L’exercice de la démocratie serait-il totalement factice et surtout décalé de toute réalité sociale ? On peut au minimum commencer à le croire avec la comédie qui se déroule sur la scène médiatique officielle lors d’une campagne électorale aussi dérisoire dans son contenu, que celle des élections européennes. Rien, absolument rien, n’est épargné aux citoyen(ne)s engagés pour réduire l’enjeu de ce scrutin à un affrontement simpliste entre le « bien et le mal », « le blanc et le brun », la « sérénité et le danger »… en oubliant vraiment l’objet même du vote. Personne ne revient sur la terrible blessure démocratique que fut le « vol » du résultat du référendum consacré au traité constitutionnel européen vieux de 14 ans presque jour pour jour. C’est l’oubli et l’ignorance qui facilitent le scénario actuel puisque même ceux qui avaient combattu pour une autre Europe que celle de la « concurrence libre et non faussée » facilitatrice de la supériorité du profit sur l’humain, ont abdiqué face aux nécessités électoralistes. Le détournement de la volonté populaire au profit des tenants de la domination ultra-libérale a constitué la pire offense faite à la République. Et là on recommence ! Et là on va faire le maximum pour masquer derrière un refus absolu d’aborder les problèmes essentiels les véritables enjeux sociétaux.

D’abord, la mascarade de 34 listes dont une officialise l’entrée du communautarisme, d’autres ont des relents purement « alimentaires », d’autres sont tournées vers la promotion individuelle et quelques-unes dénotent une vocation semi-sectaire, affaiblit singulièrement la valeur intrinsèque de cette élection. Ensuite, le seul fait de « répartir » des temps de paroles sur les antennes de radio, de télévision publiques et en les surveillant quantitativement de manière totalement absurde dans les autres supports d’information, donne à la campagne un formatage mathématique à ce qui devrait surtout relever du débat d’idées et de valeurs. Ainsi la durée et l’ordre de passage des spots diffusés sur l’audiovisuel public, dont le calcul découle d’un mélange des critères d’équité et de représentativité, a été arrêté par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) selon un algorithme abscons.

Deux types de spots seront donc diffusés : des petits formats (autour de 1 minute 30), principalement après les journaux télévisés et dans la soirée, et d’autres de 3 minutes environ, plutôt dans la matinée et l’après-midi. Les temps de parole accordés vont de… 55 minutes 53 secondes pour la liste LREM/MoDem, 48’11 pour celle du RN, 38’20 pour LR, 19’43 pour la liste PS/PP/ND, 18’37 pour LFI, 14’14 pour EELV, à une durée minimale de 3’33 pour une vingtaine de listes restantes, dont deux liées au mouvement des « gilets jaunes ». Ils ont été fixés en fonction notamment des performances des formations aux dernières européennes et aux élections plus récentes, des indications des sondages (sic) et de la contribution des candidats à l’animation du débat électoral (re-sic). Je résume : le résultat du futur scrutin doit être le reflet des précédents ne portant nullement sur le sujet du 26 mai et aussi officialiser la valeur de « sondages » publiés pour favoriser les positions dominantes de ceux qui les ont souvent financés directement ou indirectement. Circulez c’est réglé : les deux premiers doivent le rester !

Les heures médiatiques en direct antérieures accordées au « grand débat » sont passées par perte et profit. Les passages dans des réunions de café-théâtre de celui qui, de par sa fonction, incarne toutes les sensibilités de la France sont ignorés. Comme les constats sur les manquements éventuels aux équilibres savamment calculés pour les « spots » et non appliqués sur les nombreux autres supports audiovisuels ne seront étudiés et publiés qu’à posteriori tout devient factice et sans intérêt. La classification des listes dans une compétition à deux niveaux est d’ailleurs déjà une marque de ce mépris qui s’installe pour les véritables confrontations de projets et de valeurs. Le fossé se creuse au sein du pays entre celles et ceux qui orientent à leur guise les sons et les images et les défenseurs d’une démocratie libre, égalitaire et le plus souvent possible fraternelle.

Le « duel » souhaité, organisé et promu entre le pouvoir en place et un parti de plus en plus discret sur ses véritables orientations qui ressurgiront le moment venu, reflète le mal profond d’une République réduite aux encans. C’est une nouvelle étape de destruction de la citoyenneté. La lutte pour la restaurer deviendra encore plus essentielle avant le véritable moment de vérité que seront les élections municipales gestionnaires de la cellule démocratique de base. La déception, la contestation, la manipulation et plus encore l’indifférence n’ont pas fini de ruiner les vertus de la démocratie représentative. Le 27 mai au matin elle sera en lambeaux mais dans le fond n’est-ce-pas ce que souhaitent celles et ceux qui n’iront pas voter !

3 Réponses

  1. LAVIGNE Maria

    Ecoeurée, comme beaucoup, je me forcerai pour aller voter le 26 mai. La démocratie nous a été confisquée par une oligarchie d’incapables qui n’a qu’un seul but, garder le pouvoir

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  2. J.J.

    Ce qui me frappe le plus sur cette photo, c’est la proportion écrasante de femmes, et la remarquable application du principe de parité pour cette consultation…

    A noter également la satisfaction béate, l’auto admiration affichées par certain candidat à l’ego surdimensionné, à paraître dans cet aréopage. La jouissance ressentie se lit sur son visage.
    Il est vrai que c’est peut être la seule occasion qu’il nous sera donnée d’admirer sa trombine.
    Quant à la plupart des autres, on remarque leurs louables efforts pour cacher leur joie.

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  3. PC

    C’est vrai que la plupart on des têtes de premier de la classe ou de ravi de la crèche

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