Ce sont les oubliés du système social, celles et ceux dont l’on ne parle pas puisque malheureusement pour eux ils coûtent directement à la société et donc sont considérés comme des fardeaux alors que ne sont que des victimes. Les enfants relèvant de l’aide sociale déployée par les conseils départementaux cumulent parfois tous les handicaps. Placés auprès du département par la justice ou relevant obligatoirement de la mise à l’abri et de la protection contre les dangers que comporte une société de toutes les exploitations, ils ont toujours préoccupé la puissance publique. Il fut une époque où on les appelait les enfants de la DDAS (Direction départementale des affaires sociales dépendant de l’État) et souvent ils étaient confiés à une « gardienne » comme l’on disait alors. Comme dans bien des secteurs les lois de décentralisation ont permis de « dégager » ces prises en charge vers une collectivité territoriale avec des moyens financiers non évolutifs alors que les mesures de placement ont considérablement augmenté depuis 1983. L’ASE est ainsi devenue un service du Département, placé sous l’autorité du président dont la mission essentielle est de venir en aide aux enfants et à leur famille par des actions de prévention individuelle ou collective, de protection et de lutte contre la maltraitance.

Il faut bien admettre que dans un contexte réputé beaucoup plus positif qu’il ne l’était dans la seconde moitié du XX° siècle les phénomènes de mise en danger de l’intégrité morale et physique des gosses ne cessent de se développer. Les signalements sont plus nombreux et malgré toutes les mesures éducatives le « retrait » du milieu familial devient un recours inévitable (alcool, drogue, déviances sexuelles, pauvreté culturelle et matérielle, comportements psychiatriques de enfants eux-mêmes). Plus de 4 600 enfants sont ainsi en Gironde placés au sein des diverses structures de l’ASE. Bien évidemment l’opinion dominante ferme les yeux sur ce qui représente un véritable révélateur de la crise socio-éducative actuelle et se focalise sur les « dangers » que représentent les mineurs non accompagnés.

Ainsi lorsqu’un mineur ne peut être maintenu dans sa famille, l’aide sociale à l’enfance est chargée de répondre à l’ensemble de ses besoins. Il est alors accueilli soit dans une famille d’accueil agréée soit dans un établissement d’enfants à caractère social. Pour faire face à ces missions, ce service départemental est doté de personnel administratif, de travailleurs sociaux, des éducateurs(trices) spécialisé(e)s, des puéricultrices et des psychologues. Depuis quelques années, le phénomène migratoire a accentué la difficulté d’accueil. Il s’agit désormais de répondre en urgence à des besoins croissants (crédits, locaux, personnels, structures fiables d’accueil…) avec une volonté d’efficience des moyens déployés. Inévitablement les réponses ne sont pas toujours idéales ou parfaitement en adéquation avec l’idéal de ce qui devrait être apporté à ces enfants ou adolescent(e)s forcément très touchés par une destruction familiale rarement sans conséquences douloureuses. L’ASE est devenue une véritable cause nationale puisque la « justice » tourne à plein régime et prend chaque jour ou presque des mesures que la département est dans l’obligation morale, matérielle et financière de mettre en œuvre. L’État décide (et nul ne saurait lui en tenir rigueur) mais c’est à la collectivité territoriale d’exécuter.

Dans un pays réputé républicain comme le nôtre il est alarmant pour ne pas écrire scandaleux de constater qu’un adulte sans-abri sur quatre (26%) nés en France, est un ancien enfant passé par les services de l’Aide sociale à l’enfance, soit plus de 10.000 personnes, selon le dernier rapport annuel de la fondation Abbé Pierre, publié en février. Rejetés ou oubliés par leurs familles ces naufragés de la vie submergés par des difficultés psychiques fortes se retrouvent dans bien d’autres départements qu’en Gironde, à leur majorité, livrés à aux-mêmes. L’urgence absolue devrait être de mise et d’ailleurs le gouvernement a décidé de légiférer  en parlant de « gâchis humain, social et économique ». En effet la répartition des rôles fait que les départements ne doivent obligatoirement intervenir sur les mineurs ce qui donne lieu à des véritables drames sociaux.

