Les circonstances de la vie font que lorsque l’on parle d’urgences hospitalières on se retrouve parfois confrontés à la réalité de ce service dans lequel chacune et chacun d’entre nous, espèrent ne pas avoir à connaître. Dans la journée de hier la Ministre de la Santé a ainsi répondu justement au mouvement social touchant les services concernés par une décision symbolique du comportement politique actuel : du fric ! Quand désormais rien ne va plus dans le fonctionnement du service public ou de ce qu’il en reste les décisions qui tombent sont…. seulement financières. Du genre « allez soyez gentils, taisez vous et on vous donne des crédits supplémentaires personnels » avec inévitablement la fameuse « prime » individuelle réputée être solution à tous les problèmes. Il n’y a plus un seul Ministre qui raisonne autrement et ce depuis des décennies en répondant à un problème de fond par une mesure de « surface ». Cette méthode permet ainsi d’alimenter médiatiquement l’opinion dominante en alignant des millions qui s’ajouteront aux millions déjà empruntés pour le fonctionnement d’un État mal géré.

Hier soir une dame de 88 ans seule tombe, à Créon chez elle. Son dispositif d’alarme privé s’enclenche et je ne suis donc alerté. Malheureusement, je ne suis pas sur Créon et il faut donc l’intervention de personnes amies et du Maire alertés par mes soins, pour que l’on prenne en charge solidairement sa situation. Le 15 contacté envoie bien évidemment les sapeurs-pompiers volontaires, bien que très sollicités pour des renforts permanents sur la métropole submergée par les appels en ce vendredi soir. Le constat est vite fait car elle a une méchante plaie à la tête : il faut la transporter aux urgences. Bénévolat solidaire de proximité des uns, intervention solidaire financée par les collectivités locales (département et commune) pour les autres : tout fonctionne parfaitement dans un contexte local de connaissance réciproque dans une société ou pourtant tout est une question de fric. Jusque là pas un centime de la solidarité nationale puisque le transport ne sera pas pris en compte par la sécurité sociale. Le CHU qui a enclenché ce processus discute ensuite le financement des sorties commandées par ses propres services et doit des millions d’euros au SDIS 33 !

Arrivée aux urgences la blessée très âgée et considérée comme non prioritaire attendra longtemps dans l’ambulance son tour pour simplement franchir la porte du service. Les sapeurs-pompiers extrêmement gentils avec elle sont bloqués sur place et leur véhicule aussi alors que la nuit nécessite obligatoirement des réponses à des situations peut-être encore plus urgentes… Les médecins et le personnel soignant sont débordés et effectuent donc des priorités médicales indispensables et louables. Ce n’est qu’à l’aube, avant son départ après des heures épouvantablement éprouvantes, l’admission et le passage au scanner que la Créonnaise espère rencontrer la « personne » qui décidera de son sort (mise en observation, renvoi au domicile, diagnostic plus grave). Plus de 15 heures plus tard elle saura quelque chose et comme elle n’a pas de famille pouvant la soutenir, ses amis tenteront de l’accompagner à distance dans cette épreuve.

Aux urgences on a été accueillant ; on a témoigné de compassion ; on a été précautionneux : autant d’attitudeq qui demandent du temps car il faut écouter et soigner ! La situation est matériellement alarmante et humainement insupportable mais le monde du profit ne voit que l’équation comptable et réagit en comptable. En grève les personnels font le maximum se mettant psychiquement et physiquement en danger mais… comme des milliards de cotisations sociales ne sont pas payés, que l’évasion fiscale atteint des sommets, il n’y a que la Ministre de la Santé pour débloquer 70 millions d’euros pour financer des mesures immédiates. C’est à dire tenter de mettre un emplâtre pour endormir la douleur du quotidien dans les service des urgences. Une piqûre de tranquillisants dont l’effet à moyen ou à long terme est totalement inutile !

Une prime de coopération de 100 euros brut mensuels sera en outre mise en place pour les infirmiers et aides-soignants à qui seront délégués à des tâches médicales. (sic) alors que les vrais problèmes ne seront traités qu’ultérieurement. Absence de personnels qualifiés reconnus ; suppression des lits de suite dans les services hospitaliers ; manque flagrant de personnels non seulement à l’accueil mais en aval dans les services ; complexité du système précédant les urgences ; désengagement croissant de la médecine de proximité ; nécessité d’une refonte complète des bâtiments accueillant les urgences : autant de réalités qui ne seront pas réglées avec 150 millions de primes ne comptant pas dans la retraite de celles et ceux pour qui l’activité aux urgences relève désomais du même engagements que ceux qui vont en mission humanitaire dans des pays réputés sous-développés. La crise des urgences n’est pas que financière mais elle est sociale, organisationnelle et humaine ce qui ne disparaît pas avec une prime mensuelle ! Et là on tourne en rond parce que ça coutera plus cher ! Personne n’envisagera les recettes à trouver mais restera sur les dépenses : quitte à laisser lourir l’espoir d’un service public ouvert à toutes et à tous

4 Réponses

  1. J.J.

    – Je vous ai compris !
    – Moi non plus !
    Dialogue de sourds permanent entre les « gouvernants (?) et les « gouvernés ».

    Cette histoire est à pleurer de rage !
    La santé des citoyens devrait être protégée au même titre que leur sécurité : on ne demande pas à l’armée ou à la gendarmerie, ni la police d’être « RENTABLES !

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  2. Bernadette

    Bonsoir M. Darmian,
    L’hôpital de Libourne a été restructuré et me trouvant aux urgences avec mon époux j’ai eu la désagréable surprise de voir une immense cafétéria avec des fauteuils
    grands luxe.
    Quant aux urgences, arrivées à 10h du matin nous sommes sortis à 21h sans repas du midi.
    Quelle est la place et son organisation dans les locaux de l’hôpital ?. Puisque une cafétéria grand luxe à été installée dans cet établissement.
    Quelle place pour les patients hospitalisés tant aux urgences qu’au sein de l’hôpital ?
    Pourquoi le personnel, les syndicats, les médecins salariés et autres n’ont ils pas été conviés à la restructuration de cet hôpital avec son service d’urgences ?

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  3. Bernadette

    Il y a très longtemps que la santé représente un coût exorbitant pour les patients depuis la création de la sécurité sociale.
    Les syndicats professionnels de médecins ont quand même fait augmenter le montant de la consultation du généraliste et bien entendu les gouvernements précédents ont créé les 3 secteurs auxquels sont soumis les médecins.
    C’est une anormalité et la continuité de cette anormalité demeure.

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