« La République est proclamée, je dois être son maître » aurait écrit Louis Napoléon Bonaparte à l’une de ses cousines en apprenant la révolution de 1848. Il aura mis le temps mais il y sera parvenu grâce à des stratégies politiques basées sur le rejet par le peuple d’un fonctionnement parlementaire ne correspondant pas à ses objectifs et sur le culte de la personnalité. Après avoir laissé les partis d’alors écrire une nouvelle Constitution il va rentrer d’exil pour se faire d’abord élire député au nom d’un penchant qu’il aurait eu pour la « démocratie sociale » dans 4 départements dont celui très symbolique de la Seine qui le place en tête. Louis-Napoléon peut désormais revenir.

Médiocre orateur, il parle peu et vote encore moins souvent. Il siège à gauche. Il va se faire discret tant pour les prises de paroles que pour les prises de position au sein de l’Assemblée ce qui lui permettra de mécontenter personne. En fin d’année il lui est aisé de se placer en rempart contre l’arrivée au pouvoir des « rouges » mais surtout il prône face à la crise qui menace « la réconciliation nationale » du genre « tous derrière moi ! » qui suis le seul à pouvoir vous sauver. Le candidat rejeté par bien de celles et ceux qui ne le soutiennent que par pur calcul électoral finit par regrouper autour de lui toute la « Droite » réactionnaire. Les Monarchistes en perdition se rallient à lui et depuis le début il bénéficie du soutien des « Conservateurs ». Tous sont appelés à l’union pour empêcher l’arrivée au pouvoir des dangereux « Républicains » d’alors sans aucun point commun avec ceux qui sont en voie de disparition à notre époque.

A la suite de la promulgation, le 4 novembre 1848, de la Constitution de la IIe République, Louis-Napoléon Bonaparte est candidat à l’élection présidentielle, la première au suffrage universel uniquement masculin en France. Ses adversaires représentent une « gauche » d’alors totalement éclatée Louis Eugène Cavaignac (républicain modéré), Alphonse de Lamartine(républicain), Alexandre Ledru-Rollin (républicain avancé), François-Vincent Raspail (socialiste) et Nicolas Changarnier (royaliste légitimiste). Durant la campagne, une campagne financée par l’étranger ( son amie anglaise Miss Harriet Howard et par le marquis Pallavicini), Louis-Napoléon Bonaparte prend de nombreux contacts (Proudhon, Odilon Barrot, Charles de Montalembert, Hugo etc.) et parvient à recevoir le soutien du parti de l’Ordre, à commencer par Adolphe Thiers.

Il est élu pour quatre ans avec 5 572 834 voix (74,2 % des voix) contre 1 469 156 voix à Cavaignac (19,6 %), 376 834 voix à Ledru-Rollin (5 %), 37 106 voix à Raspail (0,5 %) et quelque 20 000 voix à Lamartine (0,3 %). Il est le premier président de la République française. À 40 ans et huit mois, il demeure le plus jeune président de l’histoire de France jusqu’à l’élection, en 2017, d’Emmanuel Macron, âgé de 39 ans et quatre mois. Son élection profite à la fois de l’adhésion massive des paysans, de la division d’une opposition hétérogène (gauche et modérés ou royalistes).

Encore une fois l’impopularité des Députés issus de la révolution de 1848 conduit au succès incontestable d’une sorte de «parti unique présidentiel ». A été en effet créé, après des appels à l’efficacité contre ceux qui sont réputés « extrémistes », le « Parti de l’Ordre » par François Guizot, Odilon Barrot, le comte de Montalembert, le comte de Falloux ou encore Alexis de Tocqueville et un certain Adolphe Thiers… Il regroupe de manière officielle derrière le Président des monarchistes légitimistes et des républicains qui prennent comme référence… la nouvelle démocratie américaine; Le programme est clair : ordre, sécurité et bonnes mœurs.

« Il est temps que les bons se rassurent et que les méchants tremblent » proclame le Président et donc pour assurer la continuité de son mandat de plus en plus contesté (les élections partielles de mars et avril 1850 montrent un certain retour des rouge) il effectue une réforme institutionnelle ( la loi du 31 mai 1850) qui permet de radier près de 3 millions d’électeurs ! Apparaît alors le « parti de l’Élysée » qui se veut le rempart contre les Républicains. Au cours de l’été 1850, le président fait de longs voyages en province pour accroître sa popularité. A Saint-Quentin, il déclare pour se rapprocher du peuple : « mes amis les plus sincères, les plus dévoués ne sont pas dans les palais, ils sont sous le chaume ». Il veut arriver à une réforme constitutionnelle lui permettant de rester autant qu’il le voudra au pouvoir. Il échouera et se tournera vers le fameux coup d’État du 2 décembre 1851 ! Sera ainsi résolu le problème du multipartisme dangereux !

Il n’y en aura un que de manière purement théorique puisque si certains partis sont tolérés d’autres seront interdits et leurs leaders pourchassés. L’appareil d’État est repris en mains (maires, Préfets). Les hommes d’affaires se gobergent. Et la propagande fait le reste puisque le fameux plébiscite de décembre ne verra qu’un seul canton rural de l’Ardèche résister au rouleau compresseur bonapartiste. Dans le fond je ne sais pas pour quoi je vous rappelle ces moments de l’Histoire de France ! Enfin si vous avez une idée…