Durant des décennies les garçons désobéissants ou peu appliqués sur les bancs des écoles étaient menacés de se voir envoyés dans une maison de correction où on devait leur apprendre à mieux se comporter. De tous temps et à toutes les époques la punition infligé à l’auteur(e) de faits contraires à la loi se traduisait en durée d’enfermement. On y avait ajouté le travail forcé durant des siècles. La société se protège avec une peine retirant le coupable de la sphère publique avec l’espoir que la sanction l’amendera définitivement. La tendance actuelle est même de se plaindre de l’aménité coupable des tribunaux qui n’envoient pas sassez de délinquants derrière les barreaux.

Dans cette veine le gouvernement a redéfini l’échelle des peines, en proscrivant l’emprisonnement pour les très courtes peines, mais en garantissant l’application des condamnations d’emprisonnement de plus d’un an. Ces nouvelles dispositions seront applicables en mars 2020…. et en attendant le nombre de détenus dans les prisons françaises a atteint un nouveau record en mars, avec 71.828 personnes incarcérées à la fin du mois, selon les statistiques mensuelles de l’administration pénitentiaire.

La France ne possédant normalement que 61.010 places opérationnelles, on arrive à une densité carcérale de 117,7%, il existe des établissements dans lesquels le taux d’occupation est supérieur ou égal à 200% dans sept établissements pénitentiaires et dépasse les 150% dans 44 (sur 188 au total). Il s’agit du plus élevé du nombre de détenus dans l’histoire de notre pays. Bien que l’opinion dominante soit sans cesse en train de réclamer davantage de sévérité il faut admettre que les conditions des détentions deviennent préoccupantes puisque l’on compte, selon les statistiques, 1636 matelas déposés au sol. Un autre véritable problème réside dans le fait que près d’un tiers des « incarcérés » appartiennent à la catégorie des gens en attente de jugement. La répartition des emprisonnés est bizarrement peu conforme aux croyances populaires. On compte en effet un peu moins de 4 % de femmes et seulement 1 % de mineurs.

Avant la mise en œuvre des mesures de la nouvelle loi dans un an il faut ajouter aux 71 828 détenu(e)s les 12.059 condamnés qui font l’objet d’un placement sous surveillance électronique ou d’un placement à l’extérieur solution qui paraît trop légère à la population. On a bien vu la polémique qui a agité certains milieux lorsque un certain a bénéficié d’une mesure de ce type. En fait il n’y a plus d’appréciation réelle de l’intérêt réel du passage en prison pour certain(e)s fautif(tive)s. Le niveau de récidive ne cesse en effet d’augmenter. Ainsi le constat est implacable : 80 % des détenus français quittent la prison sans même que leur pièce d’identité n’ait été renouvelée ou qu’une procédure pour l’accès aux droits sociaux n’ait été lancée. Or, sans suivi, 63 % des sortants de détention y retournent chez nous dans les cinq ans ! Avec un taux de récidive global à 59 %, en hausse de sept points depuis la fin des années 90, la France est loin de ses voisins nordiques : 20 % environ pour la Finlande et la Norvège, qui ont préféré la réhabilitation à la prison.Nous n’avons jamais été prêts pour un tel choix et une telle politique pénale. Et dans le climat présent l’inflexion n’est pas pour demain. Nombreux sont ceux qui souhaitent davantage de répréssion.

L’expérience démontre que par exemple les travaux d’intérêt général (TIG) constitue une opportunité de réparation pour un certain nombre d’incivilité ou de fautes très efficace si elle est bien encadrée et suivie. Bien entendu ce n’est pas forcément efficace dans tous les cas mais quand le boulot demandé est en lien avec la faute commise il a une valeur particulière. Par exemple lorsqu’à Créon il était demandé aux jeunes ayant un TIG de nettoyer chaque matin les déchets laissés sur l’espace public par leurs copains (bouteilles, emballages, papiers gras…) ou de réparer les dégâts commis il y avait un vrai effet dissuasif plus ou moins durable mais pourtant acceptable. Certes la vision de l’opinion dominante n’est pas forcément la même !

En effet une enquête publiée par la Fondation Jean-Jaurès il y a un an, dévoile une réalité alarmante : les pourcentages, entre l’année 2000 et l’année 2018, concernant le sentiment négatif à l’égard des prisons, n’a cessé de croître. Dans le domaine du « jugement sur le traitement des prisonniers en France », les réponses positives à la question « est-ce que les personnes détenues sont elles trop bien traitées ? » s’élèvent à …18 % en 2000 et 50 % en 2018. Et quand on évoque la « fonction principale de la prison » : si, en 2000, 72 % des personnes interrogées estimaient qu’elle devait être la « préparation à la réinsertion dans la société », en 2018 elles ne sont plus que 45 % à le penser ; tandis que le taux par rapport à la mission de « priver les personnes détenues de liberté » passe de 21 % en 2000 à 49 % en 2018 ! c’est pas demain que les statistiques sur leur occupation baisseront…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.