Avec 4 500 soldats français dans le Sahel, l’opération Barkhane lancée en 2014 est la plus grosse opération extérieure de la France et comme les informations en provenance de cette zone au cœur d’un continent en proie à tous les fléaux. Des hélicoptères, des véhicules blindés, des drones : sur un territoire de 5 millions de km², l’équivalent de l’Europe, la France intervient dans six pays au total : au Mali, mais aussi en Mauritanie, au Burkina Faso, au Bénin, au Niger et au Tchad. Elle tente de combattre et d’éparpiller les groupes jihadistes dont on ne sait pas assez qu’elles se confondent souvent avec des trafiquants ou des milices plus ou moins structurées. Depuis quatre ans, ces groupes terroristes progressent inexorablement vers l’ouest et le sud du Mali, atteignant même le nord du Bénin voire le Nord du Burkina-Faso.

Dans ce contexte extrêmement difficile il est évident que les querelles ethniques qui s’enveniment viennent singulièrement compliquer la situation. Depuis l’apparition en 2015 dans le centre du Mali du groupe djihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs itinérants, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies Bambara et Dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs « groupes d’autodéfense ». Les massacres s’enchaînent sans que l’État malien intervienne véritablement. Ces soldats se contentent la plupart du temps d’aller constater les « dégâts » humains considérables.

Le dernier en date a concerné un village dogon des environs de Bandiagara, dans le centre du Mali, ayant fait 35 morts, dont 24 enfants qui auraient été les innocentes victimes d’une sorte de pogrom mené par les Peuls. On avait eu auparavant le massacre à Ogossagou, près de la frontière burkinabè, de quelque 160 villageois peuls, attribué à des chasseurs… dogons. Une succession de tueries qui risque de se poursuivre puisque les troupes françaises sont beaucoup plus éloignées dans les zones sahéliennes sillonnées par des bandes armées qui terrorisent les villages isolés.

Pour ma part je soutiens, avec mon indemnité d’élu, une association basée en France qui tente de faire progresser l’éducation chez les Touaregs de la région de Kidal. Dans son dernier bulletin la Présidente (1) dresse, sur la base d’informations en provenance directe du terrain le bilan d’une situation particulièrement critique. «  Les éleveurs nomades écrit-elle réfléchissent à scolariser leurs enfants à Kidal puisque toutes les écoles de brousse restent fermées pour cause d’insécurité. Ces parents souhaitent, grâce à l’école,soustraire leurs enfant à l’influence des extrémistes. Ces derniers ayant perdu pas mal de recrues depuis quelques temps au cours des opérations militaires, se focalisent sur les enfants. Ils tentent de convaincre les parents que l’école en français c’est l’ignorance et que leur islamisme radical c’est la lumière. Heureusement, beaucoup de parents refusent cette propagande qui pour eux n’est que de l’obscurantisme. Si l’on ne prend pas garde on risque de perdre toute une génération d’enfants. Or ce ne sont pas les enfants à scolariser qui manquent, ce sont les moyens pour les prendre en charge en ville. » ajoute-t-elle.

A Kidal il règne pourtant une sécurité relative. Les soutiens antérieurs des ONG, des collectivités, des associations, des fondations ont cessé du fait de la présence de plus en plus prégnante des extrémistes au Nord comme au Sud du Mali. Plus d’argent : moins d’école ! « Les dijhadistes font tout pour saboter le pari difficile de l’éducation dans quasiment tous les pays d’Afrique aujourd’hui » explique la présidente d’Aratane. « Il faut tenir malgré les déceptions et les difficultés ». Ce véritable combat moins spectaculaire que celui pratiqué avec les armes est en effet décisif et il faudrait que l’Europe y contribue fortement, plutôt que de se déchirer sur le sort des migrants que plus personne ne veut voir se noyer en Méditerranée. Depuis toujours et je peux en témoigner, les Touaregs ont tout tenté pour que l’éducation et la préservation de leur superbe culture leur permettent de résister à toutes les tentatives d’assimilation ou même de destruction qui ont été dirigés contre eux. Ils y ajoutent une habitude de résister même par les armes à tout ce qui porte tort à leur peuple.

Il ne faut pas oublier qu’un nouveau phénomène renforce les difficultés qui attendent les partisans du retour de la paix dans ce secteur très sensible.À Kidal depuis la fin de l’année 2017, la prospection artisanale de… l’or s’est intensifiée, charriant un flux important d’orpailleurs locaux comme étrangers provenant de divers pays africains, équipés de détecteurs de métaux, de marteaux-piqueurs, de pioches, de pelles, de compresseurs, appâtés par cette nouvelle manne financière disponible à ciel ouvert… La région est devenu une sorte d’Eldorado qui ne va simplifier la tâche de celles et ceux qui prônent la raison, la paix et surtout le retour à une vie à peu près normale.

(1) soutenez l’association Aratane (scolarisation des enfants de l’Adrar et des Iforas) 3, rue Emmery 75020 Paris aratane@orange.fr

2 Réponses

  1. Bernadette

    Le Sahel est une bande horizontale de l’Afrique subsharienne (est-Ouest) qui comprend un certain nombre de pays où vivent plusieurs ethnies.
    Selon moi, il est impossible de changer la vie de ces gens que je respecte dans leur langue et leur coutume.

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  2. Bernadette

    Ces peuples ethniques du Sahel ont des origines ancestrales et il est convenant de les respecter.
    Il n’y a pas de mode éducatif occidental qui puisse leur être utile au quotidien.

    Répondre

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