Encore une fois il est bien difficile pour le commun des lecteurs de distinguer ce qui dans la vie politique, dépend davantage de la communication que de l’information. En effet la frontière entre les deux est de plus en plus ténue pour ne pas dire inexistante puisque la plupart du temps l’émetteur d’une information la calibre et la formate avec l’intention avérée de voir diffuser leur propre message. C’est ainsi que les journalistes n’ont guère le choix : soit accepter par facilité ce principe soit se trouver privés de l’impact d’une source souvent importante. Les moyens financiers de la presse écrite sont actuellement tellement en baisse que l’enquête, le contact direct, la liberté de choix de l’angle d’attaque d’un « papier » sont de moins en moins pratiqués. C’est ainsi que le « prêt à publier » moyennant quelques retouches devient monnaie courante. Et plus l’on est connue et puissant et plus il est utilisé.

Les quotidiens d’une dizaine de groupes de la presse régionales ont ainsi été invités pour un entretien avec le Président de la République. Une occasion pour celles et ceux qui avaient été écartés de fait de la dernière livraison de presse élyséenne de se distinguer par des questions concrètes ou polémiques. S’ils ont pu le faire directement pratiquer leur métier les journalistes de l’élite de la PQR n’ont pas pu exploiter leur talent d’interviewer. En effet les responsables de la communication avaient verrouillé le système. En leur offrant le privilège de rencontrer le Président le service concerné leur avait fait savoir que les propos prêtés honnêtement au président devraient être relus avant publication. Ce n’est pas nouveau (1) mais comme nous sommes en pleine campagne électorale réputée réglementée c’est un tantinet inquiétant. Tellement que deux quotidiens régionaux ont refusé de participer à une action de promotion en marche au nom de leur vision du journalisme.

« La Voix du Nord » a par exemple décidé de boycotter l’invitation : « Il s’agit d’une formule qui n’est pas en phase avec nos pratiques. On ne permet pas ces pratiques de relecture », a déclaré à l’AFP Gabriel d’Harcourt, directeur de la publication. Il s’agit aussi de respecter l’équilibre a fait valoir M. Harcourt. « On a estimé qu’à cinq jours du scrutin, cette interview du président de la République avait valeur d’engagement, pour une liste. On a estimé qu’il y avait un risque que cela rompe avec l’équilibre de traitement que l’on veille à avoir dans le journal. Si on faisait cette interview-là du président de la République aujourd’hui, les autres candidats pourraient tout à fait dans les jours à venir nous demander d’avoir le même traitement. »
Une position également assumée par le Télégramme. « Comme La voix du Nord, ce quotidien breton n’a pas souhaité participer à l’interview collective dont le principe est une négation de l’identité des titres de la presse régionale et des territoires qu’ils représentent », a justifié Hubert Coudurier, directeur de l’information et administrateur du titre breton. Une quarantaine d’autres journaux n’a pas barguigné et a accepté de diffuser le message présidentiel parfaitement calibré en pleine campagne électorale créant de cette manière un précédent dangereux. Il est certain que la même mansuétude sera accordée à tous les autres candidat(te)s sauf qu’eux d’ici le scrutin des européennes ils n’auront rien à relire puisqu’ils ne seront pas interviewés !

Il aurait été plus honnête de mentionner que les propos présidentiels avaient été relus par celui qui les avaient tenus et que probablement certaines réponses avaient été réécrites ou au minimum révisées par le fameux « service de presse ». Avec le recul et maintenant que les « papiers » ont été diffusés l’Elysée ose, selon le journal Le Monde un argument encore plus minable : « Ce n’était pas une exigence, mais une préférence. Les huit autres groupes de presse quotidienne régionale ont accepté le principe d’une relecture, mais si on nous avait dit non, l’interview aurait quand même eu lieu. » Sous-entendu : la faute en incombe à ces journaux dont les représentant(e)s ont manqué de courage puisqu’ils « n’ont pas demandé » le respect des règles de base du journalisme. C’est tout juste du coté « présidentiel » on ne se vante pas d’avoir exploité un certain manque de courage… professionnel.

Il arrive aussi souvent que les questions soient transmise très en amont et les réponses préparées pour que lors de la rencontre (c’est valable autant à la télé, la radio ou en presse écrite) le discours soient conforme aux éléments de langage définis par les « communicants ». Bien entendu tout ce qui est écrit ici a été relu avant diffusion… afin d’éviter les dérapages incontrôlés dont je pourrais être accusé !

(1) Lire le Jour où…. Editions Le Bord de l’eau (pages 90 et 91)

3 Réponses

  1. Jouvet Fabienne

    Liberté de la presse?……liberté surveillée oui, le couperet au dessus de la tête, si un mot déborde…. on te coupe…..les vivres !

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  2. L'optimiste

    Le crac de Bayer suite à l’achat de Monsanto est un acte de guerre économique des USA à l’encontre de toute l’industrie européenne. Pourtant je n’ai aucune sympathie pour Bayer, entreprise au lourd passif ! Mais c’est l’ensemble du secteur de la chimie fine qui va exploser par défiance des actionnaires. Après la perte d’Alstom liquidée par Macron aux US, viendra le tour d’Airbus par le biais des pots de vin et des corruptions que la justice US saura bien utiliser.

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