Le nombre d’étoiles dont est paré « l’hôtel » pulvérise absolument tous les critères dont disposent les responsables des classements institutionnels. Toutes sont en plus accordées ad-vitam æternam car elles ne figurent pas sur la porte d’entrée mais bel et bien dans le ciel qui se trouve au-dessus d’un lit aussi rond que la terre. L’occupant.e de la seule chambre de cet établissement niché dans un écrin exceptionnel de verdure (1) aura toute la nuit pour contempler le plus extraordinaire des spectacles, celui que lui offre un univers sans limite.

Protégée par des murs de ronces ou de fougères se courbant à distance respectable une chambre délicatement posée sur l’herbe tendre et verte d’une vallée où se faufile un ruisseau discret, a un caractère surréaliste. Aussi artificielle qu’un vaisseau spatial posé au milieu de nulle part sur une planète paraissant inconnue, une bulle transparente gonflée par un géant dotée d’une paille miraculeuse, attend son Paul et sa Virginie. Immobile, brillante sous le soleil qui tente vainement de la faire éclater, elle offre le plus bel observatoire, celui que l’on occupe allongé le nez en l’air. Impossible en effet de ne pas donner du temps au temps dans cet espace conquis sur une nature sauvage qui a consenti à libérer un espace pour que l’on puisse la retrouver.

Rapidement le couple qui y a été admis s’installe sur un atoll perdu dans l’océan du parc naturel du Limousin. Il n’y aura pas à y « survivre » mais simplement à y retrouver, sans avoir à se prendre pour un aventurier menacé, des sensations oubliées : celles qu’offre une nature libre de son destin. Le silence ajoute sa présence en ce lieu traversé par des rares abeilles besogneuses, de distinguées libellules mordorées ou des papillons fantasques s’offrant des pas de deux improvisés, venant quérir quelque réconfort sur les fleurs au ventre joufflu d’où naîtront les mûres.

Le temps perd brutalement de son importance. Il s’efface devant la simplicité absolue de cette vie naturelle dont on ignore le reste du temps, l’importance absolue. D’ailleurs si l’on doutait un instant de la relativité de nos repères il suffirait de regarder une limace tenter une traversée en solitaire de la terrasse sans que l’on sache vraiment sa destination. Elle met toutes ses forces dans ce parcours dont l’objectif est totalement inconnu puisque l’herbe est aussi fraîche et belle d’un coté comme de l’autre. Elle s’obstine à aller vers un ailleurs Impossible de pas prendre conscience sur cette îlot artificiel que la nature offre encore des spectacles rares dont la simplicité devient révélatrice des mutations dont nous sommes responsables. L’ordinaire d’antan s’avère désormais l’extraordinaire d’aujourd’hui.

Se réfugier dans la bulle lorsque la nuit tombe appartient à ces moments magiques dont on a également perdu la référence. Les unes après les autres s’allument les étincelles immobiles de ce ciel dont on ne connaît plus le bel ordonnancement. Sa luminosité surprend puisqu’elle n’est pas concurrencée par d’autres. Vénus la bienvenue en ce refuge discret, s’allume pour veiller la première et s’effacer la dernière sur les amours éventuelles. Passer son temps à apprivoiser la Grande Ourse ou à installer son imagination sur le Grand Chariot constitue un passe-temps oublié. Si la discrète Petite Ourse se frotte à un improbable Dragon ce ne peut être que le fruit d’un esprit fécond de l’observateur. N’empêche que sur l’écran noir d’une nuit blanche le dormeur du val se réveille toujours face à cette immensité incalculable d’une couverture céleste que l’on a oublié depuis belle lurette.

Dans un confort douillet bien agréable procurée par l’enveloppe rassurante de cette bulle les feux clignotants des avions participent à se rassurer puisque l’immobilité constitue justement l’atout principal du voyage en bulle. L’impression que la mauvaise tournure du monde suspend son vol offre une sorte de purge de l’esprit dont on sait combien il est engorgé par des idées toutes faites du bonheur. A quelques dizaines de mètres de la Dronne aux eaux claires et vives, d’un vaste étang paisible où les carpes adorent se faire gratter le dos, au bout d’une chemin sous les saules pleureurs le « nuit en bulle » prend toute sa valeur, celle qui permet seulement de s’interroger sur soi-même et sur ce que l’on pense indispensable à sa vie.

Un dîner de qualité et un petit-déjeuner copieux apportés discrètement complètent cette cure de tête à tête hors de sentiers battus en cette Dordogne où le bien vivre n’est pas ostentatoire. Le ciel, le soleil et le vert se conjuguent merveilleusement aux Forges de Mauque, loin de tout, pour offrir une plongée dans le plus agréables des spas, celui d’un bain de sensations oubliées.

(1) Nuit en bulle Les Forges De La Maque, 24470 Saint-Saud-Lacoussière Tél : 05 53 56 13 50 www.nuitenbulle.fr mail : infos@nuitenbulle.fr

Une réponse

  1. LAVIGNE Maria

    Mieux que chez les locataires de l’Hôtel de Lassay, ses grands crus et ses homards

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.