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     Discours prononcé lors de l’inauguation du village du livre et de la bibliothèque Roland Dumas à Sablons de Guitres (33)      

Au nom de Jean-Luc Gleyze, Président du Conseil départemental retenu par un engagement antérieur sur une autre part du territoire girondin et de ma collègue  Michelle Lacoste, conseillère départementale de ce canton, présidente avisée et motivée de la commission culture j’ai le plaisir de m’inscrire, avec ces mots que je vais porter au nom de notre collectivité territoriale girondine, sur la première page officielle du livre ouvert pour l’inauguration de cette splendide initiative qu’est ce village pour passionnés heureux de tous les livres.

            Vous savez cher Roland Dumas pour l’avoir écrit dans votre ouvrage malicieusement intitulé, « Politiquement incorrect » que « les mots sont des amis » et qu’ils sont donc, d’un précieux secours pour, je vous cite, « surmonter les blessures de la vie ».       Sans aller jusqu’à « la blessure », j’ai bien besoin d’eux, de les avoir figés devant moi sur une page blanche, pour surmonter mon émotion d’être le porte-parole de ce Département dont l’une des compétences est celle de la lecture publique.

            Ce pan de la culture individuelle est resté jusqu’au décret du 19 août 1945 liée simplement à la fameuse notion républicaine de « l’instruction publique ». Ce n’est seulement qu’il y a 74 ans que le terme est entré dans le langage officiel français par un décret signé du général de Gaulle sur une proposition du conseil national de la Résistance.

            La Gironde en a fait sa priorité depuis des décennies avec la Bibliothèque départemental de Prêt que nous connaissions pour les plus anciens d’entre nous avec le passage du fameux Bibliobus dans les écoles des villages volontaires.

            Autorisez-moi villageois du livre d’un jour ou j’espère de toujours, à vous conter une parenthèse de ma vie de gamin né dans le village des cruches sadiracaises.

            Fils d’immigré italien avec un grand-père parlant un Français approximatif, un père ayant quitté l’école publique qui l’avait chassé dès onze ans, j’avais une mère qui avait en revanche une soif inextinguible de lecture.

            Sa « maladie » des mots m’avait frappé et je raconte dans l’un de mes livres combien j’ai souffert d’un manque effroyable inconnu à notre époque : le manque d’ouvrages à lire ! Qui sait la douleur que l’on peut éprouver en période de disette ou de famine durable de lectures.  

            Il y avait un rendez-vous solennel inimaginable maintenant dans l’école publique où j’ai tant appris. Le samedi après-midi l’instituteur donnait le palmarès de la semaine en nombre de très bien et de bien obtenus sur le cahier du jour. Ce classement très disputé permettait d’aller puiser selon son rang un livre pour la semaine sur les étagères ravitaillées chichement par le Bibliobus qui passait seulement deux fois par trimestre.

            Ma soif de lecture était tellement grande que je terminais les ouvrages disponibles en quinze jours grâce aux prêts contre des billes accordés par les autres jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien ! Alors commençait une période difficile puisqu’il n’y avait pas de bibliothèque et aucun livre à la maison.

            Il a fallu que je découvre dans un magasin de Créon la bibliothèque pour tous de la paroisse pour me réfugier derrière le rideau et étancher ce besoin impérieux de me gaver de mots ! Moi le laïque je me suis imprégné d’histoires de boy-scouts et d’aventures gentillettes à satiété.

            Alors, en parcourant les allées de ce village je n’ai pas pu m’empêcher de penser à cette enfance privée de l’extraordinaire plaisir de la lecture. Monsieur Rodriguez vous avez installé et créé l’opulence ordinaire de la lectrice et du lecteur et vous y avez ajouté l’extraordinaire menu gastronomique que procure le don de Monsieur Roland Dumas.

            Je voudrais sincèrement vous féliciter pour avoir su donner cette dimension pluridisciplinaire, diversifiée, valorisée aux livres, à tous les livres du plus prestigieux aux plus humbles qui vivent parfois longtemps dans le cœur de ceux qui y plongent leur esprit.

            Il faut avoir du courage, de l’audace en cette période de la dématérialisation, du numérique triomphant, de l’abstraction des algorithmes pour faire confiance à des ouvrages supposés en fin de vie et qui sont désormais pour une part d’entre eux des œuvres d’art ressuscitées grâce à vous.

            Ce village est certes celui de l’imaginaire, celui du partage du rêve, celui du retour vers l’émotion authentique que procure l ‘entrée dans un ouvrage dont les mots portent l’envie de transmettre.

            « Il n’y a jamais trop de livres ! Il en faut encore et toujours ! C’est par le livre et non par l’épée que l’humanité vaincra le mensonge et l’injustice, conquerra la paix finale de la fraternité entre les peuples ». Écoutons Zola et ne perdons jamais de vue la finalité de ce village qui est celui à la fois de la modernité par ses méthodes économiques et celui de l’histoire de ces ouvrages exceptionnels en des époques où l’on savait donner du temps au temps.

            Je sais Monsieur Rodriguez, car je vous connais, que la passion guide vos pas, guide vos actes, guide vos investissements.

            Je sais Monsieur Roland Dumas que pour vous aussi la passion, toutes les passions ont été omniprésente dans votre vie. Ce n’est d’ailleurs pas un volume qui suffirait à narrer un parcours de vie comme le vôtre mais une bibliothèque. C’est le propre des gens qui l’ont dévoré avec l’envie permanente de ne jamais le subir. Merci pour avoir voulu que les autres et notamment les Girondines et les Girondins, profitent de votre amour pour les ouvrages appartenant à l’Histoire de la littérature et des souvenirs des rencontres marquantes sur les chemins du pouvoir. Incontestablement ce geste vous honore et nous honore.

            De la rencontre de deux passions vient donc de naître un lieu culturel girondin attractif et de grande qualité que nous nous efforcerons de faire connaître (oui je sais que la signalisation routière vous préoccupe mais nous trouverons rapidement une solution). Il le mérite et votre initiative le mérite.

            Mesdames, messieurs, au nom de Jean-Luc Gleyze et de Michelle Lacoste je vous assure que ce village est une chance culturelle exceptionnelle car il ouvre les portes du savoir et de l’intelligence mais surtout il offre le partage d’une denrée de plus en plus rare.

            « Pour élever un enfant, un proverbe africain dit il faut tout un village ! » Permettez-moi simplement de vous dire que dans ce village on peut trouver tout ce qu’il faut pour en faire un Homme. Et le département en est fier !