municipales

Toute initiative qui tente de briser les certitudes ou les positions acquises devient vite suspecte. C’est surtout vrai dans la vie sociale puisque c’est là que l’on trouve les personnes les plus installées et qui refusent de voir la vérité du changement. On sent bien depuis des mois qu’elles font fausse route tellement en France monte une exaspération contre les corps intermédiaires ayant en charge la médiation entre les pouvoirs et les individus. Un sondage (1) publié par le journal spécialisé dans les collectivités territoriales met en évidence cette nouvelle donne. Le syndicats ont perdu une bonne part de leur influence et maintenant les partis politiques sont en chute libre. Tous font semblant de ne pas le ressentir en se réfugiant dans le confort de l’entre-soi et donc finiront par s’effondrer comme des châteaux faits avec leurs cartes d’adhérent(e)s.

On le constatera lors des prochaines élections municipales avec d’abord la fuite des élu(e)s sortant(e)s et ensuite par le fait que 71% des Français préféreraient voter pour une personnalité issue de la société civile plutôt qu’un homme ou une femme politique appartenant à un parti. C’est inexorable. Plus les candidat(e)s seront sectaires et repliés sur les arrangements d’appareils, plus ils seront sanctionnés.

L’aspiration au renouvellement s’avère particulièrement évidente quand on sollicite l’avis des Françaises et des Français sur la composition des listes communales. Par rapport aux élections de 2014, ils souhaitent à plus de 67% davantage de jeunes, et à 66% plus de personnalités sans étiquette politique, et à plus de 61% plus de candidats issus du secteur privé…C’est vraiment sans ambiguïté : les étiquettes, les slogans, les alliances artificielles ne sont plus de mise. Il faut penser autrement et donc modifier totalement les rapports sur le partage du pouvoir local.

Le (la) maire(sse) de demain sera rassembleur dans la constitution de sa liste municipale, surtout très proche des électrices et des électeurs mais aussi très novateur(trice). La remise en cause des élus devient dévastatrice puisque 45% des sondés, (surtout les 50-64 ans), expliquent préférer une tête de liste sans expérience politique plutôt qu’un politique expérimenté…. Déjà qu’en l’état actuel de l’électorat, les « sortant(e)s » sont très menacés par la montée du rassemblement national et l’émergence de LREM en vote de réponse ils ne vont pas véritablement s’en tirer sain et sauf. Le « dégagisme » va être impressionnant !

Paradoxalement ce vent nouveau qui vient de la montagne des votes de renouvellement n’est guère rassurant. Le responsable du sondage d’Opinion Way ne fait pas mystère des dangers que cette situation peut générer. Dans la Gazette des communes il affirme que l’effondrement des grands partis qui s’est accentué depuis la dernière présidentielle est « très dangereux ». Il ajoute que « la disparition voire la suppression des corps intermédiaires signifie que l’on rentre dans une opposition du peuple d’un coté contre l’appareil d’État de l’autre. C’est un danger totalitaire. Les partis politiques organisaient jusqu’à présent les sensibilités politiques et l’opposition ». On constate que c’est fini.

Il faut d’urgence ouvrir des espaces d’échanges, de dialogue, de partage pour former et faire monter des nouvelles bonnes volontés. Elles ne se trouvent plus dans les partis même les plus nouveaux d’entre eux.Seulement 25% des Français interrogés souhaitent en effet voter pour une personnalité appartenant à un parti politique et seulement 14% (un niveau d’une extraordinaire faiblesse) votera avant tout en fonction du parti politique des candidats. Ce qui conduira bien des maires en devenir ou des maires installés à ne s’affubler d’aucune étiquette en jouant la carte de leur proximité avec la population, leur bilan humain et un programme extrêmement local.

A 77%, les Français interrogés favorisent les enjeux locaux (sécurité, services, équipements, urbanisation…) et se détachent complètement des considérations nationales. Ce seront des élections de clocher et surtout pas des élections centralisées. Le désir de personnalités sans étiquette politique dans le rural n’est pas nouveau mais il s’est fortement accentué. Le critère du parti politique comme déterminant de vote aux municipales en campagne n’atteint que 8% contre 14% sur l’ensemble de la France et 18% dans les grandes agglomérations. La cote personnelle sera décisive et surtout la force de proposition dépassant les classifications passéistes prendra une dimension particulièrement prégnante. Pas très rassurant quand on connaît les exigences réelles des fonctions électives locales.

(1) Sondage Opinion Way pour Cap Collectif réalisé auprès de 1001 personnes dans le cadre de l’après grand débat national et publié sur La gazette.fr