En 1962 à 14 ans mon frère partait pour l’internat du Collège d’enseignement technique de Le Vigean, de l’autre coté de l’agglomération bordelaise et en 1963 je quittais Sadirac pour le séminaire laïque de l’école normale d’instituteurs. Pour un duo élevé comme des poulets de grains en pleine nature sadiracaise, libres comme l’air et s’adaptant chaque jour aux aléas de la vie active de leurs parents la sépartion ne fut point aisée. Écrire que ce ne fut pas une souffrance les premiers temps de se retrouver « interne prisonnier » d’un système ne tolérant pas la moindre entorse au règlement de vie collective serait contraire à la vérité.

Il n’y avait pourtant aucune autre alternative puisque le trajet quotidien pour le futur « tourneur » était impossible alors que pour « l’instituteur » l’internant était obligatoire ! Ce fut très dur mais avec le recul du temps je ne pense pas que nous n’ayons pas tiré le meilleur profit de ces périodes formatrice du caractère et surtout indispensable pour apprendre les dures réalités de le vie collective.

En fait un internat devient vite une micro société, une fratrie, un lieu d’apprentissage sur la nature humaine, un terrain de luttes, de débats, de critiques ou de rivalités. J’ai maintes fois considéré que ce que je sais réellement du comportement humain je l’ai appris au château de Bourran de Mérignac. Je pense même que l’esprit de corps, la solidarité, la volonté de résister était même habilement inoculé par les enseignants ou personnels qui géraient d’une poigne de fer ce système d’hébergement codifié, révoltant, concurrentiel.

Il paraît que nous reviendrions, dans des conditions largement plus libérales et matériellement convenables à ces espaces où tout le monde était logé à la même enseigne. Le Ministre a en effet présenté son plan internat sur deux années scolaires basé sur la construction ou le réaménagement de 240 bâtiments.

« Il faut susciter le désir, l’appétit d’internat chez les jeunes d’aujourd’hui », a expliqué l’occupant du ministère de la rue de Grenelle. Bien évidemment il s’est tourné vers… les collectivités territoriales (département et région) pour financer son initiative puisque l’Etat n’a plus un euro à mettre dans ses projets d’investissements que l’on peut chiffrer à plus d’un milliard ! Alors on commencerait par une offre éducative inédite, une transformation et une revitalisation dans une centaine d’établissements. On y ferait des art,s du sport, du numérique, de l’ouverture sur le monde, de l’environnement, de la biodiversité et des sciences… sans que l’on sache qui financerait ce nouvel aménagement dans les collèges ou les lycées.

Le vrai problème c’est qu’il va singulièrement falloir changer les mentalités.Sur les 222 400 places disponibles un peu partout en France dans les collèges et les lycées publics, 182 600 sont occupées. Soit 40 000 qui attendent un pensionnaire. Et pour inverser la tendance le travail de persuasion prendra du temps. Les parents ne sont pas les plus prompts à se séparer de leur progéniture surprotégée et cette dernière ne rêve que de liberté… laissée par une société permissive.

Il y a également le problème du coût de ce service (personnel, repas du soir et du petit-déjeuner…et prime aux chefs d’établissements) pour l’État et les familles ! Les intervenants les plus recherchés actuellement ont ceux du privé réputés sévères et donc formateurs pour les caractères rebelles. Pour les autres il faut bien reconnaître que l’image est beaucoup moins valorisée. Selon le Ministre la coût d’un internat d’excellence avoisine les 2000 € par élève et par an… hors investissement !

L’objectif fixé le ministre est de 13 000 élèves supplémentaires, sur un total de 5,6 millions de collégiens et de lycéens scolarisés dans le public. C’est sur les collectivités, départements et régions, que l’éducation nationale s’appuiera pour développer les nouveaux bâtiments. La Banque des territoires se voit dotée d’un fonds de 1 milliard d’euros pour financer des prêts à leur intention (à quel taux ? Su quelle durée alors que tout est fait par Bercy pour éviter qu’elles n’empruntent et que leur dépenses de fonctionnement sur lesquelles pèseront les frais financiers sont limitées ?

Je soutiens cette initiative et je partage la volonté d’offrir moins de fatigue, moins de déplacement, un cadre sécurisé et qu’on le veuille ou non des conditions de réussite améliorées pour les collégien(ne)s ou les lycéen(ne)s volontaires. Elle n’est pas contrairement aux apparences réactionnaire ou rétrograde mais constitue une véritable avancée pour des jeunes évoluant dans des contextes familiaux peu favorables.

Mes souvenirs sont paradoxaux. J’ai eu du mal à m’habituer à ces 3 ans (plus une de semi-liberté) de mise sous les verrous… mais je conserve tellement de souvenirs irremplaçables que je suis certain que faute d’avoir été les plus belles, elles ont au moins été les plus constructives de ma personnalité. Difficile cependant d’en persuader… autour de moi !

Une réponse

  1. Bernadette

    Bonsoir Monsieur Darmian,
    L’alternative du transport en commun est une externalite à prendre en compte pour les familles pauvres qui n’ont pas toujours les moyens financiers d’offrir à leurs enfants l’internat.
    Bien cordialement

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