Les « écologistes » ont été les vrais vainqueurs des élections européennes. Bien plus que leur programme ou leur engagement politique, ce sont les alertes répétées sur l’évolution du climat planétaire qui leur ont valu ce brutal afflux de soutiens. Les messages scientifiques extrêmement inquiétants commencent en effet à « ruisseler » dans l’opinion dont le niveau d’information est de plus en plus élevé. Les électrices et les électeurs les plus jeunes qui ne se contentent pas des médias standardisés, ont maintenant pris pleinement conscience de la gravité de la situation. Ce réveil contraste singulièrement avec l’apathie de leurs aînés arc-boutés sur des certitudes d’un autre temps. Impossible pourtant d’ignorer des réalités chaque jour plus alarmantes. Qui sait qu’en France, que l’année 2018 a été exceptionnelle en terme de chaleur ? On n’avait en effet jamais mesuré une température moyenne aussi élevée.

Elle a atteint, l’an passé, 13,9 °soit 1,4 ° au-dessus des moyennes de la période 1981-2010. Si un écart de 1,4 °C peut sembler minime, il représente en réalité la différence thermique en moyenne annuelles constatable entre Paris et Toulouse. Une situation similaire a été observée en Allemagne, en Autriche, en Pologne et en Suisse, qui ont tous enregistré en 2018 leur record de température annuelle! Depuis 1900, la France a augmenté ses réfernces de 1,4 ° et la tendance s’accélère : sur les dix années les plus chaudes, neuf l’ont été après l’an 2000…ce qui devrait vraiment alarmer tout le monde ! Or si on élargit le constat il est encore plus dramatique m’incitant à penser qu’il est déjà trop tard.

D’après l’Organisation météorologique mondiale, les quatre dernières années sont identifiées comme les plus chaudes jamais enregistrées depuis 1850 à l’échelle de la planète. 2018 figure au quatrième rang, derrière 2016, 2015 et 2017 et durant cette année 77 records mensuels de chaleur ont été battus à travers le monde. Et pourtant les responsables se contentent de déclarations de principe car ils ont la pression effarante des lobbies, des milieux financiers et subissent souvent le chantage à l’emploi dont on connaît l’efficacité politique.

Pour être crédibles les autres partis qu’EELV sont contraints d’intégrer des « éléments de langage » mais ils n’ont aucune crédibilité. Il est en effet totalement illogique que la plupart de leurs leaders découvrent brutalement que la « planète brûle ». La fracture passe d’ailleurs dans le milieu politique français entre les « crédibles » sur le plan écologique et les « opportunistes » qui se s’approprient l’air du temps. Combien de membres du gouvernement actuel, comme de ceux qui l’ont précédé ont été avant l’émergence des « verts » aux élections européennes réellement actrices ou acteurs de la lutte contre le réchauffement climatique ?

Même si de Rugy a été, en ma compagnie (1) un défenseur de la pratique du vélo dans les déplacements de proximité il n’a pas beaucoup appuyé sur les pédales de l’écologie depuis son entrée au gouvernement car il y a la chape de plomb des contraintes budgétaires et surtout des intérêts contradictoires de ses collègues défenseur de secteurs spécifiques de la vie collective. J’ai rencontré depuis 1995 bien des ministres en charge de l’écologie sur la mobilitéou sur les déchets, et toujours leur réponse aux sujets évoqués a été identique et peuts e résumer ainsi : «  je partage votre avis mais…. » révélant une forme d’impuissance qu’a constatée un certain Hulot.

Le parlement européen aura donc davantage de député(e)s « verts » français que l’Assemblée nationale grâce au système électif à la proportionnelle et leur impact direct sur les politiques hexagonales sera donc très réduit. Or le « tanker » mettra chez nous des années à infléchir des directions dangereuses. Le cap doit être vite redéfini et il doit être rapidement assimilé à tous les niveaux de la gouvernance collective. L’occasion existe de penser une nouvelle société en étant conscient que les oppositions seront multiples, puissantes et virulentes.

Les évolutions depuis quelques années, tant au plan local que national, n’ont pas été, en effet, à la mesure des enjeux dont une bonne part avait été définie dans le fameux Grenelle environnemental . La plupart du temps les élu(e)s ont pris des décisions en matière d’investissements mais ils n’ont guère abordé le vrai problème qui reste celui des comportements. C’est pourtant essentiel ! Cette faiblesse résulte de la peur des réactions d’une opinion publique ayant horreur que l’on modifie ses « habitudes » et ce qu’elle croit être son « confort ». Mieux, souvent on cède à la facilité consistant à répondre à des demandes incompatibles avec une vision d’avenir de la planète et surtout par pure stratégie de gestion immédiate.

Le milieu politique en général est en « réaction » sur les problèmes écologiques et pas nécessairement en propositions « anticipatrices ». Or il faut devenir imaginatifs, constructifs et convaincants (2) pour espérer limiter les dégâts déjà irrémédiables dans bien des domaines. Et ça suppose d’autres approches que les partis « traditionnels » peinent à trouver ou ne trouvent absolument plus.

(1) de Rugy a été comme élu nantais mebre du CA et du bureau du Club des villes cyclables dont j’ai été le président. Il a été au club des parlementaires pour le vélo que j’ai initié.

(2) Nous lançons un mouvement en Gironde (Gironde citoyenne) unitaire, indépendante et démocratique pour particper à cette reconstruction