Les scrutins se suivent mais les commentaires ne changent jamais ! C’est immuable. Les bases des appréciations portées par les grands analystes reposent immuablement sur des pourcentages et jamais sur le seul critère valable : le nombre de voix obtenu ! En effet comme les résultats sont comparés sur les exprimés dont le nombre est très variable d’une élection à l’autre la raison n’est pas toujours au rendez-vous. Pour tous les mathématiciens la base du calcul du pourcentage est essentielle pour le résultat et donc la mobilisation de l’électorat donne tout son poids aux comparaisons possibles.  Chaque fois les « vaincus » s’extasient sur le fait qu’ils n’ont pas autant perdu (en pourcentages) que prévu par des sondages biaisés et dont personne n’a l’idée de mettre en cause la fiabilité. Ils ajoutent que c’est forcément de la faute aux autres sans vraiment se préoccuper de leurs propres errements. Les « vainqueurs « de leur côté exultent sans se soucier de la nature du vote qui les a placés en tête. Immanquablement au cours des deux dernières décennies on occulte par exemple le fait qu’à chaque scrutin il ne s’agit plus d’une adhésion pour une bonne part des votant(e)s à des valeurs ou à un programme mais plus prosaïquement d’un rejet des effets des politiques portées par les autres.  Ainsi si l’on adopte une attitude un tant soit peu mesurée il est possible de tirer des enseignements de ce scrutin européen strictement « politique » puisque la personnalité de candidat(e)s totalement inconnus au quotidien n’a guère pesé dans les scores obtenus.

Pour ma part le nombre de voix constitue le seul socle dont pourrait se prévaloir objectivement un parti dans le contexte actuel, au soir du 26 mai. La référence pour la comparaison est possible avec le premier tour des présidentielles où sauf pour les Verts et Hamon la situation était similaire. Les pourcentages ne sont que des attrappe-nigauds. C’est d’ailleurs en ça que le score du Rassemblement National est inquiétant non pas par son niveau mais par son ancrage mais par son nombre de suffrages obtenus. Son score est en effet présenté comme élevé en pourcentage mais si l’on prend le temps de se référer au nombre de voix exprimés en sa faveur on passe de 7 678 000 de voix pour Marine Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle à… 5 281 576 aux européennes soit une chute du soutien de 31 %. Plus de 2,4 millions d’électrices ou d’électeurs n’ont donc pas renouvelé leur confiance au FN devenu RN. C’est donc plutôt l’enkystement de cet électorat dans les zones rurales en particulier qui doit inquiéter car il se stabilise au-delà de 5 millions d’exprimés ce qui constitue un socle désormais robuste pour toutes les autres échéances électorales. On peut considérer qu’avec Debout la France et Philippot on dépasse les 6 millions de voix désormais sanctuarisées que l’on peut considérer comme étant populistes d’extrême-droite ! A méditer pour l’avenir.

Il n’en va pas de même au sein du parti incarné par le Président de la République qui avait atteint le total sur son nom, avec ses alliés, de 8 656 346 voix et qui chute à 5 076 363 votes d’adhésion à LREM. Le gadin est donc nettement supérieur à celui du RN puisqu’il atteint environ 3 579 983 voix exprimées soit – 41 %. Est-ce véritablement un signe de solidité de la majorité, une approbation des politiques menées ou plutôt une perte des espoirs placés dans un homme nouveau qui ne peut pas dans l’état actuel des partis trouver d’autres alliés ? Le moins que l’on puisse écrire c’est que le doute est permis et que la méthode Coué a de beaux jours devant elle ! Les succès lors des prochains scrutins n’existeront qu’avec des alliances ou sur des triangulaires.

L’effondrement est évidemment beaucoup plus spectaculaire chez « Les républicains » et la « France Insoumise ». Avec un Fillon bien mal en point ils avaient néanmoins glané 7 212 995 suffrages et ils terminent à 1 920 530 cette fois (-73 %) ! C’est la revanche de Juppé qui a siphonné pour le compte de LREM une bonne part de la frange la moins sectaire de LR. Le choix de Wauquiez qui reste droit dans ses bottes a été violemment démenti car l’électorat a préféré l’original de tout à droite aux copies même philosophiques ! Il en va de même dans la mouvance de Jean-Luc Mélenchon. Avec 1 428 386 bulletins de vote France insoumise (contre 7 059 000 eu premier tour des présidentielles) il subit finalement le plus spectaculaire des désaveux personnels (-80%) qu’il aura désormais du mal à effacer ! C’est le grand perdant de cette consultation dans laquelle il espérait vraiment beaucoup !

Hamon seul avec son nouveau parti Génération.s n’atteint pas, loin s’en faut ses 2 291 000 adeptes de 2017 mais l’essentiel est sauf puisqu’il dépasse de très peu les 3 % (741 212 voix) lui permettant de sauver les meubles (remboursement des frais de campagne). Il ne pèsera guère dans le paysage politique. Si l’on considère que la liste Place Publique-PS se situe dans la même lignée de sa candidature unique on arrive en cumul à 2 143 190 voix soit un score à peu de choses près, similaire à celui qu’il avait obtenu au premier tour des présidentielles.

En fait quand les deux candidats de la gauche parlementaire (Hamon et Mélenchon représentants du cumul France Insoumise+ Verts+ PS atteignaient 9, 3 millions ils arriveront lors de cette consultation européenne en ordre dispersé, à plus de 5 millions de suffrages (5 195 596) ce qui ne leur permet de rêver encore à une « renaissance » possible !  S’ils ne réagissent pas à la base et s’ils ne font confiance dans une capacité à renouer avec un programme commun ils perdront les prochaines élections.  Personne dans le fond n’est donc parvenu à mobiliser son électorat du premier tour des présidentielles. Tout le monde est sanctionné ou presque !

 Le sursaut démocratique qui a réduit l’abstention a en effet largement profité aux écologistes. Ce sont incontestablement eux qui s’en sortent vraiment le mieux en France grâce incontestablement à une participation vraiment décisive des jeunes électrices et des électeurs que Macron n’a pas et que le RN ne peut espérer. Ces électrice set électeurs de moins de 25 ans ont donné une leçon à leurs aîné.e.s en préférant l’audace à la peur, la contestation du système établi ; la réaction salutaire au profit sclérosant.

En fait le salut démocratique passera par le retour à une dialogue républicain autour des problèmes du quotidien. Après les phénomènes des derniers mois il est devenu urgent de replacer la citoyenneté au cœur de la vie sociale ; de tout faire pour tisser un lien social constructif et actif grâce à la vie associative, la culture, le sport ; d’imposer le local sur le global et de revenir aux fondamentaux de la République. Nous devons ouvrir de nouveaux horizons sur la base de valeurs communes. Nous devons rassembler autour des graves préoccupations sociales pour éviter cette fracture conduisant aux extrémismes. Nous devons ouvrir les consciences aux enjeux écologiques du quotidien. Et surtout nous devons d’urgence mettre en avant de nouveaux modes de partage citoyen du pouvoir local. C’est tout le sens du combat qui attend les démocrates pour les deux ans qui viennent !