Nul doute : la stratégie mitterrandienne qui a conduit qu’on le veuille ou non à l’affaiblissement du Parti communiste a soigneusement été étudiée par les conseillers politiques présidentiels actuels. Elle consiste à ce que l’on appelle dans le milieu footballistique à enfermer son adversaire dans le coin du terrain de jeu (le corner) sans jamais avoir à s’y confronter. Incapable de se sortir de ce « marquage » le rival s’empêtre alors dans des dribbles inutiles et finit par perdre toute possibilité d’attaquer. Match électoral après match électoral, l’Élysée a réduit l’espace dont disposent les « équipes » traditionnelles pour les emmener à l’extérieur du terrain. Lors des européennes elles ont fini leur parcours dans les tribunes, regardant la confrontation vendue avec le maximum de battage médiatique, entre la formation présidentielle et celle des « nationalistes ». Tous ont la sensation qu’ils ne sont pas prêts de refouler l’herbe verte de la « pelouse » des campagnes…Et ce d’autant plus que la plus « verte » a récupéré les personnes ayant la charge de la faire vivre et de la préserver.

En quittant prématurément le club Hollande où il avait été transféré sur les recommandations de divers « agents »soucieux de réaliser de bonnes affaires, le jeune et fringant Macron a simplement agrandi la fracture qu’il avait entretenue pars ses décisions. En tant que ministre de l’Économie il lui était facile de transformer en « frondeurs » les anti-libéraux conscients des dégâts instantanés et futurs de sa politique. Rétrospectivement, quand on relit par exemple les prises de position ayant succédé à la vente de Alstom à Genéral Electric on constate que les oppositions n’étaient pas injustifiées.

Peu à peu il a donc isolé son ex-entraîneur qui lui avait donné sa chance et à tout fait pour retourner une partie de ce qu’il subsistait de son équipe contre lui. Inexorablement en profitant de l’incapacité à décider de celui qu’il avait parfaitement évalué, le jeune aux dents longues a détruit le « club » PS. C’était son premier objectif qui a été atteint sans trop de gros problèmes puisque ce dernier n’avait plus aucune cohésion et aucun patron crédible. Il a profité de cette incapacité des socialistes à rester fidèles à leur fond de jeu pour les conduire à les descente en seconde division voire en troisième ! Il va les achever et même probablement les reléguer au rang d’amateurs en les privant de tous leurs succès antérieurs dans les compétitions locales. Il a devant lui une « saison » complète de 10 mois pour y parvenir : refus d’un quelconque pacte avec ceux qui ne l’auront aps rejoint avant l’été ! Toujours selon le même principe de l’isolement sélectif ,surtout après les résultats de la dernière « coupe » d’Europe, les « marcheurs » laisseront les maires en place dans les villes les plus paupérisées affronter le Rassemblement national avec à la clé, la menace de triangulaires pouvant les réduire à une portion électorale très incongrue.

Dans les secteurs urbains de niveau social élevé ou au moins supérieur à la moyenne les Marcheurs passeront désormais à la seconde étape de ce plan sophistiqué. Il a été résumé pour les élus LR par Gilles Boyer qui est l’un des conseillers politiques en vue à Matignon et en lien direct avec l’Élysée : « ou vous vous rejoignez LREM avec armes et bagages ou bien vous êtes morts ». L’avertissement sans aucune retenue a dût affoler dans de nombreuses grandes villes détenues par ceux qui ont cru à la capacité de Bellamy à mordre sur l’électorat RN. «Des élus LR se demandent à juste titre si l’étiquette LR est vraiment porteuse pour les municipales», explique le nouveau député européen ex-LR aujourd’hui LREM. Il menace clairement avant d’expliquer clairement et directement à ses anciens amis sur Europe 1 : « un maire qui sera élu avec l’apport de LREM et du MoDem sera un allié du président pour 2022, un maire qui sera élu sans leur apport, ce sera un ennemi du président pour 2022».

Il a dévoilé lors de cet entretien par son arrogance deux paramètres politiques importants : l’occupant de l’Elysée ne travaille que pour sa réélection dans un face à face renouvelé avec la Marine nationaliste ; pour y parvenir il table sur l’incapacité de la gauche à se réunifier et donc il lui faut définitivement réduire la Droite à quelques baronnies historiques. Pour s’assurer ces deux objectifs il est indispensable de maintenir Wauquiez à flots sur un radeau de la Méduse pouvant flotter encore quelques temps. D’ailleurs Boyer ne s’en cahe pas : « il (« Laurent Wauquiez ») incarne le rétrécissement de la droite française (…). Politiquement sur cette élection ça nous a profité, et politiquement pour les échéances futures, particulièrement pour les municipales, les régionales et la présidentielle de 2022, c’est un point très important. »

En mettant en place une bipolarisation simpliste (1), (comme l’avait fait pour accéder au pouvoir Mitterrand) le Président actuel lamine tout ce qui peut le gêner sur sa droite et il laisse consciemment la Gauche se débattre dans ses divisions et son absence de projet. Attention la stratégie est vraiment dangereuse…. dans le contexte européen actuel.

(1) Gauche réunie contre Gaullistes