? Quel adulte osera aller ramasser des baraganes dans des rangs de vignes ? La cueillette des jonquilles dans les sous-bois ou celle des jacinthes sauvages ne sont plus d’actualité. Les mûres ou les nèfles peuvent finir paisiblement leur croissance puisque le nombre des personnes en connaissant les vertus s’amenuise chaque jour davantage. Qui distingue vraiment un hêtre d’un charme, un chêne vert d’un olivier ? L’herbier scolaire est tellement loin des préoccupations actuelles des classes qu’il n’y a aucun espoir de protéger les atouts botaniques d’un milieu de proximité. Le round-up a été à cet égard un vrai simplificateur de la diversité florale de proximité évitant de se prendre la tête sur l’utilité des plantes !

Cette méconnaissance grandissante de la nature la plus proche du lieu de vie renforce la facilité avec laquelle celles et ceux qui la détruisent peuvent agir. Hier soir au cours de l’émission Quotidien Michel Onfray a parfaitement décrit en quoi « l’absence croissante de culture » (plus que d’instruction) était en grande partie responsable de « ce déclin des consciences individuelles ». Peut-on vraiment en vouloir à une personne d’ignorer les conséquences de son acte répréhensible à l’égard du milieu naturel quand jamais on ne lui a appris à le comprendre, à l’aimer, à le protéger ? Or c’est le cas! Doit-on condamner celui qui traite son vignoble pour en améliorer la productivité quand il ignore les bienfaits des engrais verts ou des désherbants végétaux toujours non agréés (pour certains d’entre eux) en France ? Que faire pour redonner leur place à ces milliers d’espèces animales ou végétales en voie d’extinction par indifférence des populations avides d’espaces artificialisés réputés « propres »?

Je n’ai rien loin s’en faut contre la mobilisation des jeunes pour le climat mais au-delà des mots, des slogans, des propos empruntés aux adultes savent-ils que la défense de la biodiversité débute par la découverte de sa richesse et de son intérêt au quotidien puisque aucune espèce ne contribue pas à l’équilibre général. La pédagogie Freinet (oui je sais je suis obsédé) prônait de former les enfants à leur milieu proche dans lequel on pouvait trouver les centres d’intérêt susceptibles de favoriser une acquisition forte de savoirs. Pour pouvoir me revendiquer de ces techniques aux vacances scolaires 1970 et 1971 j’ai dû effectuer deux stages pratiques d’étude du milieu (Vic-Fezensac-32- et Pamproux-79) et d’ailleurs à l’école normale il fallait (à mon époque de vieux con) constituer un herbier et déposer une monographie en dernière année pour valider la formation professionnelle… Je raconte ça mais ça ne passionne personne ! Plus que jamais pourtant le retour au local et à la proximité s’impose !