C’est vrai que nous entrons dans une période durant laquelle chaque goutte de pluie prendra des allures de catastrophe économique. L’eau venue du ciel gâche les vacances et quand elle survient, bon nombre de celles et ceux qui la subissent, n’admettent pas qu’elle appartient à l’ordre naturel. De plus en plus souvent le ciel se déchaîne brutalement et violemment dans un laps de temps très court démontrant que le changement climatique n’est pas un concept mais une véritable réalité. Il suffit parfois qu’il pleuvent quelques jours pour que l’opinion dominante pense que la sécheresse s’en trouve atténuée. C’est bien évidemment faux puisque les ressources en eau potable ou au moins en eau utilisable par l’homme se trouvent dans les nappes dites profondes. Or la situation devient extrêmement préoccupante sans que la population en ait conscience puisque cette ressource est invisible. L’eau continue à couler au robinet car les forages continuent d’extraire le plus précieux des liquides pour la vie mais jusqu’à quand….

Les nappes phréatiques sont donc sous surveillance. 59% d’entre elles se situent à un niveau globalement bas en France. Le sud de l’Alsace, le Berry, la Bourgogne et le Rhône sont particulièrement touchés. Près de Lyon (Rhône), des techniciens constatent chaque jour que les eaux souterraines diminuent. « La nappe de l’Est lyonnais n’a pas eu la possibilité de se recharger correctement cet hiver, il n’a pas assez plu (…) ça fait dix ans qu’on n’a pas vu des niveaux aussi bas », rapporte le chef du service eau potable à la Métropole de Lyon. Dans toutes les régions en alerte, les niveaux sont proches des minimas et la situation risque de s’aggraver dans les prochaines semaines car les prévisionnistes de la météo annoncent un mois de juillet caniculaire.

En Gironde la situation n’est guère plus réjouissante car la Métropole ne cesse d’augmenter sa consommation et dans les semaines qui viennent la fréquentation touristique va l’accroître. Avec plus de 200 000 nouveaux habitants supplémentaires depuis dix ans le département, déjà confronté à la qualité de certaines de ses ressources (taux de fluor supérieur aux normes européennes), risque de traverser des périodes d’approvisionnement très difficiles. Hier on a par exemple atteint des sommets avec plus de 180 00 m3 envoyés dans le réseau de desserte des particuliers et des lieux de vie collective sur la Métropole. C’est environ un tiers de consommation supplémentaire par rapport à la moyenne journalière habituelle. Et il est quasiment certain que ce pic sera dépassé dans les prochaines semaines si la météo confirme la venue d’un épisode très chaud. Le record est actuellement détenu par un jour de juin il y a 14 ans avec 210 000 m3. Inutile d’ajouter que le constat est le même sur tous le territoire.

Déjà en Gironde, on en effet consomme plus d’eau que la capacité de renouvellement de la nappe profonde qui alimente le département. 150 millions de mètre cube d’eau potable y sont prélevés chaque année dont 60% pour la consommation domestique.  Selon les estimations, il faudrait économiser 25 millions de mètres cube par an et c’est loin d’être la tendance actuelle. Fa ce à cette situation des initiatives ont été prises et ont permis de sensibiliser l’opinion publique (opération Mac Eau notamment conduite par le conseil départemental) mais il devient indispensable de trouver de nouvelles ressources fiables. Les collectivités territoriales  préparent l’exploitation d’un nouveau champ captant dans le Médoc, qui viendra alimenter en eau la métropole de Bordeaux, l’Entre-Deux-Mers, La Brède et Saint-Selve. Ce projet colossal de 60 millions d’euros qui doit voir le jour d’ici à 2021-2023 va générer une augmentation sensible du prix du m3 et alors on trouvera des réactions étonnées ou courroucées vis à vis des… élus locaux réputés responsables de tous les maux.

La première difficulté se trouve dans la surexploitation des 400 forages sur la rive-droite de la Garonne qui se trouvent souvent dans les zones habitées et proches de la Métropole. Il faut donc aller chercher plus loin et dans des secteurs réputés moins «  exploités ». La seconde vient du fait que les 10 millions de m3 espérés ne seront pas suffisants et qu’il devront être accompagnés non pas d’une consommation supplémentaire mais d’une économie très difficile à atteindre de 10 millions de m3 ! C’est parfaitement possible si durant les prochaines années la priorité est donnée à la fiabilité des réseaux vieillissants qui laissent filer dans la nature environ 24 millions de m3 par an dont une fraction constitue un gisement potentiel d’économie.

L’enjeu sociétal est devenu majeur. Malheureusement avec l’été qui vient ce ne sera pas la préoccupation essentielle et même si une interdiction se profile sur l’arrosage des pelouses et des massifs floraux on ne déclenchera pas une vraie prise de conscience généralisée. Il faudrait une crise majeure pour que l’eau soit évaluée à sa juste valeur.