Le piège se prépare méticuleusement pour les élections municipales d’abord et pour les cantonales ensuite, si ces dernières demeurent sur le même mode électoral qu’actuellement. La stratégie des triangulaires assurées a vite été décodée au sein des maires du camp Les Républicains alors qu’elle ne semble pas avoir encore effleuré l’esprit des élu(e)s de Gauche. Le premier axiome repose sur la certitude que vu le poids respectives de LREM et du RN dans l’opinion publique, il est fort probable que ces deux partis ayant des candidat(e)s feront des scores certes inférieurs à ceux des Européennes mais pas assez pour les écarter du second tour. On estime en général que la base électorale d’un sortant se situe entre 3 et 10 points de plus que sa base « politique’ avouée ou ressentie. Rien ne dit pour que des PS ou des LR ce sera suffisant pour survivre.

Les analystes de En Marche ont donc vite vu les grandes villes, les moyennes ou même les petites où il sera facile de mettre en danger une équipe sortante par une simple liste de candidat(e)s même hétéroclite pouvant provoquer une triangulaire. Bien des Maires font et refont leurs calculs et ils savent que si LREM veut les coincer c’est d’autant plus facile quand le score des partisan(ne)s de Marine Le Pen se situe au-dessus de 22 à 23 %. Il ne leur reste en effet, dans l’hypothèse d’une arrivée d’une équipe nouvelle de la majorité parlementaire, que l’espoir de récolter au maximum à peu près le même score que les deux blocs et à condition pour la Gauche d’être unie et pour la Droite « traditionnelle » de bénéficier d’élu(e)s sortants(es) très ancrés. Le partage ne se ferait plus entre deux blocs mais entre trois (LREM, RN et équipe sortante) avec un écart très faible entre eux.

Dans le fond la meilleure situation pour les Marcheurs seraient celles où les « populistes de l’extrême-droite » franchissent le premier tour en tête plaçant les nouveaux venus sur la scène municipale en position de poursuivre leur mission de sauveurs face au RN ! En acceptant le renfort des « Républicains » (ce qui est déjà largement en cours) ou en participant à repousser les assauts du RN (alliance de second tour) ils seront en position de force et feront une bonne affaire en ancrant leur mouvement dans les structures locales. Leur priorité avouée sera celle de conquérir les intercommunalités en plaçant des élu(e)s un peu partout. Tout le monde sait fort bien que, dès 2021 la fusion ou la disparition de fait des communes deviendra une priorité afin de gommer les effets financiers néfastes des compensation de suppression de la taxe d’habitation.

Si elle ne parvient pas à faire cause commune, la Gauche sera encore plus en danger avec le jeu des triangulaires car le premier tour risque d’être fatal aux listes éparpillées. Les Verts l’ont bien compris en lançant déjà des initiatives et en prenant de vitesse les autres formations. En fait ils ont l’espoir d’être en tête dès la première expression du suffrage universel et ensuite constituer un « bloc » avec le partenaire le plus avantageux. La seule incertitude pour eux se situera dans la position des « sortants » de Gauche qui peuvent booster le score de leur parti d’origine. En effet rares seront celles et ceux qui vont prendre un label politique. Leur seul espoir de s’en sortir sera en effet de signer leur offre d’un slogan strictement local reprenant simplement leur commune avec un ajout prometteur… et de capitaliser sur le relationnel qu’ils peuvent avoir. Ils ont alors un mince espoir de s’en sortir s’il y a une… triangulaire ou un duel avec le RN et si LREM n’arrive qu’en troisième position ne pouvant faire autrement que participer à un front républicain qu’elle demandera ailleurs.

Une seule certitude : rares seront les duels « Droite traditionnelle » et « Gauche organisée unie »… et il est donc bien difficile de prévoir des résultats même si les sondages vont reprendre leur sérénade sur l’affrontement partout entre En Marche et le RN… de telle manière que la panique s’empare des équipes sortantes qui seront d’ailleurs un peu partout difficiles à maintenir en l’état compte-tenu du manque évident de militant(e)s. Certes le facteur proximité et l’image personnelle pèsent davantage aux municipales qu’aux Européennes mais en l’état il faut craindre encore de gros dégâts lors des départementales.

D’ailleurs il y aura un test intéressant sur le canton de Lodève en Hérault fin juin avec probablement à l’arrivée une triangulaire avec justement le RN qui a viré en tête aux Européennes, LREM qui se situe en seconde position (et dont l’élue précédente avait l’étiquette) et une candidate de la « majorité départementale » qui aura un handicap certain (1). Nul doute que le résultat du premier tour sera scruté avec attention par les stratèges parisiens dans la perspective des municipales…pour savoir si on se dirige vers le fameux triangle des Bermudes où se perdent celles et ceux qui placent leurs espoirs trop haut !

(1) RN : 25,51% ; LREM : 18,39% ; EELV : 16,9% ; FI : 10,18% ; PS : 6,57% ; LR : 5,6%