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Le maintien de l’ordre n’est pas une sinécure dans la société actuelle de plus en plus violente et sur médiatisée. La manière dont il est conduit reste cependant un signe évident de la santé d’une démocratie. L’équilibre entre l’obligation de ne pas voir dégénérer des manifestations sur l’espace public et la manière dont elles sont encadrées ou contenues nécessiterait désormais une réflexion politique collective tant les derniers mois de la fin 2018 et surtout du début 2019 ont généré les polémiques légitimes. La gestion des manifestations de « gilets jaunes » a été fortement critiquée, car elle a fait de très nombreux blessés graves parmi les manifestants parmi les forces de l’ordre prises comme cibles de participants incontestablement organisés pour créer un climat favorable à leur contestation de l’Etat.

En effet si l’on revient à la racine du maintien de l’ordre que l’on présente comme républicain il faut savoir que lors du Premier Empire la police nationale a été créée pour protéger l’État et non les populations. Cette ambiguïté originelle n’a vraiment jamais disparu au fil des régimes installés au pouvoir… Toute contestation ne met pas nécessairement en danger les autres personnes mais elle est quasiment toujours tournée vers le régime en place. Le doute s’est installé sur cette réponse à une évolution sociale qui ne cesse de croître : qui doit-on protéger ? Les personnes et les biens matériels publics ou privés qui existent ou doit-on user de tous les moyens même les plus extrêmes pour défendre le pouvoir en place ? Bien évidemment les policiers ou les gendarmes ont leurs défenseur.e.s inconditionnel.le.s et ils sont leurs détracteurs les plus farouches. La période qui vient de s’écouler atteste de cette crise de confiance entre citoyen.ne.s et fonctionnaires chargés de… les protéger.

Les observateurs placés du coté non-officiel mais extrêmement dignes de foi alignent de manière implacable les constats de la fièvre jaune avec 805 signalements de faits graves, 1 décès, 293 blessures à la tête, 24 éborgné·e.s, 5 mains arrachées et en plus159 Intimidations, insultes, arrestations ou entraves à la liberté de la presse… Personne ne peut admettre un tel bilan malgré toutes les explications officielles. Du coté de l’Etat on faisait au 12 mai dernier un constat plus détaillé qui en fait reflète encore plus de problèmes démocratiques. Le Ministère de l’Intérieur selon une sémantique très nuancée avait dénombré 2 200 blessés mais seulement 10 «dommages irrémédiables à l’œil» avec 1630 atteintes physiques aux membres des forces de l’ordre.

La contestation vient des autres statistiques puisque si les manifestations ont donné lieu à 8 700 gardes à vue qui avait débouché sur 1 796 condamnations de personnes aux motivations diverses. Dans le même temps les 433 signalements transmis à l’IGPN (Police) ils ont donné lieu à… 4 enquêtes administratives et 41 enquêtes sont en cours au sein de l’IGGN (gendarmerie). Au total ce sont 25 enquêtes qui ont débouché sur une transmission au parquet ce qui ne veut absolument pas dire qu’il y aura autant de fautes pénales retenues. Cette période mériterait une vraie évaluation indépendante (commission d’enquête parlementaire ?) de telle manière qu’elle serve de base à une refonte de la doctrine du maintien de l’ordre : principes généraux, matériels, typologie des manifestations, responsabilités, efficacité réelle des lois récentes… Inutile d’envisager pareil travail puisque toutes les demandes sur ces thèmes ont été refusées.

Pourtant hors polémiques liées aux manifestation « gilets jaunes » deux événements récents constituent des sujets de préoccupations. Le premier a eu lieu à Nantes où des documents irréfutables démontrent que l’intervention policière a été la cause de la chute de 14 personnes dans la Loire. Elles avaient été « secourues par les moyens préventifs mis en place (pompiers, SNSM) ».

Vers 4h30 du matin, des projectiles auraient été envoyés sur les forces de l’ordre, lesquelles auraient répliqué par du gaz lacrymogène. Ce sont les jets de projectiles qui ont entraîné l’emploi de la force , a assuré la préfecture. Plusieurs témoins décrivent, pour leur part, une charge policière disproportionnée et dangereuse. Comme un participant à ce rassemblement musical a disparu une enquête judiciaire est en cours… mais il faudrait bien s’interroger sur la finalité de ce que certain.e.s présentent comme une « charge » et d’autres comme une « riposte ».

La seconde sur le fond est encore plus problématique. Pour dénoncer la politique jugée trop lente et peu efficace du gouvernement concernant le climat, 150 militants écologistes ont pacifiquement bloqué un pont parisien. Ils en ont été sortis de force par les CRS qui les ont poussés, tirés ce qui jeuque là ,’a rien d’anormal mais qui ont été méthodiquement débarrassés de leur lunettes avant d’être copieusement arrosés à bout portant de gaz lacrymogènes. Là encore face aux images irréfutables une demande d’explication a été adressée au Préfet de… police. Vous savez celui qui avait porté plainte contre le Maire de Saint Yzans de Médoc pour avoir déclaré dans un débat public qu’il était « tout à fait logique de faire des actions de type guérilla ». On attend avec impatience la réponse… et les suites qui lui seront données sur la doctrine du maintien de l’ordre républicain.