En général quand celles et ceux qui partent vers leur retraite en été le font après une longue préparation. Pas question d’improviser car la sortie du monde actif peut se révéler très difficile à supporter. Il s’agit d’un véritable choix de vie venant pour les hyper-actifs d’un burn-out dévastateur ou tout simplement d’un besoin impérieux de prendre du recul avec les contraintes d’une carrière stressante.

La solitude devient alors un véritable bienfait quand bien d’autres se noient en juillet et août dans une sur-activité destinée, disent-ils à leur faire oublier la pression quotidienne. Elle permet souvent de »lâcher prise », cette notion qui devient très à la mode quand autrefois on disait simplement « faire le vide » !

Pour certain.e.s le lieu de la retraite est extrêmement important. Le plus reculé, le plus isolé n’est pas forcément le meilleur. L’essentiel tient dans la capacité qu’il offre à se sentir loin de tout ce qui contribue à notre stress. Il paraît que certains monastères de toutes les religions et dans de nombreux pays offrent par exemple des vacances de rêves pour les personnes en mal de frugalité, de spiritualité et de simplicité.

Les temples bouddhistes permettent d’atteindre la zénitude quand les monastères bénédictins distillent le silence procuré par l’épaisseur de leurs murs. Il s’agit d’un isolement volontaire bien entendu et limité dans le temps mais aussi laveur que l’eau d’une source de jouvence.

En plein été se retirer du monde pendant quelques semaines contribuerait à résoudre des questions essentielles comme celle du sens de la vie. Le cadre d’un espace religieux est idéal, permettant à la fois de prendre du recul et de maintenir un lien social dans la communauté. Il faut en effet un quotidien au rythme précis et justement imposé de telle manière que le « retraité » puisse s’abandonner pour se concentrer sur chaque action et retrouver la joie des choses simples.

A travers la communauté, il ré-apprend les bases du « vivre-ensemble » dans le respect d’autrui, de ses différences et de ses limites ce qui devient essentiel par les temps qui courent. On est alors très loin du partage factice que l’on espère… parfois pour des séjours en structures collectives type « club » dont on sort plus fatigué que quand on y est arrivé.

La « retraite » familière est à cet égard la plus belle ! Celle de son enfance ou les souvenirs peuplent les journées. Se replier sur une sorte de berceau où l’on apprend à redonner du temps au temps constitue un privilège dont jouissent celles et ceux qui possèdent des racines. Souvent cette cure de sérénité est de courte durée puisque les « invité.e.s » débarquent à un moment ou à un autre.

Aller à la pêche seul.e, se promener sur des sentiers connus seul.e ; boire son café seul.e face à un horizon familier ; écouter seul.e de la musique ; grignoter seul.e dans une assiette ou sur une table chargée d’émotions ; retrouver une chambre meublée selon des codes oubliés : autant d’instants qui régénèrent et lavent des maux que le reste de l’année procure. La maison familiale ancestrale  constitue à cet égard le havre parfait pour se réfugier dans un passé toujours plus agréable qu’un présent dont on a toujours du mal à profiter. On peut y faire le point ! 

Sur un chemin de Saint Jacques de Compostelle il paraît qu’en été le « refuge » dans un ailleurs pourtant réputé favorable devient impossible. Telles des fourmis les « pèlerins » désireux de se lover dans la coquille de l’effort solitaire mettent leurs pas dans le pas des autres mais ne parviennent pas nécessairement à évacuer leurs idées noires ou simplement grises. Pourtant les sujets de préoccupation servant à évacuer les autres du quotidien facilitent la tache. Ampoules à soigner, chaussures à nettoyer, linge à sécher et à nettoyer, coucher à trouver : le refuge dans des soucis mineurs revêt alors son importance. Sur les sentiers des randonnées pédestres la « retraite » est intérieure. Elle se transporte avec le sac à dos et évite que l’on attrape le bourdon ! On chemine en solitaire dans sa tête du matin tôt au soir pas très tard puisque que l’on ne rend des comptes qu’à soi-même.

Le seul véritable outil de retraite c’est pour moi un bon livre. Un bouquin qui vous élève, vous passionne, vous intrigue, vous transporte, vous autorise toutes les solitudes habitées par des images tirées des mots. Il n’y a pas alors d’âge véritable pour la « retraite » mais simplement celui dit de l’équilibre entre le besoin de se retrouver libre de toutes contraintes et celui de ne pas finir tellement mal en point que l’on ne pourrait plus vivre ! La lecture conduit à ce plaisir exceptionnel de l’isolement au milieu de tous. Tout ne devient que rêve, irréalité, transposition personnelle, imaginaire et donc espoir de trouver ce qui existe en chacun.e pour se construire un monde détaché des contingences matérielles.

Il n’y aura en effet jamais de solution pour une « retraite » matériellement parfaite alors autant se la construire soi-même pour ne pas être trop déçu.e par celle que les autres consentent à vous accorder.