Etaient concernés par l’ASE en France environ 341.000 mineurs en 2017* en Métropole dont plus de la moitié sont placés en institution ou dans des familles d’accueil. Et un tiers seulement des jeunes sortant de l’ASE – environ 20.900 personnes – se sont vus proposer un “contrat jeune majeur” comme en Gironde mais il s’agit d’une acte politique strictement volontariste. Ailleurs ce n’est pas proposé et on les abandonne à leur triste sort quelle que soit leur situation. D’autres n’offrent un accompagnement que pour six mois ou prolongent au contraire la prise en charge jusqu’à 25 ans. Le gouvernement veut une mesure plus conforme à « l’égalité » inscrite dans les principes républicains en instaurant le principe de “contrats d’accès à l’autonomie”, accessibles à ces jeunes “s’ils en font la demande” et sous condition : le néo-majeur devra avoir été pris en charge par les services de l’ASE “pendant au moins 18 mois cumulés dans les 24 mois précédant l’atteinte de (sa) majorité” ce qui risque d’éliminer d’une manière non-avouée d’élimer les mineurs non accompagnés étrangers !

On doit aussi souligner que comme le veut un principe désormais bien établi les crédits ouverts ne suffiront absolument pas à couvrir une telle décision avec en plus les conséquences du fameux pacte financier qui limite la hausse des dépenses départementales à 1,2 % ou 1,35 % et qui pénalise les collectivités qui font de la solidarité humaine le fil conducteur de leurs actions. Comprenne qui voudra…

  • On doit dépasser les 350 000 en 2019

4 Réponses

  1. j.J.

    Au cours de ma carrière, j’ai eu à m’occuper souvent de ces « enfants de la DDAS », à une époque il y avait même un centre d’hébergement de la Préfecture de la Seine qui a été « liquidé ». Il n’y a donc plus d’enfants à mettre à l’abri dans le « département de la Seine » ?
    Dans un de mes derniers postes, j’ai travaillé dans un établissement réservé à ce que l’on nommait pudiquement « cas sociaux », enfants en familles d’accueil (souvent exemplaires, c’est une chance pour ceux qui y atterrissent) ou placés provisoirement en foyer.
    Une expérience dont on ne sort pas indemne.

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  2. Tournié Brigitte

    Bonjour, depuis 18 ans déjà que je m’applique à accueillir ces adolescents écorchés, cassés, parfois résilients, nous avons de plus en plus de mal (mon mari et moi) à pallier à la difficulté du métier, qui s’accroit d’années en années. Cette difficulté est liée au fait que ces enfants accueillis ont effectivement de plus en plus de carences tant sur le plan psychologique que sur le plan intellectuel, des blessures affectives et bien d’autres troubles du comportement font qu’ils ont besoin de suivi psychiatrique beaucoup plus qu’auparavant … Nous ne sommes pas formés pour cela, nous sommes juste là pour tirer la sonnette d’alarme sur des observations, lors des Commissions Techniques Enfances, en gironde, nos écrits depuis quelques mois sont pris en comptes et heureusement !
    Il est seulement à déplorer que le nombre de famille d’accueil va en décroissant, alors que le nombre d’enfants à placer va en augmentant !! Pourtant notre statut à bien évolué depuis 2001… le seul bémol, le trie drastique dans les postulants et les postulantes, le manque d’information sur le métier, le manque d’accompagnement … bref, le métier n’a plus la côte !!!!…. Que faire ? je ne suis pas compétente dans la réponse… mais le résultat est dramatique pour notre société !

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    • J.J.

      Encore un truc qui « fout le camp » et qui ne remplit plus sa mission faute de moyens !
      Quel dommage. J’ai connu des familles d’accueil qui furent de véritables chances pour les enfants.
      Je me souviens d’un de ces « pères adoptifs » qui me disait en parlant de ses « pensionnaires » :
      – Ma femme a eu un enfant, moi, j’en ai eu douze.

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