gilet, maillot

Un gilet jaune occupe le devant de la scène durant les trois première semaines du mois de Juillet. Objet de toutes les convoitises, symbole de la réussite, il a la couleur de l’été, celle qui permet à tout un chacun de s’extraire de la grisaille du peloton quotidien des emmerdes. En cette année 2019 sa couleur revêt pourtant un tout autre caractère puisqu’elle symbolise désormais pendants longtemps, la grogne, la colère, la révolte. En s’exhibant sur les ronds-points des routes de France le gilet statique, saluant d’un geste de la main l’automobiliste sympathisant, a en effet donné une toute autre tonalité à une teinte fluorée criarde réputée néanmoins protectrice. Lui qui regardait passer les autres se poste désormais pour en voir passer un seul ! 

Il s’est effacé depuis quelques temps et s’il réapparaît sur une route entouré de policiers et de gendarmes, c’est qu’il signale un moment pénible des vacances : le coût de la panne dévastatrice pour le moral ! Tapi désormais dans le coffre des voitures il a retrouvé l’anonymat des utilités que l’on ne sort que dans les moments opportuns. Ses inscriptions tracées à la hâte n’ont pour les autres aucun caractère publicitaire puisqu’elles portent le germe d’accusations plutôt défavorables envers un « produit » devant être oublié, jeté ou voué aux gémonies.

Le gilet jaune, devenu plus rare, n’a plus son heure de gloire, il se porte en effet comme une relique d’ancien combattant des cabanes de giratoires, des barricades des rues de villes ou des affrontements avec les forces d’un ordre que les autorités souhaitaient rétablir. Pas une goutte de saine sueur sur ce vêtement en tissu artificiel mais seulement l’odeur âcre des lacrymogènes engrangée à chaque étape hebdomadaire de la course pour fausser compagnie aux pelotons des baroudeurs des tenants du pouvoir.

Si certains.ne.s arborent cette « tunique » avec fierté en raison de leur campagne d’échappé.e.s permanent, d’autres l’ont rangé parmi leurs souvenirs d’exploits qu’il content au comptoir ou entre copains à l’heure de l’apéro. Il arrive même que l’on joigne le geste à la parole en trinquant avec une dose de « jaune » dans les verres ou en devenant porteur d’eau fraîche pour le reste de fidèles équipier.e.s.

Bien des utilisateur.trice.s de ce qui était ordinaire, commun, simplement réglementaire ont acquis leur notoriété en étant devenu, étape après étape, des prétendants au maillot du plus combatif il reste un vide. Présents.tes dans tous les temps forts de l’explication sur des pavés, pas tous nécessairement du nord, ces fidèles de la contestation permanente du pouvoir en place ont en effet souvent consacré leur temps et leur énergie à entraîner dans leur sillage d’autres acteur.trice.s désireux « échapper au sort commun des suivistes.

Ils portent donc fièrement le paletot que l’on réserve aux leaders d’un jour ou d’une période particulière. Souvent par monts et par vaux, ils ont marqué des points vis à vis de celle et ceux qui étaient à la traîne, pesant ainsi de tout leur poids dans un mouvement qui a cependant fini par perdre ses forces. Ils on pourtant toujours en eux l’impression légitime d’avoir été plutôt du coté du jaune cocu que du jaune triomphant.

Pour le moment ils n’ont pas eu l’idée de faire pression pour que le « maillot jaune » le vrai, le seul, qu’admire vraiment la foule du bord des routes de France arbore durant une étape une couleur plus proche de la leur. Ce serait une vraie victoire que de contempler sur les Champs-Elysées le premier des coureurs dans une tenue fluo ordinaire. Serait ainsi effacée la mauvaise image laissée par des explications ayant mal tourné en ce lieu symbolique de l’Histoire de France. Impossible !

En fait il faut bel et bien se rendre à l’évidence : c’est totalement impossible puisque ce serait une entorse considérable au protocole parfaitement huilé sur le plan de l’image par des organisateurs ne laissant rien au hasard. En revanche le Tour remercierait ainsi de manière éphémère mais hautement symbolique ce « peuple » qui a fait son succès.

Un clin d’œil qui s’il n’était pas destiné au vainqueur pourrait échoir à la lanterne rouge, histoire de montrer que les serre-files de la vie existent dans un pays où l’élite se pare du jaune de la réussite avec jubilation et orgueil nationaliste. Inutile d’espérer que l’on mélange les torchons avec les serviettes ou les… gilets avec les maillots et donc on en restera sur cette année du jaune différencié !

On retiendra avant tout que c’est pourtant la couleur de l’ouverture et du contact social : on l’associe à l’amitié et la fraternité ainsi qu’au savoir. Alors pourquoi ne pas en profiter en 2019 tellement ces deux valeurs ne sont plus sur le podium de la République.