Il y a quelques années la peur reposait dans le milieu ouvrier, sur l’automatisation des tâches jusque-là réservées à la main humaine. L’apparition de chaînes de production entièrement mécanisées présentées comme une rationalisation inévitable de la production sans conséquences sur l’emploi avait singulièrement modifié les rapports entre employeurs et employés. Ce fut un progrès puisque les taches répétitives et donc dévalorisantes ont été abolies mais des dizaines de milliers d’emplois ont été dans le même temps supprimés… provoquant une augmentation indéniable du chômage et de la précarité. Les économistes s’écharpent autour du sujet en se répartissant en deux catégories avec des arguments opposés. Les uns prétendent que l’automation certes a supprimé des postes mais en a créé d’autres moins fatigants et mieux rémunérés. Les autres mettent en garde sur une fracture sociale aggravée. 

Selon l’OCDE, les machines menaceraient déjà de se substituer à 40% des travailleurs qui n’ont pas le niveau bac. Une note du FMI juge que 9% du chômage en France est de nature structurelle. Autrement dit, crise ou pas crise, un certain nombre de travailleurs ne peuvent pas trouver d’emploi pour cause d’inadéquation de leur profil avec le marché mais c’est totalement passé sous silence. L’automatisation ne changera donc pas en mieux ce socle qui ne semble pas devoir évoluer.

Certaines études sont particulièrement anxiogènes.

En 2013 des chercheurs de l’Université d’Oxford ont estimé qu’aux Etats-Unis, 47% des emplois étaient susceptibles d’être remplacés par des robots dans les 10 ou 20 prochaines années. La semaine dernière, une autre étude, publiée par l’OCDE, a jugé que 9% des emplois des pays membres étaient à haut risque (au moins 70% des tâches automatisables).En France, cela reviendrait à conduire 2 millions d’individus pointer à Pole Emploi. Et certaines catégories de population seraient quasiment condamnées à ne pas trouver de travail mais ces prévisions présentées bien évidemment par le monde ultra-libéral comme pessimistes ne sont pas forcément prises en compte par les politiques.

Or voici que déboule dans le paysage mondial l’utilisation massive potentielle de robots « humanoïdes » susceptibles de faire franchir un cap supplémentaire à ce phénomène social. Des automates dociles, efficaces, sans états d’âmes, ponctuels, taillables et corvéables à merci. Or d’ici 2030, dans le monde entier, environ 20 millions d’emplois industriels pourraient disparaître car ils seraient remplacés par des robots. Ceux qui seraient les plus touchés sont bien évidemment les moins qualifiés, mais tous les pays ne subiraient pas de façon égale les mêmes pertes. La disparition de ces millions d’emplois au profit de robots serait de manière générale positive pour la croissance économique, mais elle contribuera à creuser les inégalités sociales et géographiques. Et c’est là le problème essentiel.

En écartant une large part des salariés occupant ce que l’on peut appeler les emplois de survie sociale la robotisation va plonger une part supplémentaire de la population dans la précarité ou la pauvreté. On estime selon les spécialistes qu’un robot industriel tout neuf est à même de remplacer 1,6 emploi dans le secteur manufacturier. Les premières zones géographiques exposées à un tel bouleversement sont bien évidemment celles où le taux de chômage est déjà élevé, où l’économie est faible et où les habitants ont peu de qualifications. On sait fort bien que les zones peu performantes industriellement ont bien du mal à retrouver des emplois « normaux » et donc par exemple ce qu’il se passe à Belfort risque bel et bien de servir de référence. Les secteurs les plus touchés par l’automation robotisée seraient cependant les transports, l’administration publique ou encore de la maintenance, l’hôtellerie-restauration, et autres services, secteurs dans lesquels les robots sont appelés à se développer, en raison du développement constant de l’intelligence artificielle.

Dans ce contexte Benoît Hamon avait alerté et réussi à imposer ce thème durant sa campagne pour la primaire : mettre en place une « taxe robots » comme il pourrait en exister une sur les distributeurs automatiques de billets, sur les caisses de supermarchés automatiques, les péages des autoroutes, les systèmes vidéo de surveillance, les appels téléphoniques robotisés… . Raillée ou critiquée par ses concurrents socialistes, vilipendée par la droite ultra-libérale, sa proposition n’avait malgré les apparences, rien d’un film noir d’anticipation ou d’une proposition virtuelle imaginée sur un coin de table par un obsédé socialiste de la taxe. Elle deviendra tôt ou trad un vrai sujet de débat. ans une interview publiée le 16 février par Quartz, Bill Gates fondateur de Microsoft avait défendu l’instauration de cette contribution solidaire, jugeant logique de « taxer les robots à un niveau identique à celui des salariés » afin de financer les politiques sociales. Un prélèvement sur « les profits générés par les économies réalisées sur le coût du travail » induit par l’automatisation, ou bien une « taxe robots » identique à celle que propose Benoît Hamon. On en reparlera !